Le président Joseph Aoun recevant le Premier ministre Nawaf Salam à Baabda, le 29 janvier 2025. Photo d’archives/Présidence de la République
L’annonce du mémorandum d’entente entre les États-Unis et l’Iran, lundi, a provoqué de vives réactions au Liban. L’État s’est réjoui de l’inclusion du pays du Cèdre dans cet accord, espérant voir le cessez-le-feu tenir et insistant sur la poursuite des négociations libano-israéliennes directes afin de ne pas être complètement rattaché à la diplomatie iranienne. Le Hezbollah, lui, a appelé les autorités à « tirer les leçons » de cet accord, en renonçant aux négociations directes et en renouant avec l’Iran, dont le Liban prend ses distances depuis plusieurs mois.
« Décupler » les efforts pour le retrait israélien
Dans un communiqué, le président Joseph Aoun a salué le mémorandum d’entente, soulignant son respect de la « spécificité libanaise » et espérant qu’il se traduira par « des mesures concrètes mettant un terme définitif au cycle de la violence ». « Je salue ce que ce mémorandum comporte en matière de respect de la spécificité libanaise et de reconnaissance du fait que la stabilité et la sécurité du Liban constituent une partie intégrante de toute démarche sérieuse visant à instaurer la stabilité dans la région, après les sacrifices et les lourdes charges supportés par les Libanais au cours de la période passée », a écrit M. Aoun sur X. Il a souligné que « le peuple libanais, en particulier les habitants des régions qui ont subi les agressions et les destructions et qui ont perdu des proches, leurs moyens de subsistance et leurs maisons, aspire aujourd’hui à ce que ces ententes se traduisent par des mesures concrètes mettant un terme définitif au cycle de la violence et ouvrant la voie à une phase de stabilité, de sécurité, de redressement et de reconstruction ». Le chef de l’État a également remercié « tous les États et toutes les parties qui ont contribué à l’élaboration de ce mémorandum, ainsi que tous ceux qui ont œuvré à inclure le Liban dans les efforts visant à mettre fin à l’escalade et à arrêter les opérations militaires sur les différents fronts, conscients de l’ampleur des souffrances endurées par les Libanais au cours des derniers mois ». Il a enfin espéré que ce développement « constituera le début d’un processus plus large renforçant la stabilité dans la région, préservant la souveraineté des États et les droits de leurs peuples, et permettant aux Libanais de se consacrer à la reconstruction de ce qui a été détruit et à la reprise d’une vie normale au sein d’un État sûr et stable ».S’exprimant au début du Conseil des ministres qu’il présidait lundi au Grand Sérail, le Premier ministre Nawaf Salam a déclaré « espérer que le cessez-le-feu (au Liban) réussira et que cet accord auquel sont parvenus les États-Unis et l’Iran puisse mettre un terme à cette guerre, aux morts, aux destructions, aux déplacements de populations et à toutes les tragédies vécues par les Libanais ». « Je ne peux que remercier sincèrement tous ceux qui ont contribué à ce résultat », a-t-il ajouté. Le Premier ministre n’en a pas moins estimé que « les efforts prodigués au cours des négociations en cours à Washington devront être décuplés, en vue de parvenir à un retrait israélien de nos terres et à la libération de nos détenus » dans les geôles israéliennes. Il répondait ainsi à plusieurs voix du Hezbollah, notamment au dernier communiqué du parti, qui appelle régulièrement les autorités libanaises à abandonner les pourparlers directs avec Tel-Aviv, entamés depuis avril sous le parrainage américain (la prochaine réunion est prévue le 22 juin).De son côté, le président du Parlement Nabih Berry a remercié Téhéran et Washington d’avoir inclus une clause prévoyant l’arrêt des frappes israéliennes contre le Liban. Dans un communiqué, le chef du législatif a salué « les efforts et démarches entrepris par le Pakistan, le Qatar, l’Arabie saoudite et l’Égypte pour parvenir à cette entente qui, à travers les dispositions qu’elle contient, jette les bases de la sécurité et de la stabilité dans la région, y compris au Liban ». M. Berry a aussi remercié l’Iran, les États-Unis pour « leur attachement et leur insistance à inclure dans le mémorandum convenu une clause fondamentale et contraignante portant sur l’arrêt de l’agression israélienne contre l’ensemble du Liban, de sorte à préserver sa souveraineté sur l’intégralité de son territoire, sans porter atteinte à l’indépendance et à la liberté de sa décision nationale et souveraine, et à éviter de tomber dans le piège tendu par l’échelon politique israélien dirigé par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu ».
