Le Premier ministre Nawaf Salam s'exprimant à l'issue de la séance gouvernementale du 2 mars 2026 à Baabda. Photo tirée du site web de la présidence
« Il est désormais clair que les ponts entre le Hezbollah et le pouvoir sont coupés. » Voilà comment un ministre résume pour L’Orient-Le Jour le communiqué publié à l’issue de la séance gouvernementale extraordinaire tenue lundi après l’échange de tirs entre Israël et le Hezbollah. Le gouvernement a en effet interdit les activités militaires du parti et appelé à prendre les mesures nécessaires pour accélérer la mise en œuvre de son plan sur le monopole des armes. Une décision largement saluée comme montrant la détermination des autorités à contrôler la décision de paix et de guerre et à satisfaire les exigences de la communauté internationale en matière de monopole des armes, afin de contenir l'escalade avec Israël. Sauf que certains auraient souhaité que le cabinet aille plus loin, en actant une dissolution du Hezbollah pour défi à la souveraineté de l'État. Dans ce cadre, les mesures adoptées par le gouvernement seront-elles suffisantes pour convaincre Israël de calmer le jeu ?
Contrairement au 8 octobre 2023, la réaction officielle à l’escalade militaire du Hezbollah a été rapide. Le Conseil des ministres s’est en effet réuni au grand complet quelques heures après les frappes sur la banlieue sud dans la nuit de dimanche à lundi, menées en représailles à des tirs de roquettes vers Israël, revendiquées par le parti chiite. À l’issue d’un débat de plus de quatre heures, et comme ce fut le cas lors de la fameuse réunion du 5 août 2025 (ayant officialisé le processus de désarmement du Hezbollah), c’est le chef du gouvernement, Nawaf Salam, qui s’est personnellement chargé de donner lecture des décisions du Conseil des ministres. Il a annoncé le « rejet absolu, sans équivoque, de toute action militaire ou sécuritaire menée depuis le territoire libanais en dehors du cadre de ses institutions légitimes », affirmant que « la décision de guerre et de paix relève exclusivement » de l'État. « Cela implique l’interdiction immédiate de toutes les activités sécuritaires et militaires du Hezbollah ainsi que l’obligation pour celui-ci de remettre ses armes à l’État et de limiter son action au domaine politique », a-t-il insisté.
Pour y parvenir, le Conseil des ministres demande à l'armée et aux services de sécurité de « prendre immédiatement toutes les mesures nécessaires pour empêcher toute opération militaire ou tout tir de roquettes ou de drones depuis le territoire libanais et arrêter les contrevenants ». Sur ce plan, L’Orient-Le Jour a appris que le ministre de la Justice, Adel Nassar (Kataëb), a insisté auprès du procureur général, Jamal Hajjar, pour que les arrestations concernent aussi bien ceux qui ont lancé des roquettes à partir du Liban-Sud que les commanditaires. Il appelle aussi l’institution militaire à « entamer immédiatement et fermement la mise en œuvre » de la deuxième phase de son plan de désarmement au nord du fleuve Litani « en utilisant tous les moyens nécessaires ».
Les ministres de Berry prennent leurs distances
Selon plusieurs ministres, cela implique une autorisation implicite à l’armée de recourir à la force pour atteindre cet objectif. Toutefois, le commandant en chef de l’armée, Rodolphe Haykal (présent à la réunion), a mis en garde contre une confrontation entre l’armée et le Hezbollah. Une suggestion qui a irrité Nawaf Salam, qui a insisté sur le fait que la troupe dispose d'un « feu vert officiel pour agir comme bon lui semble », selon un ministre.
« Ce communiqué est, en soi, un miracle », estime ainsi Karim Mufti, analyste politique. Il souligne que le texte « est symbolique dans la mesure où il traduit d’abord le ras-le-bol des Libanais de se voir entraîner dans des guerres qui ne les concernent pas », ajoute-t-il. « Ce texte était nécessaire pour prouver que l’État est sérieux dans sa volonté de consacrer le monopole des armes », appuie Karim Bitar, également politologue. Les deux analystes convergent toutefois sur le fait que la décision du gouvernement est loin de garantir un retour rapide au calme. « Nawaf Salam peut faire et dire ce qu’il veut et le Hezbollah peut faire la sourde oreille autant qu’il veut », dit M. Mufti.
