Thierry Frémaux, délégué général du Festival de Cannes et Iris Knobloch, présidente du festival, posent après une conférence de presse annonçant la sélection officielle de la 79e édition du Festival de Cannes, au cinéma Pathé Palace à Paris, le 9 avril 2026. Photo Julien de Rosa/AFP
Des films questionnant l'histoire récente, de jeunes pousses françaises et une discrétion remarquée des films américains : le Festival de Cannes a levé le voile sur sa 79e édition avec plusieurs nouveaux venus et quelques habitués, dont Pedro Almodovar. « Le cinéma est dans un état de productivité, de créativité, tout à fait formidable », a tenu à rassurer en préambule le délégué général du festival, Thierry Frémaux.
Après avoir visionné 2 541 films en provenance de 141 pays, le comité de sélection en a retenu 21 pour la Palme d'or, dont 11 réalisés par des cinéastes encore jamais apparus en compétition, qui revisitent la Résistance en France, la guerre civile en Espagne, les débuts de l'épidémie de sida à New York ou la Première Guerre mondiale.« C'est une façon de ramener l'histoire au présent, de la questionner au présent », a expliqué Thierry Frémaux.
Le successeur d'Un simple accident, Palme d'or en 2025, sera désigné par un jury présidé par le cinéaste sud-coréen Park Chan-wook.
Parmi les nouveaux venus en compétition : beaucoup de Français comme Léa Mysius et son adaptation du roman de Laurent Mauvignier Histoires de la nuit, avec Bastien Bouillon et Monica Bellucci. Arthur Harari, le compagnon de Justine Triet avec qui il a écrit le scénario de la Palme d'or de 2023 Anatomie d'une chute, est également présent avec L'Inconnue, pour « l'un des films les plus discutés » dans le comité de sélection, « un objet de cinéma extrêmement particulier », a commenté Thierry Frémaux. Des habitués de la Croisette font également partie de la sélection comme les ex-Palme d'or Hirokazu Kore-eda ou Cristian Mungiu.
Dynamisme espagnol
Andrei Zviaguintsev, cinéaste russe en exil, déjà distingué à Cannes, revient avec Minotaure, un film tourné en Lettonie qui « parle de la société russe d'une façon qu'on n'a pas l'habitude de voir, c'est-à-dire de la bourgeoisie » confrontée à la conscription et à la guerre, a décrit Thierry Frémaux. Autre artiste en exil, l'Iranien Asghar Farhadi postulera aussi à la Palme d'or avec son film Histoires parallèles, tourné en France avec une constellation de stars (Catherine Deneuve, Isabelle Huppert, Pierre Niney...).
Trois films espagnols font également partie de la sélection, soulignant « un certain mouvement dans le cinéma espagnol », a insisté M. Frémaux.
« Je trouve que c'est une super nouvelle. (...) Ca montre bien que le cinéma espagnol traverse une bonne période », s'est réjoui dans la presse ibérique Pedro Almodovar. Les sections parallèles du festival et les films hors compétition promettent en outre leur lot de moments forts. La grosse production française La Bataille de Gaulle : l'âge de fer, première partie du diptyque sur le général écrit et réalisé par l'ancien diplomate Antonin Baudry, sera projetée hors compétition.
Plusieurs faits réels portés sur grand écran devraient aussi faire l'événement, comme L'Abandon, film sur les derniers jours du professeur Samuel Paty. L'Affaire Marie-Claire revient, lui, sur le procès historique de 1972 à Bobigny d'une jeune fille qui s'était fait avorter illégalement après un viol, avec Charlotte Gainsbourg dans le rôle de l'avocate Gisèle Halimi.
Absence des studios
Grand absent de cette édition, le cinéma américain ne compte qu'un seul réalisateur en compétition (Ira Sachs), en attendant peut-être James Gray, pressenti pour accrocher la sélection en dernière minute. Mais ni Steven Spielberg ni Christopher Nolan, dont les films sont très attendus, ne feront étape sur la Croisette. « Il faut savoir que quand les studios sont moins présents à Cannes, c'est qu'ils sont moins présents tout court », a relativisé Thierry Frémaux.
« En dehors du cinéma des studios, un cinéma indépendant, un cinéma ailleurs qu'à Los Angeles continue d'exister », a-t-il plaidé. La réalisatrice américaine Jane Schoenbrun ouvrira d'ailleurs la section « Un certain regard » avec son film d'horreur Teenage Sex and Death at Camp Miasma. Des stars américaines fouleront tout de même les marches cannoises, avec John Travolta qui viendra présenter son premier film en tant que réalisateur ou encore Woody Harrelson et Kristen Stewart, vedettes du prochain long-métrage de Quentin Dupieux. Steven Soderbergh présentera, lui, un documentaire sur la légende John Lennon, baptisé The Last Interview.
Enfin, dans la section « Cannes Première », deux documentaires sur le football devraient attirer l'attention : l'un sur Éric Cantona, l'autre sur le mythique Angleterre-Argentine de la Coupe du monde 1986.

