Rechercher
Rechercher

Face à Israël, le Liban est nu


C’était écrit. Le Liban allait être, comme à son habitude, le grand perdant de la séquence. Soit il n’était pas inclus dans le cessez-le-feu - qui ressemble de plus en plus à une illusion - entre les États-Unis et l’Iran, et Israël pouvait continuer de le bombarder en toute impunité pendant encore des jours, des semaines, voire des mois. Soit il l’était, grâce à la pression de l’Iran, et cela aurait permis à la République islamique et au Hezbollah de crier victoire et de renforcer leur emprise sur un État qui cherche depuis un an à s’en libérer.
L’ouverture de négociations directes avec Israël offre une troisième voie. C’est une bonne nouvelle, dans la mesure où elle remet l’État au centre du jeu et lui permet de défendre ses propres intérêts, piétinés par Tel-Aviv et Téhéran. Beyrouth doit prouver qu’il est le mieux placé pour négocier un cessez-le-feu, un retrait des troupes israéliennes du Liban-Sud et un accord solide qui mette fin à cet état de guerre permanent, qui ne mène à rien sauf à la ruine du Liban.
Il y a quelques mois, dans ces mêmes colonnes, nous arguions du fait que les conditions pour faire la paix avec Israël n’étaient pas réunies et qu’il était dans notre intérêt de se contenter d’un retour à l’accord d’armistice de 1949 dans une version renforcée. Nos arguments étaient les suivants : le Liban est dans une position beaucoup trop faible pour négocier un bon accord ; les agissements criminels de l’État hébreu à Gaza, en Cisjordanie, au Liban ou encore en Syrie n’en font pas un partenaire de paix potentiel ; le pays du Cèdre est si fragile qu’il ne peut absorber ni la guerre ni la paix, compte tenu des tensions internes que cela risque d’attiser ; enfin, le Liban reste attaché, tout comme l’Arabie saoudite, à l’initiative arabe de 2002 qui implique de faire la paix en échange de la création d’un État palestinien, une carte qui constitue le dernier levier arabe sur Israël.
Mais ces arguments sont désormais complètement dépassés. L’aventurisme du Hezbollah, qui a conduit à une énième invasion israélienne et à la dévastation d’une large partie du Liban-Sud, ne nous laisse malheureusement plus d’autre choix que de faire la paix avec Israël si l’on veut espérer récupérer l’intégrité de notre territoire.
Le problème, c’est que même cette paix par la force, nous ne sommes pas en mesure de l’offrir. Sur le papier, les négociations vont avoir lieu dans un contexte plus propice que par le passé en raison de l’affaiblissement du Hezbollah, de son isolement politique et de la chute du régime Assad en Syrie. Une grande partie des Libanais et de l’establishment politique semble par ailleurs prête à signer une paix froide avec Israël, non par conviction mais par pragmatisme.
Mais l’essentiel n’est pas là. La question principale ne concerne pas notre volonté ou non de signer la paix avec notre voisin, mais notre capacité à faire en sorte qu’elle soit effectivement respectée par toutes les composantes du pays. Or, notre seule marge de manœuvre vis-à-vis d’Israël reposait sur notre réussite, ne serait-ce que partielle, dans la politique de désarmement du Hezbollah. Parce qu’elle s’est avérée être un échec total et parce que l’État a, au mieux été berné, au pire menti, nous abordons les négociations sans aucune carte sérieuse entre nos mains. Face à Israël, le Liban est nu.
L’État hébreu continuera de nous bombarder et de poursuivre son invasion dans le Sud tant qu’il n’aura pas reçu une garantie sérieuse de notre engagement à désarmer le Hezbollah. Nous pouvons continuer de faire de grands discours et des promesses dans le vide, mais personne n’est dupe. Le Premier ministre, Nawaf Salam, est sincère dans sa volonté de mener à bien cette mission, mais il est complètement isolé et presque dépourvu de moyens d’action. Le président du Parlement, Nabih Berry, a fait le choix d’être avec le Hezbollah contre l’État. Et le président de la République, Joseph Aoun, n’est clairement pas prêt, pour des questions politiques mais aussi idéologiques, à confronter le parti-milice. Avant même de parler de ses capacités - ce qui aurait été une question légitime si elle avait manifesté un minimum de volonté - l’armée, et plus généralement l’appareil sécuritaire, a fait preuve d’une telle complaisance, et parfois même d’une telle connivence avec le Hezbollah, qu’il est sérieusement permis de douter qu’elle perçoive un jour la milice comme un ennemi de l’État. Et puisque le Hezbollah ne remettra jamais ses armes par le biais d’un dialogue national, à moins que le régime iranien ne chute, nous sommes complètement coincés.
Dans ce contexte, les négociations avec Israël sont condamnées à l’échec. Tel-Aviv le sait, Téhéran le sait et Beyrouth - on l’espère - le sait aussi. La seule question qui demeure est de savoir si Washington l’entend aussi de cette oreille. Ou si Donald Trump va mettre tout son poids dans la balance pour aboutir à un accord, comme à Gaza, qui ne sera respecté par aucune des parties.