« Les vrais amis »
Contactée par L’OLJ après l’annonce de l’accord, une source au sein du Hezbollah a tenu à remercier l’Iran « qui a pu parvenir à un accord solide, sachant que le retour au calme au Liban était une condition indispensable à cette entente ». « Le pouvoir libanais est donc appelé à tirer les leçons d’un processus qui a porté ses fruits et à profiter de la présence de Nabih Berry, sur la scène politique pour parvenir à des résultats concrets », ajoute la source. Comment le Hezbollah entendrait-il monnayer l’accord de dimanche sur la scène locale ? La source du parti chiite affirme, dans ce contexte, que la milice ne compte pas faire tomber le gouvernement Salam. « Nous avons des dossiers plus importants à traiter, comme celui d’unifier la position libanaise en vue d’entamer des négociations indirectes », lance la source, accusant le pouvoir de « céder aux pressions américaines et de faire des concessions gratuites aux Israéliens ». « Peut-être qu’il faudrait songer à modifier la composition de la délégation de négociateurs libanais à Washington », suggère la source. Dans des déclarations à l’agence Reuters, un responsable du Hezbollah a assuré que son parti n’a mené aucune opération depuis l’annonce de cet accord. Dans un communiqué publié plus tard, le Hezbollah a affirmé qu’il restera « attaché au droit légitime et établi du Liban de défendre son territoire, son peuple et sa souveraineté jusqu’à ce que le retrait total et le retour des prisonniers soient obtenus ». Il a aussi appelé « les autorités libanaises à revoir tous leurs calculs et toutes leurs politiques, à tirer les leçons des expériences passées, à éviter les illusions et les paris perdants, et à reconnaître qu’une position libanaise unifiée et le recours à de véritables amis constituent le meilleur moyen de préserver les intérêts nationaux ». À l’intention d’Israël, il affirme qu’il n’acceptera pas un retour au status quo antérieur au 2 mars, lorsque ce dernier se réservait le droit de mener des frappes ponctuelles au Liban-Sud. En revanche, Charles Jabbour, porte-parole des Forces libanaises, estime de son côté qu’il vaudrait mieux attendre la suite des événements pour pouvoir déceler les incidences de l’accord sur le Liban. « Mais ce qui est sûr, c’est que le Hezbollah est vaincu et qu’il est désormais isolé sur la scène politique », dit-il, ajoutant qu’en dépit de l’accord, le pouvoir en place poursuivra les négociations avec Israël, soutenu par les chrétiens, les sunnites, les druzes et une partie des chiites. Fidèle à sa position centriste, l’ancien chef du Parti socialiste progressiste, Walid Joumblatt, a pour sa part déclaré à L’Orient-Le Jour qu’il « ne croit pas à l’accord Iran-US ». « J’y croirais le jour où Israël arrêtera de bombarder le Liban et de démolir les maisons au Sud. » À une question portant sur les incidences de l’accord sur les négociations en cours entre Beyrouth et Tel-Aviv, Walid Joumblatt s’est montré ferme : « Je n’y crois pas non plus. Car on ne peut pas imaginer des zones pilotes sans être sûr du retrait israélien. On verra si la délégation libanaise sera ferme sur ce point. » « Entre-temps, nous attendons l’aménagement de nouveaux centres d’hébergement vu le nombre croissant de déplacés », a conclu le leader druze.

