Kalu d'Éthiopie, une grande créativité. Photo tirée du compte Instagram @kaluputics
Depuis le début de la nouvelle semi-guerre mondiale qui a provoqué une tension sur les devises, les ressources et l’approvisionnement, les détecteurs de tendances sont à la recherche de ce que pourraient être les alternatives pour la mode si les matériaux venaient à manquer. Les pratiques de consommation de la nouvelle génération active sont-elles appelées à se radicaliser sur le plan éthique et écologique ? Déjà, le réseau de paiement digital et mobile Visa abandonne son soutien à la Semaine de la mode milanaise en raison du retour de la fourrure.
Un jeune Éthiopien donne aux renifleurs une réponse étonnante. Il s’appelle Kalu, il vit à Addis Abeba. Cet adolescent fait le buzz sur la Toile avec des contenus incroyablement créatifs, réinventant la mode entre bric et broc. Arte povera ? Ready made ? À partir d’objets recyclés, il crée des modèles d’une élégance surprenante malgré l’usure et la poussière. Une peu de CapCut par ci, un peu de masquage par là, un léger montage et le tour est joué : son arrière-plan est un mur de parpaing brut sur lequel sont superposées de vieilles chaussures, sa piste aux étoiles est une chaussée en terre battue.

Chaque clip commence par des souliers, des sneakers ou des bottes qui semblent rescapés d’une poubelle. Il vous montre : ces Nike qui furent blanches accompagnent un ensemble en toile de sacs de céréales blancs. Les boutons de la blouse sont simplement dessinés. Le froissage naturel de la toile souligne un stylisme d’autant plus artistique que les côtés du haut sont ouverts, attachés par un zigzag de rubans. Et puis il y a sa danse. En équilibre sur un rolo bolo de fortune (une vague planche posée sur un cylindre), il joue d’une canne en fer. Un stetson de paille couronne ce roi de la sape littéralement surgi de la boue. Admirez, dans une autre vidéo, ces mocassins noirs bordés de capsules de Coca Cola rouges ! Les mêmes capsules de soda, rouges, blanches ou dorées, vont venir relever un costume improbable, s’accumuler sur la cravate, border la veste et les bords d’un chapeau avec le luxe d’une broderie magistrale. Plus loin, prenez ces godillots anecdotiques, ceux que les pêcheurs malheureux voient systématiquement s’accrocher à leur ligne : ils servent de socle à un jean atomisé, fait d’un tissage de bandes de denim et de toile de sac, deux poches blanches brodées à l’avant reprises dans la blouse avec recherche. On cligne les yeux. L’harmonie qui en ressort est d’une incroyable évidence. Une dernière pour la route ? Des bottes de caoutchouc noires agrafées aux déchirures, à porter au choix avec un haut en pneu usé déguisé en cuirasse, pantalon étroit en chambre à air orné d’agrafes, pagne de nylon noir par-dessus.
« Balenciaga », relaient les internautes. Il ne fait aucun doute que le nouveau directeur artistique de la maison, Demna Gvasalia, l’ait déjà remarqué, lui qui a construit son propre style à partir du manque dont a souffert l’Europe de l’Est derrière le rideau de fer. La vision de ce poulbot est unanimement saluée par le public virtuel. Il y a une telle opulence dans cette pauvreté, une telle poésie dans cet imaginaire qui transforme la poussière en étoiles qu’on est tenté d’y aller de sa propre palette d’objets trouvés pour créer un style introuvable.


Quelle imagination ! Je vous souhaite tout le succès que vous méritez jeune homme.
09 h 14, le 20 avril 2026