C’était écrit. Le Liban allait être, comme à son habitude, le grand perdant de la séquence. Soit il n’était pas inclus dans le cessez-le-feu - qui ressemble de plus en plus à une illusion - entre les États-Unis et l’Iran, et Israël pouvait continuer de le bombarder en toute impunité pendant encore des jours, des semaines, voire des mois. Soit il l’était, grâce à la pression de l’Iran, et cela aurait permis à la République islamique et au Hezbollah de crier victoire et de renforcer leur emprise sur un État qui cherche depuis un an à s’en libérer.L’ouverture de négociations directes avec Israël offre une troisième voie. C’est une bonne nouvelle, dans la mesure où elle remet l’État au centre du jeu et lui permet de défendre ses propres intérêts, piétinés par Tel-Aviv et Téhéran. Beyrouth doit...
commentaires (20)

Excusez-moi M. Samrani si j'ai mal épeler votre nom.

DOUMET Rima

22 h 04, le 14 avril 2026

Commenter Tous les commentaires

Commentaires (20)

  • Excusez-moi M. Samrani si j'ai mal épeler votre nom.

    DOUMET Rima

    22 h 04, le 14 avril 2026

  • Merci Monsieur Semrani pour cette analyse objective de la situation. Merci! À présent, le cancer est généralisé car on a laissé faire durant plus d'un demi-siècle... On est prêt aujourd'hui à signer la paix, mais quelle carte nous détenons pour négocier...Aucune garantie...Aucun pouvoir réel... Nous avons perdus toute crédibilité politique et militaire. On ne peut pas rêver d'une solution juste et équitable tant que ces mêmes belligérants mènent les pour-parlers de paix! Comprendrons-nous un jour!

    DOUMET Rima

    21 h 12, le 14 avril 2026

  • Face au Hizballah, le Liban est nu!

    Camilo Romano

    19 h 05, le 14 avril 2026

  • Vous écrivez en filigrane que l'armée devrait être équipée en armes et en volonté pour combattre le Hezbollah, mais pas pour défendre le Liban face à Israël (défendre le Liban face à Israël, quelle idée absurde, n'est-ce pas ?). Vous rejoignez en cela tous les Libanais qui, mus par leur aveuglement, refusent de reconnaître la nature d'Israël et l'étendue du travail qu'accomplit le Hezbollah sur le terrain. La paix que vous appelez de vos vœux n'est qu'une capitulation et un protectorat israélien, où le sud sera traité comme Gaza et le reste du Liban comme la Cisjordanie.

