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Épopée soudanaise en Amérique


Épopée soudanaise en Amérique

Les Kamanga Kings de Jamal Mahjoub, traduit de l’anglais par Marie Chabin, Actes Sud, 2025, 452 p.

Jamal Mahjoub est un écrivain soudanais de langue anglaise. Il est l’auteur de plusieurs romans dont Le Télescope de Rachid, ouvrage complexe sur deux époques de l’histoire et sur la quête d’un télescope ou encore Le Train des Sables sur l’épopée du Mahdi, prédicateur mystique qui libéra le Soudan des visées coloniales au XIXe siècle. Il y a quelques mois, Actes Sud a publié la traduction de son dernier livre, Les Kamanga Kings, paru en 2021 au Royaume-Uni et traduit en français par Marie Chabin.

Le roman de Mahjoub raconte l’histoire, totalement fictive, des Kamanga Kings, un ensemble de musique soudanais alliant le jazz et les apports musicaux arabe et africain. Ou plutôt, il est l’histoire d’une nostalgie de deux jeunes Soudanais vivant à Khartoum pour ce groupe disparu. Célèbres au Soudan et un peu à l’étranger, les Kamanga Kings ont eu un bref moment de gloire durant les décennies passées. Leur réputation est restée vivace au Soudan mais le groupe a été dissous en grande partie à cause de la méfiance à son égard du pouvoir dictatorial islamiste soudanais. L’idée de ressusciter la band vient à nos deux jeunes gars lors de l’arrivée d’une lettre, comme ces lumières d’étoiles qui arrivent alors que leur source est déjà disparue, invitant l’ensemble défunt à venir se produire lors d’un festival de musique du monde à Washington. Les deux nostalgiques, eux-mêmes musiciens, se lancent alors dans cette aventure en apparence absurde qui consiste à convaincre les survivants du groupe de se remettre à jouer de la musique puis, avec leur aide, à recruter de jeunes musiciens. Une fois cela fait, six musiciens et une jeune accompagnatrice, financés par un type un peu louche qui tient lieu d’impresario, partent pour l’Amérique, un peu à l’aveuglette. Après un concert qui est un immense succès, commencent les ennuis. Trahis et accusés par leur impresario de vouloir profiter de l’invitation pour demander l’asile en Amérique (nous sommes lors du premier mandat de Donald Trump), les Kamanga Kings décident d’aller à la recherche du traître et menteur, afin de le pousser à des aveux qui les disculperont en retour. Ils quittent en secret leur hôtel, confirmant à tort aux yeux des autorités leur désir de rester aux USA. Commence alors une équipée pleine d’épisodes inattendus, au cours de laquelle cette drôle de troupe menée par son chef improvisé, qui est en même temps le narrateur, ira de surprise en surprise.

Les Kamanga Kings est un roman qui dit toute l’amertume de voir des pays qui sont des viviers de talents dans tous les arts demeurer dans leur misère et leur sous-développement à cause de gouvernements tyranniques. Le Soudan est un pays auquel on ne penserait nullement associer un groupe musical célèbre. En inventant les Kamanga Kings, Jamal Mahjoub rappelle les moments de prospérités éphémères de ce pays où la démocratie a failli être possible, où les luttes de libérations des années soixante dans le monde étaient relayées au sein d’une élite ouverte et cultivée et où Miles Davis et John Coltrane faisaient des émules. Et où, plus récemment, le peuple a montré une formidable maturité politique avant que sa révolte soit écrasée par deux sinistres généraux et leurs armées de mercenaires. La sensation que fait l’ensemble en jouant en Amérique est comme une revanche fantasmée, imaginaire, sur l’état actuel des choses. Et le désir fou des Kamanga Kings de prouver qu’ils n’ont aucun projet de rester aux États-Unis apparaît comme le souci désespéré de montrer que ce n’est pas parce que l’on est Noir ou Africain ou que l’on vient d’un pays du Sud que l’on est forcément des migrants ou des demandeurs d’asile – même si certains membres du groupe ne sont pas sans avoir des velléités de demeurer clandestinement en Amérique. Mais qu’ils y restent ou non, ce n’est pas sans avoir mis la main sur l’impresario félon. La poursuite devient une sorte d’épopée burlesque, une véritable aventure collective aux rebondissements cocasses où les épisodes inattendus se succèdent et font de la lecture du roman un moment de vrai plaisir.

Les Kamanga Kings de Jamal Mahjoub, traduit de l’anglais par Marie Chabin, Actes Sud, 2025, 452 p.Jamal Mahjoub est un écrivain soudanais de langue anglaise. Il est l’auteur de plusieurs romans dont Le Télescope de Rachid, ouvrage complexe sur deux époques de l’histoire et sur la quête d’un télescope ou encore Le Train des Sables sur l’épopée du Mahdi, prédicateur mystique qui libéra le Soudan des visées coloniales au XIXe siècle. Il y a quelques mois, Actes Sud a publié la traduction de son dernier livre, Les Kamanga Kings, paru en 2021 au Royaume-Uni et traduit en français par Marie Chabin.Le roman de Mahjoub raconte l’histoire, totalement fictive, des Kamanga Kings, un ensemble de musique soudanais alliant le jazz et les apports musicaux arabe et africain. Ou plutôt, il est l’histoire d’une nostalgie de...
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