La ville de Bint Jbeil en 2021. Photo fournie par Suheila Amen
Dans sa maison à Bagdad, Mohammad Bazzi, journaliste de 25 ans, reste rivé à son téléphone depuis une semaine. D’Instagram à X, puis à TikTok, il suit en continu l’actualité de Bint Jbeil, sa ville natale. En pleine invasion terrestre, l’armée israélienne encercle cette localité du Liban-Sud, située à moins de quatre kilomètres de la frontière. Déjà convoitée sans succès en 2006 puis en 2024, Bint Jbeil, forte d’environ 30 000 habitants, incarne un symbole : c’est là que Hassan Nasrallah, l’ancien leader du Hezbollah, avait prononcé en 2000 son « discours de la victoire » après le retrait israélien du territoire libanais, consacrant la ville comme « capitale de la résistance ».

Né et élevé sur place jusqu’à ses 17 ans, Mohammad Bazzi s’accrochait encore à une certitude fragile : la maison familiale, dernier vestige de sa mère décédée, était toujours debout. Mardi, elle s’est effondrée. Après avoir payé 450 dollars pour consulter une carte satellite, il découvre sa destruction. « Je suis immédiatement allé à l’hôpital, où on m’a mis sous perfusion », raconte-t-il.

Malgré la douleur que suscite la perte de la maison de son enfance, pour Mohammad, Bint Jbeil, c’est aussi des souvenirs précieux. « Des années de prières du vendredi dans une mosquée aujourd’hui détruite ; la douceur d’un thé partagé au coucher du soleil avec des passants invités autour d’une grande théière ; les promenades dans la ville, les chèvres qui paissent… et ce sentiment de communauté », confie-t-il. « Les rires au Souk al-Khamis », ajoute-t-il, évoquant ce marché hebdomadaire qui réunissait habitants et visiteurs. « L’image de la ville d’avant restera gravée dans mon cœur. »
« Les couchers de soleil étaient magiques »
À des milliers de kilomètres, dans le Michigan, aux États-Unis, Mohammad Ali Taha suit lui aussi les nouvelles avec anxiété. Originaire de Nabatiyé, il passait ses étés à Bint Jbeil chez la famille de sa mère. Pour lui, la ville évoque avant tout « la kazdara (promenade sans but dans les rues au coucher du soleil) et les nuits de narguilé ».
Au Michigan également, Suheila Amen, consultante américano-libanaise, garde elle aussi des souvenirs précis de ses années passées sur place. « Les couchers de soleil à Bint Jbeil étaient magiques », raconte-t-elle. Elle se souvient des rues animées du souk, des commerçants, des personnes âgées qui s’arrêtaient pour prendre des nouvelles, surtout des étrangers. « Il y avait une vraie solidarité. Chacun veillait sur l’autre. »

« En longeant la route vers Yaroun ou près de l’ancienne mosquée, des habitants nous appelaient depuis leurs balcons pour partager un café. Il y avait une grande fierté dans leurs voix quand ils racontaient leur village. » Aujourd’hui, voir ces lieux détruits est pour elle « insoutenable ». « Savoir que des gens perdent tout ce qu’ils ont construit, qu’ils vivent au Liban ou qu’ils y soient attachés depuis l’étranger, c’est impossible à accepter. »


Bahreïn soutient Joseph Aoun et rejette toute ingérence étrangère au Liban
Le Liban était la perle rare implantée dans un coin du monde où il faisait bon vivre et où l’on pouvait apercevoir le coucher ou le lever du soleil, selon, depuis sa terrasse ou balcon. Depuis 75, ils ont transformé ce pays en zone bétonnée ou même les corbeaux ne s’y aventurent plus , et où les murs ont remplacé l’horizon qui devient de plus en plus restreint afin que nos politiciens se remplissent les poches. Pauvre pays, je n’arrête pas de t’imaginer tel que tu était et de te pleurer tel que tu es devenu. Mon beau pays d’amour où les criminels ont élu domicile pour te défigurer puis te tuer
19 h 07, le 17 avril 2026