    GA

    11 h 24, le 14 avril 2026

  • Ne confondons surtout pas le politiquement incorrect, au politiquement spécieux. Notre problème est d'abord dû à un Hezbollah à la solde de l'Iran. Il est à la source d'une grande partie de nos maux. La complaisance, la corruption et la lâcheté de notre personnel politique constitue une seconde source aussi sérieuse et profonde, et enfin le peuple lui-même complète le tableau par sa propension à se laisser manipuler.Faisons le ménage chez nous et nos ennemis nous ficheront la paix.

    Achab Nadia

    17 h 22, le 13 avril 2026

  • Il est clair que si un accord de paix n’est pas respecté comme dans tous les pays qui l’ont déjà fait depuis des décennies et se portent comme un charme, le Liban ne retrouvera jamais la paix et encore moins la sécurité souhaitée. Il faut que les gouvernants et les les responsables politiques qui ont ruiné le pays et l’ont vendu, changent aussi avant d’entamer la reconstruction , sinon ce sera pire qu’avant. C’est le début du commencement.

    Sissi zayyat

    17 h 07, le 13 avril 2026

  • Et si un accord de paix était la solution pour maintenir notre souveraineté territoriale.Accepter une protection militaire d’israël nous permettrait sans doute de retrouver du temps. Du temps pour instaurer un dialogue interne entre nos communautés et retrouver un semblant de stabilité. J’ai peur que nous soyons obligés de choisir le camps du plus fort dans l’intérêt, existentiel, de notre pays…Où nous pouvons choisir de nous battre pour rétablir la justice.Sans armes face à une armée puissante. Choisir de se battre pour la justice ou rallier nos ennemis pour offrir une paix à nos enfants.

    ETC

    15 h 59, le 13 avril 2026

  • Israël aurait attaqué tôt ou tard, son expansSionisme est bien connu et il n'a jamais caché son intention d'élargir sa frontière nord.

    Politiquement incorrect(e)

    12 h 35, le 13 avril 2026

  • " Le Hesbollah ne remettra jamais ses armes par le biais d'un dialogue national".Faux.Il aurait volontier accepté une stratégie de défense nationale sous la tutelle de l'Etat.

    M.Z

    12 h 32, le 13 avril 2026

  • 1975 C'ETAIT YASSER ARAFATT ET 50000 MORTS QUAND LES MUSULMENTS SE SONT ALLIES AUX PALESTINIENS ET LA GUERRE CIVILE A ECLATEE 2026 C'EST LES CHIITES QUI AUX ORDRES DE L'IRAN ATTAQUENT ISRAEL .NOUS SOMMES HEUREUSEMENT A MOINS DE 50000 MORTS MAIS SI CELA CONTINUE ET L'ETAT NE TROUVE PAS UN MOYEN DE DESARMER HEZBOLLAH LES 50000 MORTS ARRIVERONT MR LE PRESIDENT DE LA CHAMBRE DITES QUE AMAL N'EST PAS D'ACCORD AVEC HB ET COMMENCEZ A AIDE A DESARMER VOUS MEME HB ON NE POURRA PAS DIRE QU'IL YA UNE GUERRE CIVIL AU LIBAN ET VOUS SEREZ LE SAUVEUR DU LIBAN MERCI D'AVANCE

    LA VERITE

    11 h 51, le 13 avril 2026

  • Arrêtons de croire que le HB décide par lui même s’il participe à une guerre qui ne concerne pas le Liban ou pas. Il reçoit des ordres et s’exécute, d’où son appellation de parti vendu. Si cette milice défendait les intérêts de son pays et de s communauté, ça se saurait. Des mercenaires qui se sont appropriés notre pays sans aucune résistance ni punition mais avec des encouragements et des complicités honteuses internes qui permettent à certains de devenir coq sur le poulailler avec les émoluments qui vont avec, et comme bonus le pillage du pays sans être inquiétés. Voilà tout. Une mafia rôdé

    Sissi zayyat

    10 h 56, le 13 avril 2026

  • Le Liban est seul face à israel et seul face au monde. Il n'a aucune carte à jouer. Ne pas signer, signe sa destruction et signer, signe sa perte. .Sa souveraineté, sera déléguée aux bons et surtout mauvais vouloirs d'un état génocidaire qui ne respecte aucun accord et qui le dynamitera à la moindre occasion. Cet accord pourrait diviser à nouveau le pays et le plonger dans une nouvelle guerre civile. Quoiqu'on fasse, le Liban est probablement foutu.

