Des véhicules militaires israéliens et un drapeau israélien sont visibles dans un village du Liban-Sud proche de la frontière, vus depuis le nord d’Israël, le 18 juin 2026. Photo Gil Eliyahu/ Reuters
L’escalade au niveau régional après des tirs iraniens dans le détroit d’Ormuz et une série de bombardements américains sur l’Iran ne s’est pas traduite au Liban. Plusieurs attaques israéliennes, majoritairement des tirs d’artillerie, étaient néanmoins à déplorer au Liban-Sud, dans la soirée de samedi à dimanche, avant qu'un calme précaire ne soit observé dans l'après-midi, selon les informations notre correspondant dans la région, Mountasser Abdallah. Seuls des tirs d’artillerie israéliens visant les abords de Kfar Tebnit, dans le caza de Nabatiyé, ont été signalés en fin d’après-midi.
Les tirs d'artillerie ont visé les abords de Bouyout al-Sayyad (caza de Tyr) peu après 23h samedi, et, dès dimanche matin Kfar Tebnit à plusieurs reprises, ainsi que la vallée de Houjeir (caza de Marjeyoun), et la zone de Aïn el-Samahiyé, entre Zaoutar el-Charqiyé et Mayfadoun (caza de Nabatiyé). Des tirs de mitrailleuses contre Qantara (Marjeyoun) ont également été rapportés, tout comme le largage d’une nouvelle grenade assourdissante près de Mansouri (caza de Tyr), où des tracts ont été lancés samedi par l’armée israélienne pour ordonner aux habitants revenus sur place depuis l’annonce du « cessez-le-feu » de quitter le village.
Dans le village côtier de Mansouri, les frappes israéliennes menées la veille ont tué au moins une personne et fait plusieurs blessés, indique notre correspondant. Dans la nuit de samedi à dimanche, à 2 heures du matin, une forte explosion a retenti à Majdel Zoun (caza de Tyr), parallèlement à une vaste opération de ratissage menée par les forces israéliennes dans le secteur. Par ailleurs, peu après 21 heures samedi dans le caza de Bint Jbeil, l’armée israélienne a procédé à des explosions dans les localités de Beit Yahoun et Kounine, et un drone a largué une grenade assourdissante au-dessus de Haddatha.
Le Hezbollah a, de son côté, organisé dimanche les funérailles de 30 de ses miliciens, tués pendant la guerre qui a repris le 2 mars dernier, à Kherbet Selm, village situé en profondeur dans le caza de Bint Jbeil.
La municipalité de Bint Jbeil appelle l'État à agir « immédiatement »
Dans un contexte qui demeure marqué par l'occupation israélienne au Liban-Sud sur plus de 600 km2, sans perspective claire de retrait des forces qui le lient à un désarmement du Hezbollah par l'État libanais, plusieurs municipalités du caza de Bint Jbeil, dont le chef-lieu, ont publié un communiqué dimanche appelant l’État à agir « immédiatement » pour faire face à l’occupation et les destructions qu’elle engendre.
La municipalité de Bint Jbeil, localité largement détruite par l’armée israélienne, a de nouveau tancé « l'urbicide » ou destruction du milieu urbain et appelé « l’État libanais à agir immédiatement afin de mettre un terme à ce qu’elle a qualifié de « massacre urbain » visant la ville et, plus largement, le Liban-Sud ». Elle a également demandé à l’État de porter plainte devant les instances internationales pour que « les responsables de ces violations soient tenus de rendre des comptes ».
De son côté, sans mentionner le Hezbollah, la municipalité de Aïtaroun s’est interrogée sur « ce qu’ont apporté les processus de négociation aux habitants des villages frontaliers ». Suite à une critique à peine voilée de l’accord-cadre signé fin juin à Washington entre Beyrouth et Tel-Aviv, notamment concernant l’absence de « calendrier clair et contraignant pour mettre fin à l’occupation », la municipalité demande notamment à l’État « d’annoncer un plan national d’urgence, clair et spécifiquement consacré aux villages de première ligne, comprenant un calendrier pour le retour des habitants, la reconstruction, le rétablissement des services essentiels et l’indemnisation équitable et rapide de toutes les personnes sinistrées ».
Au-delà de l'identification des besoins, le gouvernement n'a pas encore abordé en profondeur la question de la reconstruction du Liban-Sud, à l'heure où les pays du Golfe, principaux bailleurs de fonds, sont réticents à financer le chantier, contrairement à l'après-guerre en 2006, notamment en raison de l'occupation israélienne, ainsi que, selon des experts, de la crainte que cela ne renforce le Hezbollah, malgré une guerre destructrice.
Enfin, de l'autre côté de la frontière, le ministre israélien de la Défense Israel Katz a de nouveau affirmé, dans une interview qu’Israël entendait maintenir sa zone d’occupation dans le sud du Liban et que les dizaines de milliers d’habitants des villages occupés ne pourront pas retourner sur leurs terres « avant très longtemps ».


