Critiques littéraires Bande dessinée

Jade Khoo : d’une surprise à l’autre

Jade Khoo : d’une surprise à l’autre

Terre ou Lune de Jade Khoo, Morgen, 2026, 304 p.

La couverture est intrigante : un personnage debout sur des roches fait face à une gigantesque tête de pierre posée au sol, dont les yeux bleus et la chevelure semblent pourtant vivants. Une image d’autant plus étonnante que l’album s’ouvre sur une atmosphère quotidienne bien éloignée : les premières scènes semblent annoncer un récit champêtre, lumineux et contemplatif.

On y suit Othello, un jeune garçon passionné d’ornithologie. Il observe les oiseaux dont il connaît les différentes espèces et leurs particularités. Il y a aussi sa rencontre et son amitié avec un autre garçon : Ange. Les premières pages sont donc une ode à la nature, attentive aux saisons, aux paysages, au vivant.

Les enjeux semblent eux aussi à hauteur d’enfant : Othello souhaite intégrer un club d’ornithologie dans son école et fait face aux hésitations de ses membres. Or voici que les choses se dérèglent progressivement. Jade Khoo laisse au fil des pages les drames s’installer dans le récit. Othello, manipulé par sa mère, commet l’irréparable : croyant administrer un simple somnifère à son père, il provoque sa mort. Ce point de bascule tragique pourrait en soi suffire à transformer profondément l’histoire. Mais l’autrice ne s’arrête pas là.

L’une des grandes réussites de Terre ou Lune réside justement dans sa capacité à amener de la surprise sans discontinuer, tout le long du récit. L’univers évolue par étapes successives. Ce qui semblait d’abord être un récit naturaliste s’ouvre peu à peu au fil des chapitres vers la science-fiction.

Les révélations concernant le monde dans lequel évoluent les personnages sont amenées avec patience, saupoudrées sans urgence, plutôt que comme des coups de théâtre. Et pourtant, si l’on compare l’endroit où le récit commence à celui où il nous amène en bout d’album, force est de constater que ce sont deux mondes.

Graphiquement, l’album impressionne autant qu’il charme. Les paysages, les oiseaux, les végétaux, les jeux de lumière : Jade Khoo porte une attention sans paresse au monde naturel. Chaque page est réalisée à l’aquarelle avec un soin exceptionnel, dans un style de dessin qui synthétise des influences diverses, entre Europe et Extrême-Orient. À une époque où les fortes paginations poussent souvent les auteurs à accélérer le rythme de création et à opter, lorsqu’ils envisagent des formats longs, pour un dessin rapide, on ne peut qu’applaudir un tel investissement dans la réalisation de plus de deux cents planches aquarellées.

Terre ou Lune séduit autant par sa beauté graphique que par sa volonté de jouer avec les attentes de son lecteur. Par sa faculté à surprendre, de chapitre en chapitre, il ouvre des portes immenses pour la suite.

Le succès rencontré par l’album apparaît dès lors pleinement mérité et servira certainement d’encouragement à l’autrice pour la réalisation du second volume.


Terre ou Lune de Jade Khoo, Morgen, 2026, 304 p.La couverture est intrigante : un personnage debout sur des roches fait face à une gigantesque tête de pierre posée au sol, dont les yeux bleus et la chevelure semblent pourtant vivants. Une image d’autant plus étonnante que l’album s’ouvre sur une atmosphère quotidienne bien éloignée : les premières scènes semblent annoncer un récit champêtre, lumineux et contemplatif.On y suit Othello, un jeune garçon passionné d’ornithologie. Il observe les oiseaux dont il connaît les différentes espèces et leurs particularités. Il y a aussi sa rencontre et son amitié avec un autre garçon : Ange. Les premières pages sont donc une ode à la nature, attentive aux saisons, aux paysages, au vivant.Les enjeux semblent eux aussi à hauteur d’enfant : Othello souhaite...
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