    MeK

    10 h 55, le 13 avril 2026

  • Il n'est jamais trop tard. Je peux comprendre votre pessimisme et votre fatigue. Néanmoins, je ne rejoins pas votre avis. Le Liban a tous les atouts pour briller à nouveau et en premier son peuple er cest cela qui fait peur à vos voisins pays du golf compris.

    Alexis Alam

    10 h 44, le 13 avril 2026

  • Très juste. Une perte de temps pour montrer que notre gouvernement peut faire quelque chose. Mais ce train a passé depuis longtems.

    Ma Realite

    09 h 08, le 13 avril 2026

  • Merci Mr Samrani, pour cette analyse, comme toujours, extrêmement claire et tristement lucide. Le problème réside dans la complicité, totale et constante, entre l'armée et la milice, pourtant totalement illégale. La seule preuve que l’État pourrait donner de sa crédibilité, serait une véritable confrontation armée entre le Hezbollah et les forces légales. Au souvenir de l'affaire de Raouché, il est, ma;heureusement, permis de désespérer. L’État avait là une occasion , sans frais, sans effusion de sang, de montrer sa détermination. Las! L'armée a laissé faire et s'en est vu félicitée!

    Yves Prevost

    08 h 18, le 13 avril 2026

  • Nous savons tous à quoi cette impasse va aboutir. Le clivage interne va finir par éclater sur le terrain et des expressions politiques claires vont finalement s'exprimer en toute autonomie. Et ceci après une confrontation malheureusement sanglante pour diviser une fois pour toute le pays. Alors je vous en prie, messieurs, arrêtez de nous baratiner. Une grande partie du pays ne veut plus se soumettre aux désidératas du Hezbollah et veut arrêter l'état de guerre avec Israël. Que ceux qui veulent continuer cette guerre créent leur pays et ils vont le faire mais après une séparation du corps Liban

    Oscar

    04 h 43, le 13 avril 2026

  • Bien vrai. On ne peut pas vaincre le puissant voisin déchaîné, surtout lorsqu’il a été lui-même attaqué par le hamas puis le hezbollah et que leur patron iranien le menace de disparition. Mais compter nos morts n’est pas la solution. On peut dire qu’il reste un choix, appliquer les décisions de l’Etat et désarmer les hors-la-loi malgré les risques et menaces. L’armée n’est plus au Sud elle peut donc être déployée ailleurs. Il y aura de la casse ? Et ce qui se passe c’est quoi alors ? C’est la seule carte gagnante qui nous éviterait de perdre la partie … et la patrie.

    NG

    04 h 43, le 13 avril 2026

  • Article clinique, d’une lucidité froide. Merci monsieur Samrani

    Joey Helou

    04 h 38, le 13 avril 2026

  • Non, le Liban n'est pas nu ! Il a simplement rejeté la seule carte de poids qu'il dispose (le Hezbollah), préférant se soumettre à l'ennemi.

    GA

    01 h 01, le 13 avril 2026

  • « L’aventurisme du Hezbollah, qui a conduit à une énième invasion israélienne et à la dévastation d’une large partie du Liban-Sud... ». L'inversion des causes et des conséquences est flagrante... Croire que le Liban peut se tenir à l'écart de la guerre en se soumettant à Israël est totalement illusoire. Les six obus du 2 mars étaient en réalité le coup d'envoi d'un match qui allait de toute manière débuter. Le Hezb n'a fait que choisir le moment qui, militairement parlant, lui convenait, au lieu de laisser l'initiative à Israël.

    GA

    00 h 59, le 13 avril 2026

Retour en haut