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Politique - guerre au liban 2026

Quand le Liban décidait d'expulser le chargé d'affaires iranien... en 1983

Le gouvernement de Chafic Wazzan avait accusé l'Iran d'ingérence, mais l'expulsion du diplomate ne s'était finalement pas déroulée comme prévu.

Quand le Liban décidait d'expulser le chargé d'affaires iranien... en 1983

Des manifestants brandissent une banderole hostile au pouvoir libanais et à sa décision d'expulser le chargé d'affaires iranien, lors d'une manifestation le 25 novembre 1983 dans la banlieue sud de Beyrouth, à l’appel du « Rassemblement des ulémas musulmans ». Photo d'archives Ibrahim Tawil/L’Orient-Le Jour

Jeudi 26 mars 2026. Comme un air de déjà-vu. Dans la banlieue sud de Beyrouth, une centaine de partisans du Hezbollah et de la République islamique d'Iran ont manifesté leur soutien à l’ambassadeur iranien, Mohammad Reza Chibani, déclaré cette semaine persona non grata par les autorités libanaises qui accusent Téhéran de s'ingérer dans les affaires libanaises via son allié, le Hezbollah, en pleine (nouvelle) guerre contre Israël depuis le 2 mars. Le diplomate doit quitter le territoire libanais au plus tard dimanche 29 mars, selon une information confirmée par le ministère des Affaires étrangères à L’Orient-Le Jour.

Quarante-trois ans plus tôt, le Liban, en pleine guerre civile, se plaignait déjà de l'ingérence du régime des mollahs arrivés au pouvoir en 1979. Le 23 novembre 1983, le gouvernement de Chafic Wazzan avait ainsi décidé d'expulser le chargé d'affaires de l'époque, Mohammad Nourani, en guise de protestation. Mais cette expulsion ne s'était finalement pas déroulée comme prévu. Une mobilisation dans la rue de religieux musulmans libanais avait permis au chargé d'affaires iranien de rester en poste, infligeant un camouflet aux autorités.

Ingérence dans les affaires libanaises

Dans son édition du 26 novembre 1983, L'Orient-Le Jour cite une source ministérielle libanaise qui justifie la décision du gouvernement Wazzan par « la présence sur le sol national de forces armées iraniennes qui agissent comme bon leur semble et qui interviennent à leur guise dans les affaires intérieures libanaises ». Né au début des années 1980 de la fusion de plusieurs factions chiites libanaises sous l'impulsion des Pasdaran iraniens, le Hezbollah en était encore à ses débuts.

Selon les archives de L'OLJ, plusieurs centaines de membres des gardiens de la révolution islamique se trouvaient déjà dans la Békaa depuis fin 1982, où ils avaient établi « un État dans l'État ». L'année suivante, le 23 octobre 1983, deux attentats-suicide à la voiture piégée visent, à quelques minutes d'intervalle, des parachutistes français et des Marines américains à Beyrouth. Bilan : 241 soldats américains et 58 militaires français tués. Un mouvement obscur, le « Jihad islamique », revendique l'attaque. L'Iran et le Hezbollah sont pointés du doigt.

Le chargé d'affaires iranien Mohammad Nourani (à gauche), reçu par le secrétaire général du palais Bustros, Fouad Turk, le 25 novembre 1983. M. Nourani est officiellement informé ce jour-là de son expulsion par les autorités libanaises. Photo d'archives Hampar Narguizian/L'Orient-Le Jour
Le chargé d'affaires iranien Mohammad Nourani (à gauche), reçu par le secrétaire général du palais Bustros, Fouad Turk, le 25 novembre 1983. M. Nourani est officiellement informé ce jour-là de son expulsion par les autorités libanaises. Photo d'archives Hampar Narguizian/L'Orient-Le Jour

Mohammad Nourani est notifié de la décision du gouvernement libanais le 25 novembre 1983, par le secrétaire général du palais Bustros, Fouad Turk. Le chargé d'affaires iranien dispose alors, ainsi que les autres membres de la chancellerie, d'un délai de 72 heures pour quitter le Liban. La décision libanaise suscite un tollé parmi des dignitaires sunnites et chiites locaux, qui s'insurgent contre les décisions des « autorités des Kataëb », le président de l'époque n'étant autre qu'Amine Gemayel, fils du fondateur du parti. Ces religieux organisent alors plusieurs sit-in et appellent les autorités à revenir sur leur décision d'expulser le diplomate iranien. Si à l'époque, des cheikhs sunnites s'étaient joints aux protestations aux côtés de leurs coreligionnaires chiites, tel n'est pas le cas en 2026, alors que la rue sunnite au Liban est largement défavorable au Hezbollah et à son parrain iranien.

L'aéroport de Beyrouth bombardé en 1983

Le départ de Mohammad Nourani est finalement fixé au 30 novembre 1983. Sauf que l'Aéroport international de Beyrouth est pilonné le jour-même à l'aube. L'AIB est alors fermé, et le départ du chargé d'affaires iranien reporté. Selon des informations de L'OLJ en date du 1er décembre 1983, les organismes de sécurité n'excluaient pas à l'époque la possibilité que le bombardement ait pu être lié à la décision du Conseil des ministres d'expulser le diplomate et ses collaborateurs.

