Le secrétaire général du Hezbollah, Naïm Kassem, lors d'une allocution le dimanche 24 mai 2026. Capture d'écran de la retransmission du discours par la chaîne du Hezbollah, Al-Manar
Le secrétaire général du Hezbollah, Naïm Kassem, a haussé le ton dimanche contre l'État libanais, promettant que le parti-milice « affrontera avec toute (sa) force tous ceux qui l'affrontent », et ce « sans hésitation ». « Les autorités (libanaises) n’ont pas le droit d’agir à leur guise, a-t-il encore lancé. Le peuple a le droit de descendre dans la rue pour faire tomber » le gouvernement. Ces paroles virulentes ne peuvent être dissociées du contexte régional, marqué par des négociations en cours entre les États-Unis et l'Iran, dont l'issue semblait jusqu'ici se diriger vers un accord qui pourrait être favorable à Téhéran, parrain du Hezbollah. « Si Dieu le veut, l’accord parrainé par le Pakistan sera conclu, et il inclut le Liban avec un cessez-le-feu total » sur l’ensemble des fronts, a d'ailleurs assuré Naïm Kassem.
« Remettre ses armes, c’est être anéanti ! »
Le dignitaire a tenu ses propos lors d’une allocution en commémoration du 25 mai 2000, jour du retrait unilatéral de l'armée israélienne du Liban-Sud, après 18 ans de présence, et ce malgré l'occupation israélienne actuelle de larges portions de territoires dans cette région du pays. « Si ce gouvernement est incapable d’assurer la souveraineté, qu’il s’en aille », a lancé le chef du Hezbollah, ajoutant que « le peuple a le droit de descendre dans la rue pour le faire tomber et faire face au projet israélo-américain qui vise les institutions du pays ». Une menace qui n'est pas sans rappeler l'invasion de Beyrouth-Ouest et de la Montagne druze par des miliciens du Hezbollah, le 7 mai 2008, pour faire tomber le gouvernement de Fouad Siniora. Celui-ci avait décidé de couper le réseau de télécommunications parallèle du Hezbollah et de limoger certains responsables sécuritaires proches de cette milice. De nombreux observateurs craignent qu'un accord favorable à l'Iran n'enhardisse la milice libanaise, qui pourrait répéter ce scénario contre le gouvernement de Nawaf Salam.
Naïm Kassem a également de nouveau appelé l'État libanais à « abandonner les négociations directes avec l’ennemi » israélien et à « rechercher une entente nationale ». La prochaine réunion entre le Liban et Israël aura lieu le 29 mai au Pentagone pour discuter du volet sécuritaire et militaire. Washington et Israël souhaitent mettre en œuvre conjointement avec l’armée libanaise un plan afin de désarmer le Hezbollah et démanteler sa structure militaire. L'armée libanaise avait déjà été chargée par le gouvernement libanais en août 2025 de préparer un plan de désarmement du parti-milice, achevé au sud du fleuve Litani en janvier 2026, selon les autorités et en coopération avec le Hezbollah, qui refuse de remettre ses armes au-delà de cette zone.
« Les autorités libanaises nous disent : aidez-nous à vous désarmer pour qu’Israël puisse ensuite entrer, vous tuer et déplacer votre peuple ainsi que les Libanais », a encore dit Kassem. « Remettre ses armes, c'est être anéanti ! », a ensuite martelé le chef du parti-milice, qui dit « faire face à une guerre existentielle ». « Désarmer la résistance revient à priver le Liban de sa capacité défensive, de sa force dans les négociations et dans la protection de ses richesses et de son existence », a-t-il ajouté, deux mois après la décision du Hezbollah d'entraîner le Liban dans la guerre régionale pour « venger » l'assassinat du guide suprême iranien. Le chef du Hezbollah a, dans ce cadre, déclaré que « ce qui se passe n’est pas la guerre des autres, mais une guerre qui vise notre existence », en réponse aux critiques émanant de la grande majorité des responsables libanais. Il a encore juré que sa formation « ne se soumettra pas, même si le monde entier se ligue contre (elle) », et promis que ses « drones continueront de traquer les soldats de l’ennemi israélien » au Liban-Sud.
« Nous affronterons avec toute notre force et sans hésitation Israël ainsi que tous ceux qui nous combattent à ses côtés », a-t-il encore lancé, dans un avertissement clair aux autorités libanaises. Dites-moi ce que vous avez fait durant un an et demi (la période de cessez-le-feu entre les deux guerres ouvertes entre le Hezbollah et Israël de 2024 et 2026); et si vous êtes incapables, alors partez ».
Les sanctions américaines « n’affaibliront pas la résistance »
Naïm Kassem a par ailleurs indiqué que « l’agression contre al-Qard al-Hassan (l’institution financière liée au parti chiite, Ndlr) est une agression contre des centaines de milliers de pauvres et de personnes à revenus limités », considérant que le projet de fermeture de cette institution constitue « un projet israélo-américain » auquel il fera face. Déjà en juillet 2025, le Hezbollah était monté au créneau contre la décision de la Banque du Liban (BDL) d'interdire aux banques, institutions financières, sociétés de courtage, fonds d’investissement collectif et à toute entité de réglementer avec l'institution. Plusieurs succursales de cette dernière ont été visées par Israël depuis 2024.
Il a en outre affirmé que les sanctions américaines « n'affaibliront pas la résistance », quelques jours après les mesures inédites annoncées contre des cadres du Hezbollah, du mouvement Amal, ainsi que des responsables sécuritaires accusés de collusion avec le parti-milice. À ce sujet, Hassan Fadlallah, l'un des députés du Hezbollah concernés par la mesure, a réaffirmé dimanche que l'Iran conditionnait un accord avec les États-Unis à « l'arrêt de la guerre au Liban ».
« Replonger le Liban dan le chaos »
Les menaces de Naïm Kassem ont très vite été condamnées par le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio. Dénonçant ce qu'il appelle « une campagne délibérée visant à déstabiliser le pays et à se maintenir au pouvoir », M. Rubio a estimé dans un communiqué dimanche soir que le mouvement « tente activement de replonger le Liban dans le chaos et la destruction ». « Les Etats-Unis condamnent avec la plus grande fermeté l'appel irresponsable lancé par le Hezbollah en faveur du renversement du gouvernement libanais démocratiquement élu », a-t-il ajouté. Selon M. Rubio, « les menaces de violence et de renversement proférées par le Hezbollah ne seront pas laissées sans réponse. L'époque où un groupe terroriste tenait tout un pays en otage touche à sa fin ».
Pour sa part, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a affirmé que le président américain Donald Trump avait, lors d'un appel samedi, réitéré « le droit » d'Israël à combattre au Liban contre la milice chiite. Le chef d'État major israélien, Eyal Zamir, a lui aussi affirmé que son armée a préparé « des plans d'attaques pour les semaines à venir », lors desquelles elle allait infliger « un coup décisif » au Hezbollah.



Pour le Hezbollah,, remettre ses armes, c'est l'anéantissement. Exact , puisqu'il n'existe que pour la guerre.. Et c'est justement pour cela qu'il doit être detruit!
17 h 33, le 25 mai 2026