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Politique - Décryptage

L’expérience de Zaoutar el-Gharbiyé, un prélude positif... sans plus


Le moment est intense et plein d’émotion. Par groupes de 5, les habitants de Zaoutar el-Gharbiyé, dans le caza de Nabatiyé, sont en train de revenir dans leur village, sous la haute surveillance de l’armée. Pour eux, il ne s’agit pas encore de s’y installer, mais juste d’inspecter les lieux et de mesurer l’ampleur des dégâts, en attendant de pouvoir reconstruire leur village. En plus de leurs sentiments mitigés, entre tristesse, colère et soulagement, ils se sentent aussi chargés d’une mission importante à l’échelle nationale, puisque ce qu’ils vivent aujourd’hui constitue la première application concrète de l’expérience des « zones pilotes », prévues dans l’accord-cadre conclu entre le Liban et Israël, sous parrainage américain.

D’ailleurs, en plus des Libanais en général, les observateurs militaires et diplomatiques des pays concernés par cet accord suivent attentivement les détails de ce qui se passe à Zaoutar el-Gharbiyé, l’un des trois villages avec Froun et Srifa qui composent la première « zone pilote ». Il s'agit donc d'un premier test pour le déploiement de l’armée libanaise et sa prise de contrôle de la localité, sachant que les Israéliens se trouvent encore à Zaoutar el-Charkiyé qui est toute proche. En fait, selon des sources militaires, les soldats israéliens n’étaient pas vraiment déployés à l’intérieur de Zaoutar el-Gharbiyé, juste à ses abords, dans les zones limitrophes. Ils se sont donc retirés il y a quelques jours, mais le village est encore sous leur contrôle de feu. Les sources militaires précitées affirment que les soldats libanais se sont aussitôt déployés et ils ont interdit l’accès à la localité, pour pouvoir l’inspecter tranquillement et même fouiller les maisons, sans se heurter aux habitants. Les soldats cherchaient ainsi à vérifier le retrait israélien, à s’assurer que les lieux sont devenus sûrs et, en même temps, à s’assurer que les combattants du Hezbollah sont partis, avec leurs installations. Il faut préciser toutefois que les sources militaires précitées et le Hezbollah lui-même affirment que Zaoutar el-Gharbiyé n’était pas vraiment un bastion important de la formation. Ce qui a sûrement facilité la mission de l’armée, qui a pu, au bout de quelques jours, commencer à autoriser le retour des habitants sur les lieux.

Dans ce contexte, toutes les parties impliquées dans ce processus sont conscientes que ce qui se passe à Zaoutar el-Gharbiyé ne peut pas être considéré comme un aperçu concluant et décisif de la mission confiée à l’armée dans le cadre de l’application des « zones pilotes ». Il s’agit plutôt d’un signe positif que la partie libanaise a voulu donner, aux Américains en particulier, tout en sachant qu’il ne constitue pas un modèle sur lequel se baser pour poursuivre la mission. Il constitue juste le lancement du projet et il donne un aperçu de ce que la suite pourrait être, notamment au niveau des problèmes qu’il faudra régler pour que la mission puisse être accomplie. Il s’agit notamment de la nécessité d’équiper et de former les soldats libanais, pour qu’ils puissent détecter les armes et les explosifs, mais aussi de leur donner les moyens légaux pour pouvoir procéder à des fouilles systématiques des lieux et en particulier des propriétés privées. Ce qui pose un problème légal auquel il faudra trouver une solution. D’ailleurs, à ce sujet, l’armée a sciemment retardé le retour, même provisoire, des habitants à Zaoutar el-Gharbiyé, pour ne pas avoir à faire face à ce problème. Les soldats ont procédé ainsi aux fouilles avant l’arrivée des habitants. Mais cette méthode ne peut pas être appliquée à grande échelle. Il faudra donc trouver des solutions qui soient à la fois efficaces et respectueuses des lois et des droits.

Le véritable chemin pour y arriver commencera lors du prochain round de négociations prévu à Rome le 4 août. D’ailleurs, cette fois, la délégation libanaise devrait comprendre des figures militaires parce que les questions qui devraient être abordées seront essentiellement techniques et concernent l’action sur le terrain. Outre les moyens qui devraient être accordés à l’armée libanaise et la légalisation des fouilles des propriétés privées, il faudra aussi évoquer le processus de vérification qui devrait être adopté. Le Liban exige qu’il soit strictement et exclusivement sous la responsabilité de la partie américaine, mais les Israéliens veulent avoir leur mot à dire à ce sujet. Le Liban comptait d’ailleurs en parler, avant la réunion du 4 août, avec le général américain responsable du Comité militaire de coordination pour le Liban, le général Joseph Clearfield, mais, jusqu’à présent, et contrairement à certaines informations qui ont circulé dans les médias, aucune visite à Beyrouth n’est prévue ces quelques jours. Tout comme la visite à Beyrouth du chef du Centcom, l’amiral Brad Cooper, qui avait été annoncée, n’a pas encore été confirmée.

Pour l’instant, le Liban considère donc qu’il a accompli son devoir à Zaoutar el-Gharbiyé. Il faut maintenant attendre et voir comment les Israéliens, qui poursuivent leurs attaques dans la région, comptent se comporter avec les habitants qui viennent inspecter leurs maisons, tout en sachant que ceux-ci ne peuvent pas y résider, pour de nombreuses raisons, liées aux destructions et à l’absence d’infrastructure. À travers l’expérience de Zaoutar el-Gharbiyé, l’armée a montré qu’elle n’a aucune intention d’entrer en conflit direct avec les habitants. C’est clair pour les parties concernées et en particulier pour le Hezbollah qui suit attentivement le moindre développement. Celui-ci a d’ailleurs décidé, pour l’instant, de ne pas entraver l’action de l’armée dans cette localité, mais cela ne signifie pas qu’il restera les bras croisés si le processus adopté répondra aux demandes israéliennes de contrôle. Selon ses propres sources, le Hezbollah attend la prochaine réunion de Rome pour vérifier s’il y a des ententes secrètes qui ont été conclues, comme l’ont déclaré certains médias, ou si l’armée libanaise maintiendra sa position de refuser d’être placée sous le contrôle des Israéliens.

Autrement dit, l’expérience de Zaoutar el-Gharbiyé a constitué un prélude positif, et une sorte d’expression des bonnes intentions libanaises, mais il ne faut pas lui donner plus d’importance qu’elle n’en a. Les véritables problèmes n’ont pas encore été réglés. Ils devraient certes être exposés lors du prochain round de négociations à Rome, mais cela ne signifie pas pour autant que des solutions seront rapidement trouvées.

Le moment est intense et plein d’émotion. Par groupes de 5, les habitants de Zaoutar el-Gharbiyé, dans le caza de Nabatiyé, sont en train de revenir dans leur village, sous la haute surveillance de l’armée. Pour eux, il ne s’agit pas encore de s’y installer, mais juste d’inspecter les lieux et de mesurer l’ampleur des dégâts, en attendant de pouvoir reconstruire leur village. En plus de leurs sentiments mitigés, entre tristesse, colère et soulagement, ils se sentent aussi chargés d’une mission importante à l’échelle nationale, puisque ce qu’ils vivent aujourd’hui constitue la première application concrète de l’expérience des « zones pilotes », prévues dans l’accord-cadre conclu entre le Liban et Israël, sous parrainage américain.D’ailleurs, en plus des Libanais en général, les observateurs...
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