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Société - Chronique D’Une Guerre Ordinaire

Abou Ali, le boucher qui ne veut pas quitter la banlieue sud de Beyrouth

La guerre n’est pas toujours spectaculaire. Elle est aussi tragiquement banale. Jour 13, à mi-chemin entre la banlieue sud et une boucherie du Metn.

Abou Ali, le boucher qui ne veut pas quitter la banlieue sud de Beyrouth

Abou Ali, samedi 14 mars 2026, dans la cour arrière de la boucherie où il travaille à Naccache. Photo SK

Chaque matin, Abou Ali enfourche sa moto. Il prend l’autoroute de Daoura, en direction du nord de Beyrouth, puis la sortie de Naccache. Il se gare, descend les escaliers, enfile son vêtement de travail. Une fois derrière son comptoir, il conseille les clients. Dans cette boucherie cossue de la banlieue nord chrétienne, la guerre est un bruit de fond. On commente les informations de la nuit. On prend des nouvelles. On s’émeut d’une énième tragédie et remercie le ciel d’en avoir été épargné. Le reste de la journée est fait de viande hachée, de faux-filet et de cochonnaille.

Le soir venu, Abou Ali enfourche une nouvelle fois sa moto pour faire le trajet inverse et rejoindre son logement de la banlieue sud. Un trois-pièces construit à la fin des années 1960. Dans son immeuble, seul un vieux couple sans enfant a fait le choix de rester. Sa femme et ses trois enfants ont trouvé refuge dans les hauteurs de Aley, où ils louent un meublé avec quatre autres familles. Abou Ali rentre seul à la maison. Mais rien ne peut l’arracher à sa banlieue.

Du Metn à Dahié, d’une périphérie à l’autre, deux univers qui se tournent le dos. De retour à Chiyah, les rues sont vides. Les familles, les enfants ont été évacués. Seuls restent quelques chabeb, les jeunes du coin qui tiennent la zone. Dans les premiers jours de la guerre, des tirs en l’air avertissent du danger. Puis le silence s’installe. Entre les frappes, les mouvements sont de plus en plus rares. Les commerces n’ouvrent plus qu’une ou deux heures par jour, de quoi dispenser le minimum nécessaire. Tout le reste, la vie comme les enterrements, a été suspendu.

S’il tient à rester, Abou Ali n’a pas un lien viscéral à la banlieue sud. Il n’y est pas né. Il n’y a pas grandi. Non, son entêtement ne doit rien à l’amour des pierres. Mais beaucoup à sa foi dans le groupe. Ici, on fait passer la communauté avant l’individu. On prend soin les uns des autres. Lorsqu’un immeuble est frappé, les voisins ouvrent leur porte. La mentalité du Sud, « comme s’il y était ». Et la fidélité aux siens : voilà ce qui pousse chaque soir le boucher à traverser la ville pour rentrer dormir dans le vacarme des bombes. Une forme de résistance par les murs.

Rien ne le prédestinait pourtant à ce destin. Tout, dans sa vie, raconte au contraire l’histoire d’un déraciné, ballotté d’un quartier à l’autre à l’intérieur de son propre pays.

Abou Ali est né en 1965 dans un foyer chiite originaire du Liban-Sud. La famille est installée dans le quartier de Nabaa, à la lisière de Bourj Hammoud, à quelques rues de l’ancien secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah. Comme lui, il est croyant, fréquente les mosquées du quartier et trouve dans la parole de Moussa Sadr une forme de message providentiel. Le « sayyed » est alors le porte-voix d’une communauté marginalisée encore très peu représentée sur le plan politique. Avec lui, et quelques autres, la communauté relève la tête. Abou Ali se souvient des conférences fleuves auxquelles il assistait, enfant puis adolescent. C’est l’époque du Conseil supérieur chiite, de Mohammad Hussein Fadlallah et du cheikh Mohammad Mehdi Chamseddine. La culture des « déshérités » est en pleine gestation. Elle mènera, des années plus tard, après la Révolution islamique et l’invasion israélienne, à la création du Hezbollah.

Au mitan des années 1970, lorsque la guerre civile éclate, Abou Ali a dix ans. Sa famille, comme beaucoup d’autres, est contrainte de quitter Nabaa. D’abord pour le Sud, pendant quelques mois, avant de reprendre le chemin de la capitale. Wadi Abou Jmil, Zoqaq el-Blat, Ras Beyrouth… Au rythme des batailles, commence alors une vie d’errance, faite d’exodes à répétition. Abou Ali refuse de prendre les armes. Enrôlé dans l’armée à ses 18 ans, il déserte après quelques mois. Il s’éloigne également des milieux de la « résistance », à mesure que ceux-ci se militarisent. Pris entre le feu d’une guerre qui ne le concerne pas, la précarité et le manque d’opportunités, Abou Ali va de petits boulots en petits boulots. Sa spécialité : la boucherie.

Vendredi 13 mars 2026. Abou Ali, qui n’a pourtant pas le sommeil léger, n’a pas fermé l’œil de la nuit. Les missiles israéliens ont pilonné sans relâche la banlieue sud. Pam, pam, pam. Le sexagénaire n’oubliera pas cette nuit éveillé à subir le bruit des détonations. Mais plutôt mourir que partir. Abou Ali n’a pas peur. Ce corps vieillissant finira de toute façon par s’en aller. Alors, il préfère protéger son « âme », en restant.

Chaque matin, Abou Ali enfourche sa moto. Il prend l’autoroute de Daoura, en direction du nord de Beyrouth, puis la sortie de Naccache. Il se gare, descend les escaliers, enfile son vêtement de travail. Une fois derrière son comptoir, il conseille les clients. Dans cette boucherie cossue de la banlieue nord chrétienne, la guerre est un bruit de fond. On commente les informations de la nuit. On prend des nouvelles. On s’émeut d’une énième tragédie et remercie le ciel d’en avoir été épargné. Le reste de la journée est fait de viande hachée, de faux-filet et de cochonnaille.Le soir venu, Abou Ali enfourche une nouvelle fois sa moto pour faire le trajet inverse et rejoindre son logement de la banlieue sud. Un trois-pièces construit à la fin des années 1960. Dans son immeuble, seul un vieux couple sans enfant a fait le...
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Comme quoi les chiites sont quand meme des etres humains, n en deplaise a certains!

Nemer Salam

10 h 50, le 17 mars 2026

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Commentaires (1)

  • Comme quoi les chiites sont quand meme des etres humains, n en deplaise a certains!

    Nemer Salam

    10 h 50, le 17 mars 2026

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