Le président libanais, Joseph Aoun (d), en compagnie de son homologue français, Emmanuel Macron, le 24 avril 2026 à Nicosie, lors d’un sommet des dirigeants de l’Union européenne et de leurs partenaires régionaux. Photo NICOLAS TUCAT/POOL/AFP
Le Liban refuse d'être une « carte de négociations » dans les conflits régionaux et « négocie en son nom propre », a lancé vendredi, depuis Nicosie, le président libanais, Joseph Aoun, au lendemain de la prolongation du cessez-le-feu avec Israël, pour trois semaines, après une nouvelle réunion libano-israélienne à Washington. Le chef de l'État a en outre appelé l'Union européenne, qui tient un sommet à Chypre en présence de dirigeants du Moyen-Orient, à organiser une « conférence internationale pour la reconstruction », une initiative que le président français Emmanuel Macron s'est dit prêt à lancer, alors que le dégâts provoqués par les bombardements israéliens s’évaluent à plusieurs milliards de dollars.
Lors de son discours devant une réunion du Conseil européen, le président Aoun a regretté que son pays ait « plongé (le 2 mars) dans une guerre qu’il n’a pas choisie, alors qu’il ne s’était pas encore remis de crises accumulées » au cours des sept dernières années marquées notamment par un effondrement économique et financier, l'explosion du 4 août 2020 au port de Beyrouth et la guerre de 2023-2024 entre le Hezbollah et Israël.
Le Liban « négocie en son nom propre »
Malgré ces « revers », « le gouvernement libanais a pris ces derniers mois des mesures décisives pour renforcer sa souveraineté, notamment en consacrant le principe selon lequel la guerre et la paix ainsi que le monopole des armes relèvent exclusivement de l’État et de ses institutions légitimes », a rappelé le chef de l'État, en allusion aux décisions successives prises depuis août 2025 pour désarmer les groupes non-étatiques, en tête desquels le Hezbollah. Un processus qui n'a toujours pas abouti. « Parallèlement, le Liban s’est engagé dans un processus diplomatique sous l’égide des États-Unis, avec le soutien de l’Union européenne et des pays arabes, afin de parvenir à une solution durable mettant fin aux attaques israéliennes et conduisant à un retrait complet derrière les frontières internationalement reconnues », a-t-il ajouté. Dans ce cadre, « le Liban refuse aujourd’hui d’être une carte de négociation dans les conflits régionaux ; il négocie en son nom propre, pour défendre ses intérêts nationaux et sa souveraineté », a-t-il affirmé. Des négociations directes avec Israël doivent encore être lancées, après deux premières réunions préparatoires organisées à Washington au niveau des ambassadeurs des deux pays, qui ont permis l'instauration, le 17 avril, et la prolongation, jeudi soir, d'un cessez-le-feu pourtant violé par des attaques provenant des deux côtés de la frontière et par la démolition par Israël de quartiers entiers de villages libanais frontaliers. Le Hezbollah, qui rejette ces négociations, a affirmé que la trêve avait été rendue possible par des pressions de l'Iran.
Devant les dirigeants européens, M. Aoun a établi un bilan de la guerre qui a fait « plus de 10 000 victimes », à savoir 2 483 morts et 7 707 blessés selon un dernier bilan des autorités, « en plus de la destruction systématique des villages et des infrastructures civiles visant à empêcher les habitants de retourner chez eux » et de plus d'un million de déplacés. « Environ 38 000 unités résidentielles ont été détruites à ce jour, et plus de 150 000 personnes pourraient ne pas avoir de logement où retourner après la guerre », a-t-il mis en garde, estimant qu'il « ne s’agit pas d’une crise humanitaire ordinaire, mais d’une crise existentielle à tous égards ». Il a chiffré, se basant sur une évaluation de la Banque mondiale, « les dégâts aux infrastructures et au logement à environ 1,4 milliard de dollars en un mois seulement ».
Conférence internationale et maintien d'une mission de l'UE
Face à l'ampleur de ces destructions et besoins, le chef de l'Etat libanais a appelé l'UE à organiser une « conférence internationale dédiée à la reconstruction et à la relance », à renforcer le financement des aides humanitaires et à relancer la conférence de soutien à l'armée « garante de l’unité nationale et pilier essentiel de la stabilité locale et régionale ». Il a encore appelé les 27 à « maintenir une présence européenne au Liban, y compris par la possibilité d’une mission européenne après la fin du mandat de la Force intérimaire des Nations unies (Finul). M. Aoun a argué que la stabilité du Liban est « directement liée aux enjeux de stabilité régionale, de migration, de lutte contre le terrorisme, de sécurité énergétique et d’équilibres géopolitiques. »
Avant le sommet, M. Aoun s'était entretenu avec plusieurs dirigeants européens, dont Emmanuel Macron et la Première ministre italienne, Giorgia Meloni. Il avait affirmé à son homologue français que Beyrouth « compte sur le soutien de la France et des pays de l’Union européenne dans la prochaine phase ». De son côté, le président français avait réaffirmé le soutien de son pays au Liban « dans les circonstances actuelles », et l’a informé des résultats des contacts qu’il a menés avec les dirigeants européens et les partenaires de la France « pour accompagner l’initiative libanaise visant à consolider le cessez-le-feu et à entamer des négociations bilatérales ».
À son arrivée au Conseil, Emmanuel Macron avait affirmé que la France était prête à organiser une conférence de soutien aux forces armées libanaises au moment où Beyrouth le jugera opportun. La France, avec d'autres partenaires dont l'Arabie saoudite, devait accueillir le 5 mars à Paris une conférence de soutien au Liban, qui avait été annulée en raison de la guerre dans le pays. « L'Europe doit s'engager encore davantage ». Ce déjeuner sera « l'occasion, avec la Syrie, la Jordanie, entre autres, de pouvoir se coordonner. Ils sont impactés par la situation dans la région », a ajouté M. Macron, alors que les présidents égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, syrien, Ahmad el-Chareh, et le prince héritier de Jordanie, Hussein ben Abdallah, sont également présents à Chypre.
De son côté, le président chypriote, Nikos Christodoulides a appelé plus largement à renforcer la coopération de l'UE avec les pays de Moyen-Orient et à « entamer des discussions avec le Liban en vue de conclure un accord stratégique et global ».
La cheffe de la diplomatie de l'UE, Kaja Kallas, a de son côté lancé à son arrivée au sommet que les forces armées libanaises ont besoin d’un soutien accru pour désarmer le Hezbollah et exercer un contrôle sur le pays. « Nous avons donc discuté avec les ministres des Affaires étrangères ainsi qu’avec les ministres de la Défense pour savoir si l’Union européenne est en mesure de mettre en place sa propre mission au Liban une fois que la celle de la Force intérimaire de l'ONU (Finul) prendra fin, mais avec un mandat différent, afin de répondre réellement aux besoins », avait-elle ajouté.




Trump promet de « répliquer » après que « les Iraniens ont abattu » un hélicoptère américain
M. Macron, vous avez eu l’exclusivité du dossier libanais entre vos mains pendant dix ans, et nous n’avons récolté que promesses creuses et accolades chaleureuses de tous les partis, y compris et surtout avec ceux qui ont toujours montré leur animosité à l’égard du peuple libanais. Qu’avez-vous donc fait concrètement? Pour ainsi dire rien à part récolter des fonds destinés à renforcer notre armée qui ne se trouve que plus faible vu le piteux accord entamé avec les fossoyeurs de notre pays pour ne pas les froisser. On ne soigne pas une gangrène avec du plâtre.
10 h 19, le 25 avril 2026