Le métropolite grec-orthodoxe de Beyrouth, Mgr Élias Audi. Photo d'archives ANI
Le métropolite grec-orthodoxe de Beyrouth, Mgr Élias Audi et le patriarche maronite Béchara Raï ont tous deux exhorté dans leurs homélies respectives l'État à rendre justice aux victimes de la double explosion au port de Beyrouth, survenue le 4 août 2020, et à faire toute la lumière sur ce drame qui a coûté la vie à 235 personnes.
Élias Audi, qui s'exprimait au cours d'une messe célébrée dimanche dans la capitale en mémoire des victimes, a lancé un véritable cri du cœur, à deux jours de la sixième commémoration du drame : « Six années se sont écoulées, et les familles des victimes poussent toujours le même cri : où est la vérité ? Qui a tué nos enfants ? Qui a détruit la capitale ? Qui en a transformé une partie en un amas de décombres ayant recouvert les corps de leurs proches et enseveli leurs espoirs ? »
« La vérité reste engloutie sous les vagues des intérêts, et la justice continue d'être entravée chaque fois qu'elle approche de la révélation des responsables », a-t-il regretté.
« Comment un État peut-il demander à son peuple de lui faire confiance lorsqu'il est incapable de dire la vérité, ou qu'il ne le souhaite pas ? », a encore affirmé le métropolite. Avant de s'en remettre aux autorités : « Nous comptons sur la sagesse du président de ce pays bien-aimé, sur la détermination du chef de son gouvernement et sur la conscience de ceux qui restent parmi les hommes intègres, qui œuvrent sous l'autorité de la loi, loin de la corruption et des intérêts particuliers, afin qu'ils apportent des réponses capables d'apaiser les cœurs et les âmes », a-t-il souhaité.
Depuis Ehden, où il célébrait la fête du bienheureux patriarche Estéphan Douaihy, Béchara Raï a lui aussi évoqué l'explosion au port, déclarant : « Nous n'oublierons pas et nous n'accepterons pas que la vérité soit ensevelie sous les décombres du port. La justice est un droit imprescriptible. Établir la vérité et déterminer les responsabilités est un devoir qui ne doit pas être entravé. »
Plus de cinq ans après avoir entamé, en février 2021, l’enquête sur la double explosion, le juge d’instruction près la Cour de justice, Tarek Bitar, avait enfin clôturé ses investigations fin mars, au terme d’un parcours semé d’embûches, notamment marqué de recours judiciaires portés par des responsables politiques mis en cause dans la catastrophe, de blocages de juridictions chargées d’examiner ces recours et de poursuites engagées contre lui par l’ancien procureur de la Cour de cassation, Ghassan Oueidate, également mis en cause. Il avait transmis le dossier au parquet de cassation pour réquisitoire. Des avocats espèrent désormais que l'acte d'accusation sera rendu dans les prochains mois, puis que les éventuels mandats d'arrêt seront exécutés sans interférence politique.
De son côté, le président de l'Association pour le développement de Tripoli et Mina, qui dirige également la Banque de l'habitat, Antoine Habib, a qualifié le drame de « blessure profonde dans la conscience nationale » et de « l'une des plus grandes tragédies ayant frappé le Liban ».
L'explosion au port de Beyrouth, le 4 août 2020, avait fait plus de 235 tués, 6 500 blessés et 300 000 personnes sans abri, alors que des quartiers entiers de la capitale avaient été détruits ou lourdement endommagés. La cause en était la détonation de centaines de tonnes de nitrate d'ammonium stockées sans mesures de sécurité adéquates.
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