Le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, lors d'une interview accordée le 8 mars à L'Orient-Le Jour. Photo Mohammad Yassine/L’Orient-Le Jour
Rendez-vous était donné au Sérail. Nawaf Salam, entouré de certains de ses conseillers et ministres, nous a accordé un entretien exclusif près d’une semaine après le début de la guerre israélienne provoquée par le Hezbollah. Le Premier ministre a affirmé ses positions sur les négociations avec Israël, le désarmement du parti, et la catastrophe humanitaire en cours.
Que peut faire et que fait concrètement le gouvernement pour stopper l'agression israélienne ?
D’abord, nous avons tout fait pour éviter cette guerre en multipliant les appels à la retenue. Nous avons répété que le Liban n’avait aucun intérêt direct ou indirect à se laisser entraîner dans ce conflit. Nous avions reçu des engagements de la part du Hezbollah concernant le fait qu'il n'allait pas intervenir et également des engagements de la part d’Israël (via des intermédiaires) que si le Hezbollah n’intervenait pas, il n’engagerait pas d'opération contre le Liban. Tout cela n'a pas tenu 48 heures.
Et maintenant ?
Il n'y a pas un jour qui passe sans que l’on essaye de mobiliser les pays arabes, les Européens, et les Américains pour essayer d’arrêter cette guerre. Mais elle ne s’arrête pas pour plusieurs raisons. D’une part, elle est organiquement liée au conflit israélo-américain contre le régime iranien ; d’autre part, certains de nos partenaires, en particuliers les pays arabes, sont eux- même mobilisés par leur propres intérêts et soucis dans ce conflit.
Je tiens toutefois à remercier le royaume d'Arabie saoudite qui a été le premier à offrir son aide et à saluer aussi le soutien indéfectible de la France, renouvelé par le président Emmanuel Macron sur le plan politique et humanitaire. Nous ferons tout notre possible pour arrêter cette guerre, mais nous attendons en particulier de nos amis européens qu’ils soient plus actifs dans leur soutien diplomatique et dans leur aide militaire.
Une initiative sérieuse est-elle en cours ?
Nous ne pouvons pas parler d’initiative à ce stade. Mais il y a des idées sur la table, en particulier du côté des Français.
Si le Hezbollah s’engageait à remettre ses armes, avez-vous eu des garanties que la guerre s’arrêterait ?
Nous n'avons pas reçu de messages en ce sens. Dans tous les cas, la remise des armes du Hezbollah est un processus alors que l’arrêt des combats doit être immédiat.
Êtes-vous prêts à mener des négociations directes avec Israël dans l’objectif de mettre fin à ce conflit ?
Lors du Conseil des ministres de lundi dernier, nous avons affirmé que nous étions prêts à reprendre des négociations incluant une partie civile sous un parrainage international. La question des négociations directes n'a pas été abordée et les Israéliens n’ont pas réagi à notre proposition. Mais nous sommes ouverts à discuter de tout agenda, de tout format et de tout lieu…
Depuis le début de la guerre, le gouvernement a déclaré comme étant illégales les activités militaires du Hezbollah et a demandé aux gardiens de la révolution iraniens de quitter le territoire. Pourquoi ne pas être allés plus loin en dissolvant le parti et en déployant l'armée dans les zones qu’il domine ?
Le Hezbollah est un parti qui a des députés au Parlement, une grande base populaire et qui contrôle des dizaines de municipalités. Si tout le Hezbollah se transforme en parti politique, s’il arrête ses activités militaires et sécuritaires qu’on ne peut plus tolérer, nous n’avons aucun problème avec lui.
Concernant le déploiement de l’armée, nous étions dans la phase deux du plan adopté par le gouvernement début septembre. Cette phase ne peut plus avoir lieu comme prévue mais nous ne changerons pas de cap. Nous irons quoi qu’il en soit vers un monopole total des armes aux mains de l’État sur l’ensemble du pays.
Le commandant en chef de l’armée, Rodolphe Haykal, a affirmé que la « mise en œuvre du plan est entravée par la guerre ». Êtes-vous de son avis ?
Notre position est claire et nous ne changerons pas de cap. Le Conseil des ministres, en présence du président, avec l’appui d’une majorité massive des ministres présents, a décidé que les activités militaires du Hezbollah étaient devenues illégales. Voilà la position du gouvernement et elle doit être mise en œuvre.
Comment mettre en œuvre cette décision ?
J’ai toujours été clair. Nous ne cherchons pas une confrontation avec le Hezbollah, mais nous ne nous laisserons pas intimider.
L’entrée en guerre du Hezbollah et le fait qu’une partie de ses opérations soit menée depuis le sud du Litani, qui est censé avoir été totalement désarmé, ne font-ils pas perdre toute crédibilité au gouvernement ?
Nous n’avons pas du tout perdu notre crédibilité, au contraire. Nous sommes fermes dans les décisions que nous avons prises et nous avons commencé à les mettre en œuvre. On ne peut pas venir nous dire que nous n'avons pas fait assez pendant six mois alors que cela fait 44 ans que le Hezbollah est alimenté en armes et massivement financé par l'Iran. C’est une chimère de croire qu’en cinq ou six mois, nous aurions pu en finir. Nous faisons marche avant, mais peut-être pas à la vitesse où tout le monde l’aimerait.
Aurons-nous d’autres choix à la fin de cette guerre que de faire la paix aux conditions israéliennes ?
Personne au Liban n’acceptera de faire la paix aux conditions israéliennes. Mais cela ne veut pas dire que nous ne voulons pas la paix. Nous sommes même demandeurs de paix depuis 25 ans avec l'initiative de paix arabe qui a été adoptée à Beyrouth.
Mais lier la paix à cette initiative est-il encore réaliste dans le contexte actuel, d’autant plus si Israël occupe à nouveau le sud du pays ?
Une paix solide, durable et effective ne peut pas être soustraite du contexte régional, c’est pourquoi je m'attache à cette initiative. Les Israéliens ont détruit Gaza, ils continuent de coloniser la Cisjordanie et ils ont annexé Jérusalem-Est mais nous n’avons pas d’autres alternatives que cette initiative basée sur une formule très simple : « la terre contre la paix ». Il n’y a pas de « pax israelica » durable.
La guerre en cours a déjà provoqué une véritable catastrophe humanitaire avec plusieurs centaines de milliers de déplacés. Que faites-vous pour y répondre ?
Notre devoir était de nous préparer à toutes les options et nous l’avons fait. Il nous a toutefois fallu plusieurs jours pour recalibrer nos préparatifs aux réalités de la guerre. Mais nous sommes actuellement dans une meilleure position pour assurer un lieu de refuge digne pour chaque personne. Ces déplacés sont des victimes de ceux qui ont entraîné le Liban dans cette guerre. J’en appelle à une solidarité nationale car c’est notre humanité qui est en jeu.
Enfin, avez-vous obtenu des garanties sur le fait que certaines zones seront épargnées par les bombardements israéliens ?
Jusqu’à nouvel ordre, les seules garanties que nous avons pu avoir, c’est sur le fait d’épargner l’aéroport et la route de l’aéroport.



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TROP PEU, TROP TARD.........
20 h 00, le 10 mars 2026