D'ailleurs, selon nos informations, les ministres ont longuement discuté du ton que le gouvernement devrait adopter. Ce sont principalement les ministres des Forces libanaises qui pressaient pour que soit adoptée une rhétorique plus ferme envers le Hezbollah. En face, « ceux du Hezbollah sont intervenus à plusieurs reprises pour tenter d'atténuer le ton du communiqué, notamment pour ce qui est de l'interdiction de toute activité militaire et sécuritaire du parti », confie un ministre. Dans ce cadre, un ton de « compromis » a finalement été adopté, sous l'impulsion du président Joseph Aoun. « Nous avons exprimé notre opposition au texte et c'est tout », dit le ministre du Travail, Mohammad Haïdar (Hezbollah), précisant que cette prise de position porte principalement sur le premier point du texte, qui « critique la résistance ». Il exclut toutefois toute volonté de démissionner du gouvernement. Fait notoire, les ministres Amal, Tamara Elzein (Environnement) et Yassine Jaber (Finances), ne se sont pas opposés au communiqué gouvernemental. Une position qui s’inscrit dans le prolongement du fossé qui se creuse depuis plusieurs mois entre le parti de Naïm Kassem et le président de la Chambre, Nabih Berry, qui multiplie les signes de soutien au chantier du monopole des armes.
« On ne nous aurait même pas répondu »
« Cette décision ne suffira pas pour mettre fin à la guerre parce que les Israéliens semblent déterminés à finir ce qu’ils avaient commencé en 2024 contre le Hezbollah », souligne Michaël Young, analyste politique. « Tant qu’il estime que le parti a les moyens de l’attaquer, l’État hébreu continuera de frapper, profitant du soutien américain indéfectible », appuie Karim Mufti. Malgré cela, l’État fait le pari de la diplomatie pour une cessation des hostilités. C’est dans ce cadre que s’inscrit la réunion prévue mardi à Baabda entre Joseph Aoun et les ambassadeurs des pays membres du Quintette (États-Unis, France, Arabie saoudite, Égypte, Qatar). Des contacts ont déjà été entamés avec l’ONU et d’autres pays, indique un ministre, convaincu que « sans le communiqué, on ne nous aurait même pas répondu au téléphone ».
À leur tour, plusieurs protagonistes ont exprimé leur soutien à la position du gouvernement. À l’heure où le chef des FL, Samir Geagea, y a vu « une nouvelle étape sur la voie de l’établissement d’un véritable État », le leader des Kataëb, Samy Gemayel (qui s’est entretenu par téléphone avec M. Geagea et s’est rendu au Sérail lundi) a souligné que la décision « doit être complétée par d’autres décisions », comme il l'a écrit sur X. Parmi celles-ci, la déclaration de l’état d’urgence et le déploiement de l’ensemble des forces militaires et sécuritaires sur tout le territoire libanais, la lutte contre l'économie parallèle et la rupture des relations diplomatiques avec l’Iran. Même le chef du Courant patriotique libre, Gebran Bassil, opposant déclaré au pouvoir en place, a affirmé lundi « soutenir le président de la République ainsi que les décisions du Conseil des ministres, afin d’éviter au Liban une guerre qui n’est pas la sienne, et en vue d’achever l’opération de monopole des armes aux mains de l’État ».




L'armée est responsable de ce qui se passe. Si elle avait assumé ses responsabilités depuis un an, on n'en serait pas là. Le Liban a passé un an à mendier des aides à l'armée sans comprendre qu'elle devait donner d'abord à minima de petits gages de sérieux. Un barrage pour vérifier si il y a des armes dans des voitures, elle n' a pas fait! Le Liban Officiel n'a rien compris à l'ostrasisme de janvier contre R. Haykal qui a pourtant persisté à s'aligner sur la réthorique du consensus chère au Hezb en conseil des ministres. Soit il ne connait pas la Constitution soit il est politiquement prohezb
10 h 54, le 03 mars 2026