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Le Liban entre l’enclume de la renaissance de l’accord de Taëf et le marteau du fédéralisme

Suite aux récents événements tragiques qui ont frappé le Liban et engendré d’importantes pertes humaines, infrastructurelles et économiques, plusieurs propositions ont été formulées par différents courants politiques, chacun porteur de sa propre vision, afin de sortir le pays de la crise actuelle. Cette situation résulte de l’incapacité du système politique en place à assurer la stabilité et la prospérité au peuple libanais. Ces groupes appellent à une réforme du système politique libanais, fondé sur la Constitution de 1926, le pacte national de 1948 et ses amendements ultérieurs, aboutissant à l’accord de Taëf et à l’accord de Doha. Leur proposition s’articule autour d’un fédéralisme confessionnel, créant quatre cantons pour les communautés chrétienne, chiite, sunnite et druze, chacun doté d’une autonomie sécuritaire, politique, judiciaire et financière au sein d’un État central unique, à l’instar des États-Unis et de la Suisse. Toutefois, la difficulté réside dans l’intégration géographique des minorités chrétienne et musulmane au sein du territoire libanais, caractérisé par sa grande diversité. Ce fédéralisme n’implique pas une partition au sens politique d’un système de gouvernement. Cependant, la réalisation de cette vision se heurte à de nombreuses difficultés, la plus importante étant l’absence de consensus national entre toutes les composantes de la société libanaise, dont la majorité rejette actuellement ce projet. Peut-être qu’à l’avenir, la société libanaise acceptera ce changement après l’échec de toutes les tentatives de réconciliation des divisions qui ont affecté les factions politiques libanaises à la suite des guerres actuelles, lesquelles ont brisé l’unité nationale et exacerbé la fragmentation confessionnelle. Parallèlement, une autre proposition, menée par l’Arabie saoudite, appelle à la relance de l’accord de Taëf, par crainte que l’autorité de la communauté sunnite ne soit compromise si un accord était conclu entre l’Iran et les États-Unis pour désarmer le Hezbollah en échange de gains politiques pour la communauté chiite. Cela entraînerait une modification de l’accord de Taëf, au détriment de la communauté chrétienne. Cette approche est en totale contradiction avec le fédéralisme libanais qui, selon ses partisans, garantit les droits de toutes les confessions de manière égale et équitable. Il est donc impératif de donner une dernière chance à la mise en œuvre effective de l’accord de Taëf, sans empiéter sur les pouvoirs des autorités énoncés dans la Constitution en vigueur. Cette mise en œuvre devrait débuter par les points restés en suspens pendant près de trente-cinq ans, notamment la décentralisation administrative, telle que prévue par l’accord de Taëf. Cette décentralisation confère une autonomie administrative et financière à chaque gouvernorat, renforçant ainsi les pouvoirs du gouverneur et du conseil élu, composé de représentants des différentes communautés religieuses de chaque gouvernorat. Ce conseil gérerait les affaires administratives, financières et judiciaires de manière indépendante afin d’assurer et d’améliorer les conditions de vie de tous les habitants du gouvernorat, tout en coordonnant ses actions avec le gouvernement central sur certaines questions administratives. Par la suite, un Sénat devrait être institué, composé des chefs des communautés religieuses islamique et chrétienne. Le point de désaccord persistant est celui de savoir si ce Sénat devrait être présidé par un druze ou un chrétien orthodoxe, afin de garantir la justice et l’égalité entre musulmans et chrétiens.

Concernant l’abolition du sectarisme politique et la création d’un Parlement hors du système de quotas confessionnels, je crois que ces deux points sont difficiles à mettre en œuvre. La communauté musulmane, conformément à la loi islamique, ne peut dissocier la religion de l’État. De plus, les chrétiens craignent qu’un Parlement formé hors du système de quotas confessionnels ne permette pas une véritable égalité et soit à majorité musulmane, compte tenu du déséquilibre démographique actuel entre chrétiens et musulmans.

Donnons donc une dernière chance à l’accord de Taëf d’être appliqué, en commençant par la clause établissant la décentralisation administrative et la création d’un Sénat. Un consensus national sur ces points est envisageable, ce qui permettra d’espérer un redressement du Liban après les erreurs accumulées de l’État profond, infiltré dans les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, certaines institutions de sécurité et la plupart des médias. C’est la raison fondamentale de l’échec de la construction d’un État juste, capable d’assurer la prospérité et des conditions de vie décentes à ses citoyens. Ce manque d’égalité a enraciné le clientélisme sectaire et la corruption au sein de divers ministères et institutions de l’État. Le moment est venu de bâtir le Liban de demain auquel aspire la majorité des Libanais.

Docteur en sciences politiques Général de brigade à la retraite

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Suite aux récents événements tragiques qui ont frappé le Liban et engendré d’importantes pertes humaines, infrastructurelles et économiques, plusieurs propositions ont été formulées par différents courants politiques, chacun porteur de sa propre vision, afin de sortir le pays de la crise actuelle. Cette situation résulte de l’incapacité du système politique en place à assurer la stabilité et la prospérité au peuple libanais. Ces groupes appellent à une réforme du système politique libanais, fondé sur la Constitution de 1926, le pacte national de 1948 et ses amendements ultérieurs, aboutissant à l’accord de Taëf et à l’accord de Doha. Leur proposition s’articule autour d’un fédéralisme confessionnel, créant quatre cantons pour les communautés chrétienne, chiite, sunnite et druze, chacun doté...
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