L'écran d'accueuil d'askLex. Photo et montage réalisé par Philippe HAGE BOUTROS/ L'Orient-Le JOur
En dépit de l’anarchie qui y règne, le Liban est un pays doté d’un droit particulièrement dense, de procédures complexes et d’une bureaucratie bien établie. C’est ce qui a motivé May el-Hachem, avocate de formation et entrepreneure, à créer une application permettant à ses utilisateurs de consulter un agent IA spécialisé en droit libanais afin de les assister dans leurs demandes d’information comme dans leurs démarches administratives et juridiques.
Baptisée askLex, l’application a déjà fait l’objet de plusieurs campagnes de bêta-test et sera disponible dès le 4 juillet sous la forme d’une application web gratuite, avant un lancement ultérieur sur mobile.
« Plusieurs acteurs sont déjà positionnés sur la legal tech libanaise (technologies juridiques), comme Sader Law (bases de données juridiques), Moustachar (mise en relation avec des experts) ou encore Haqq (IA pour cabinets d’avocats), mais ils s’adressent surtout aux initiés, tandis qu’askLex a été conçu pour aider les gens au quotidien. Elle est capable de comprendre le contexte comme un véritable professionnel du droit », explique May el-Hachem.
Demande de passeport ou accident de la route
L'appli askLex, dont L’Orient-Le Jour a testé la fonction informative avant sa sortie, répond aux requêtes formulées en anglais, en arabe ou dans un mélange des deux langues. Alimentée par une base de données régulièrement mise à jour regroupant la Constitution, les lois, les règlements, la doctrine et la jurisprudence, l’application fournit dans un langage pédagogique des réponses détaillées indiquant notamment les démarches à suivre, les interlocuteurs à contacter ou encore les documents à obtenir.
Son champ de compétence est très large, allant des démarches administratives courantes — comme l’obtention d’un passeport ou le renouvellement d’un acte de propriété perdu — à des situations plus complexes, telles qu’un litige de voisinage ou un accident de la route. L’application aide aussi l’utilisateur à mieux comprendre sa situation juridique et lui suggère les démarches à entreprendre, qu’il s’agisse de consulter un avocat, d’envoyer une mise en demeure ou de rédiger certains documents. L'application intègre en outre un guide des principales procédures administratives au Liban, notamment municipales, avec les frais et redevances associés. Des fonctionnalités payantes d’assistance à la rédaction et à la relecture seront également proposées.

Les réponses donnée par l'agent IA sont évaluées en temps réel grâce à un code couleur indiquant si elles peuvent être considérées comme fiables, si elles nécessitent des précisions ou si elles requièrent l’expertise d’un professionnel. Dans ce dernier cas, l’utilisateur peut être mis en relation avec un avocat ou un notaire partenaire. « Nous en avons une cinquantaine dans notre réseau, pour l'instant », assure May el-Hachem.
« Contrairement aux agents conversationnels classiques, notre plateforme est conçue pour fournir des réponses fiables, et pas simplement satisfaisantes pour l’utilisateur », souligne l’équipe. Lors d’un test, interrogée sur la mise en œuvre au Liban du protocole de Madrid en matière de propriété intellectuelle — un traité encore partiellement transposé sur le plan opérationnel — l’application a indiqué ne pas pouvoir répondre, faute de disposer des textes et procédures applicables.
May el-Hachem n’a pas communiqué le montant de l’investissement, mais précise que le projet, lancé en 2025, a mobilisé une équipe de cinq personnes. Sur le plan technique, askLex s’appuie sur les principaux modèles de langage (LLM) disponibles sur le marché comme moteur de raisonnement. « Ce qui fait sa spécificité, c’est ce que nous avons construit autour », souligne la responsable. Pour tester et améliorer ses performances, l’application est notamment en interaction permanente avec un autre agent IA qui lui soumet des requêtes de manière ininterrompue, en attendant qu’elle fasse ses preuves sur le marché.
Si l’expérience fonctionne au Liban, May el-Hachem ambitionne de déployer son modèle dans d’autres pays de la région.


