Des navires naviguent dans le détroit d'Ormuz, au large de la plage de Bandar Abbas, en Iran, le 30 juin 2026. Photo Amirhosein Khorgooi/ISNA/via WANA (West Asia News Agency)/via REUTERS.
Les Etats-Unis ont lancé mardi une série de frappes contre l'Iran et rétabli leurs sanctions économiques sur le pétrole iranien, affirmant répondre ainsi aux tirs sur des navires commerciaux dans le détroit d'Ormuz, les deux camps s'accusant de violer leur protocole d'accord. Trois navires ont été frappés en 24 heures dans le détroit d'Ormuz, a rapporté l'agence de sécurité maritime britannique UKMTO. Le Qatar et l'Arabie saoudite ont imputé deux de ces attaques à l'Iran.
L'Iran et les Etats-Unis ont signé le 17 juin un protocole d'accord pour mettre fin à la guerre déclenchée le 28 février par l'offensive américano-israélienne contre Téhéran. Ce texte prévoit notamment la réouverture du détroit d'Ormuz - par où transitent en temps normal 20% du brut et du GNL mondial et dont la fermeture par Téhéran avait fait vaciller l'économie mondiale et flamber les prix - ainsi que la levée des sanctions américaines sur le pétrole iranien.
Le commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom) a annoncé le lancement d'une « série de frappes puissantes » en représailles aux « attaques iraniennes », qualifiées de « violation flagrante du cessez-le-feu ». L'Iran a mis en garde les Etats-Unis contre cette « violation » du protocole d'accord, prévenant qu'il « prendrait des mesures décisives pour protéger ses intérêts et sa sécurité nationale », dans une déclaration de son ministère des Affaires étrangères. Les médias iraniens ont fait état d'explosions mardi sur des sites proches du détroit d'Ormuz. « Les agissements de l'Iran dans le détroit sont totalement inacceptables aux yeux des Etats-Unis et ne resteront pas impunis », a déclaré un responsable gouvernemental américain sous le couvert de l'anonymat, après la publication d'un document par le ministère des Finances interdisant les « nouvelles transactions » d'hydrocarbures iraniens à compter de mardi. Dans ce contexte de tensions, le baril de Brent de la mer du Nord, référence internationale pour le pétrole brut, a gagné 3,01%, à 74,16 dollars.
La navigation avait repris dans le détroit d'Ormuz à la suite de la signature du protocole d'accord, malgré quelques incidents. Fin juin, accusant l'Iran d'avoir ciblé deux navires, les Etats-Unis avaient bombardé le pays, qui avait riposté en ciblant des voisins du Golfe, le Koweït et Bahreïn. Washington et Téhéran s'étaient ensuite mis d'accord pour cesser ces hostilités.
Divergences sur la gestion du détroit
L'Arabie saoudite a condamné « le ciblage par la République islamique d'Iran du pétrolier saoudien Wedyan », ainsi que celui « du méthanier qatari Al-Rakayyat », dénonçant « une atteinte à la sécurité de la navigation internationale et à la sécurité des approvisionnements énergétiques mondiaux ». Auparavant, le Qatar avait annoncé avoir convoqué le chargé d'affaires iranien, exigeant « des explications sur cette attaque » contre son méthanier.
Le ministère qatari des Affaires étrangères a dit avoir remis au diplomate iranien une note sommant Téhéran de « cesser immédiatement toute pratique portant atteinte à la sécurité régionale » ainsi qu'à « la sécurité de la navigation internationale et l'approvisionnement énergétique mondial ».
Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères Esmaïl Baghaï a, de son côté, dénoncé une mise en cause « inacceptable » de la part du Qatar. Sans les attribuer, l'agence UKMTO a ensuite signalé mardi deux autres incidents: un pétrolier touché par un projectile non identifié, subissant « des dommages structurels », et un navire-citerne frappé par un drone d'origine inconnue. Dans les trois cas, l'agence a indiqué qu'il n'y avait eu ni blessé, ni dégâts environnementaux.
L'Iran exclut, en dépit de l'opposition des Etats-Unis, tout retour à la situation d'avant-guerre, quand le passage du détroit était gratuit, et menace les navires tentés de contourner le seul itinéraire qu'il a autorisé le long de ses côtes.
Cette montée des tensions intervient alors que l'Iran organise depuis samedi des funérailles nationales de six jours pour son guide suprême, Ali Khamenei, tué au premier jour de la guerre par des frappes israélo-américaines, dont le corps vient d'arriver en Irak pour des processions à Najaf et Kerbala, deux villes abritant les sanctuaires les plus vénérés des musulmans chiites.