L'expulsion est à nouveau programmée pour le 21 décembre, mais cette fois-ci, le personnel de l'ambassade d'Iran est « retenu » à Beyrouth par des ulémas qui avaient préparé une cérémonie d'adieu et qui finissent par empêcher les diplomates de prendre l'avion. Les dignitaires déclarent alors que les diplomates sont les bienvenus dans la banlieue sud de Beyrouth, imposant ainsi leur volonté face au gouvernement. « L'avion iranien qui devait transporter les diplomates a quitté Beyrouth à 13 heures sans ses passagers. M. Nourani s'est rendu au palais Bustros pour l'informer qu'il est retenu par les ulémas. cette affaire a été débattue en Conseil des ministres qui n'a cependant pas pris de décision à cet égard », écrivait L'OLJ le 22 décembre 1983.

Le lendemain, lors d'une conférence de presse, les ulémas dénoncent les « pratiques » des Kataëb et demandent la reprise des relations diplomatiques avec l'Iran, ainsi que « la cessation des prises de position préjudiciables aux musulmans ». Arrive ensuite le fameux 6 février 1984, journée à l'issue de laquelle le mouvement chiite Amal s'empare de Beyrouth-Ouest, et les militaires chiites de la 6e brigade de l'armée libanaise font scission. L'expulsion du chargé d'affaires iranien est alors reléguée aux oubliettes, le pays ayant été rattrapé par la réalité du terrain.

L'expulsion de Mohammad Reza Chibani connaîtra-t-elle le même sort que celle de Mohammad Nourani ? Réponse dimanche.

Jeudi 26 mars 2026. Comme un air de déjà-vu. Dans la banlieue sud de Beyrouth, une centaine de partisans du Hezbollah et de la République islamique d'Iran ont manifesté leur soutien à l’ambassadeur iranien, Mohammad Reza Chibani, déclaré cette semaine persona non grata par les autorités libanaises qui accusent Téhéran de s'ingérer dans les affaires libanaises via son allié, le Hezbollah, en pleine (nouvelle) guerre contre Israël depuis le 2 mars. Le diplomate doit quitter le territoire libanais au plus tard dimanche 29 mars, selon une information confirmée par le ministère des Affaires étrangères à L’Orient-Le Jour.Quarante-trois ans plus tôt, le Liban, en pleine guerre civile, se plaignait déjà de l'ingérence du régime des mollahs arrivés au pouvoir en 1979. Le 23 novembre 1983, le gouvernement de...
commentaires (8)

Comme trop souvent au Liban, l'histoire se répète.

Corto

23 h 36, le 27 mars 2026

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Commentaires (8)

  • Comme trop souvent au Liban, l'histoire se répète.

    Corto

    23 h 36, le 27 mars 2026

  • Est ce que le Liban est encore un état?

    Scoubidou 1et2

    12 h 40, le 27 mars 2026

  • Et voilà comment le Liban a perdu toute son autorité en se montrant faible devant les lâches qui, à l’époque ne demandaient pas mieux que de les voir dociles et obéissants pour pouvoir sévir. Nos dirigeants ne pouvaient pas se cacher derrière le fameux prétexte, de menace de guerre civile, puisqu’on y était déjà . On avait tout à gagner à se dresser face aux usurpateurs qui se sont emparés de notre pays à coup de bluffs et de menaces. L’expérience se répète et espérons que nous avons appris des expériences passées. Résister quelqu’en soit le prix. La liberté ne se monnaie pas elle a un prix.

    Sissi zayyat

    12 h 06, le 27 mars 2026

  • Tout ça n'est pas nouveau en effet et quand on laisse agir ces gens à leur guise en piétinant les décisions de l'état cela en dit long sur leur état d'esprit et leur vision non Libanaise ... ils pleurent que le pays ne s'occupe pas d'eux mais font tout ce qu'il faut pour se faire détester et pour rester dans l'éternel posture de la victime incomprise qui vient par la suite sous ce prétexte, martyriser toute la population. Ils n'ont rien de different avec les israéliens.

    Zeidan

    10 h 39, le 27 mars 2026

  • Les Iraniens et les missions diplomatiques, les prises d’otages de diplomates, est une longue histoire. Il suffit de googler le sujet pour avoir un aperçu. Mystérieuse mais moins connue, la disparition des diplomates iraniens en 1982 après refoulement d’un barrage phalangiste. https://www.lorientlejour.com/article/1305222/lenigme-des-quatre-diplomates-iraniens-disparus-en-1982.html#

    nabil

    10 h 15, le 27 mars 2026

  • POUR UN SCOOP C'EN EST UN ! nul autre n'a encore rappele cet EVENEMENT similaire datant de 1983. 2026, la milice iranienne 100 fois + puissante ...... le chibani ne risque pas avoir le mal de l'air de sitot !

    L’acidulé

    10 h 08, le 27 mars 2026

  • Espérons que e gouvernement ne va pas, une fois de plus, baisser son fric!

    Yves Prevost

    07 h 09, le 27 mars 2026

  • Nous constatons,malheureusement,que les sunnites ont toujours pris les mauvaises décisions premières, privilégiant leur penchant religieux. Aucune rationalité.Ils avaient appuyé l'OLP et pris position contre le front Libanais et bachir .Par la suite, ils furent les premiers à regretter BACHIR. Idem, ici, dans votre article:Ils ont appuyé l'Iran (au nom de la solidarité musulmane sans doute) et actuellement, ils sont les premiers à les subir( et les combattre sans doute). La solidarité religieuse passe avant puis ils le regrettent au final...C'est toujours la même histoire...

    LE FRANCOPHONE

    01 h 16, le 27 mars 2026

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