Je suis un enfant de la guerre. Craignez-moi. Enfin… Les enfants de la guerre, c’est assez courant ces derniers temps. Dès le matin, ils louent leur Dieu, et les voilà le soir à le supplier d’un lendemain. Ils sont tellement nombreux que la guerre devient une routine, voire une prière. Mais qu’en dire ! Ils prient contre la guerre. Ils se contredisent souvent, mais affirment leurs peurs. Et pourtant ils comprennent mieux que tous les scientifiques. Ils distinguent les murs du son des bombardements, et peuvent situer le lieu d’un mitraillage selon l’intensité du bruit. Mais ne croyez pas qu’ils se contentent du présent : ils anticipent des prévisions pour des semaines, voire des mois en cas de famine ou de crise. C’est ainsi des experts, des voyants et… surtout des affectueux. Ils profitent de la vie comme si c’était leur dernier jour. Optimistes, ils voient toujours l’espoir dans une fumée grise. Sous un drap, immolant, ils dorment dans les plus profonds des tourments, se rassurant naïvement que la couette pourra les protéger d’une attaque. Et voilà un nouveau matin, aux rayons qui parlent des promesses qui laissent entendre le vieux sage du quartier qui crie au réveil de sa fille : « Que le coq chante ou non, le jour se lève. » Je ne puis dire si j’apprécie cette routine bruyante, mais ce que je sais bien, et ce qui m’horrifie, c’est la mort. Oh… la mort ! Qu’en dire. Pour être plus précis, la mort ne me fait pas peur, la douleur oui. C’est pourquoi lorsqu’on m’interroge sur mes phobies, je n’évoque jamais la mort. Mais j’évoque plutôt des ruines qui me tombent dessus d’une seconde à l’autre, ou une asphyxie dans une fumée étouffante. Ce que j’évoque n’est pas abstrait. Il se base sur ce que vivent les enfants de la guerre. Mais ma foi ! Que dis-je… Il se base sur ce que vivaient les enfants de la guerre. Voilà la mort qui les as emportés par la cruauté des hommes, ou… peut-être aussi par asphyxie pour les plus perfectionnistes. Je suis un enfant de la guerre. Je vous préviens une dernière fois : craignez-moi.
Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

