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Économie - frappes contre l'iran

Pétrole, tourisme, commerce : les premières retombées économique de la guerre États-Unis-Iran

Les prix du pétrole ont flambé lundi, sur fond de menaces planant sur le détroit d’Ormuz, tandis que le trafic aérien demeure suspendu.

Pétrole, tourisme, commerce : les premières retombées économique de la guerre États-Unis-Iran

Un pétrolier au large de Dubaï, le 1er mars 2026. Photo Fadel Senna/AFP

Envolée des prix de l’énergie, fortes perturbations du trafic aérien, anticipations des risques sur le commerce mondial… Après un week-end de frappes israélo-américaines sur l’Iran et de représailles de Téhéran, les conflits se répercutent déjà sur l’économie régionale et mondiale – les marchés de l’énergie, le commerce et les transports, l’aviation et le tourisme figurant parmi les secteurs les plus durement affectés par les perturbations.

Risque de choc pétrolier ?

Le principal risque mondial se concentre sur la fermeture du détroit d’Ormuz, qui relie le Golfe à la mer d’Arabie. Le passage n'est pas techniquement bloqué, mais il l'est de facto, alors que les gardiens de la révolutions iraniens laissent planer la menace de blocus. Dimanche, des agences de sécurité maritime ont fait état de trois navires attaqués dans cette zone large d'environ 50 km, tandis que face à l'explosion des primes d'assurances, les principales compagnies maritimes ont annoncé suspendre leurs traversées. Des experts interrogés la semaine dernière par L’OLJ avaient indiqué que dans cette hypothèse ultime, Téhéran pourrait y brouiller les communications, harceler, voire intercepter des navires à l’aide de patrouilles héliportées ou navales, planter des mines maritimes – ce qui mettrait néanmoins ses propres bateaux en danger – ou encore attaquer depuis ses côtes les bâtiments qui s’y risqueraient. Environ un cinquième des approvisionnements mondiaux en pétrole – soit près de 20 millions de barils par jour – transitent par ce point de passage stratégique, acheminant du brut en provenance d’Iran, d’Irak, du Koweït, du Qatar, de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis.

Face à ce scénario catastrophe, les prix du pétrole ont bondi dès la réouverture des marchés lundi 2 mars : le Brent de la mer du Nord, référence internationale, dépassant brièvement les 82 dollars le baril lundi – son plus haut niveau en un an – avant de refluer vers 78,47 dollars à 17h50 (Beyrouth, + 7,7 %). Le WTI américain a également progressé, franchissant les 71 dollars (+ 8 %). Lundi, une des plus grandes raffineries d'Arabie saoudite, celle de Ras Tanura, exploitée par la compagnie pétrolière nationale Saudi Aramco, a dû interrompre certaines opérations après une attaque qui a provoqué un incendie.

Cette envolée des prix intervient au lendemain d’une réunion d’urgence de l’OPEP+, dans laquelle ses membres avaient décidé d’augmenter la production de 206 000 barils par jour à partir d’avril, afin d’atténuer les perturbations de l’offre liées au conflit. Mais « si le pétrole ne peut pas transiter par Ormuz, 206 000 barils supplémentaires par jour font très peu pour détendre le marché », commente Jorge Leon, analyste chez Rystad Energy, auprès de l’AFP.

Les marchés du gaz sont également vulnérables, près de 20 % du commerce mondial de gaz naturel liquéfié (GNL) – majoritairement en provenance du Qatar – transitant par le détroit d’Ormuz. Lundi, la compagnie énergétique publique qatarie QatarEnergy a annoncé avoir interrompu la production de gaz naturel liquéfié (GNL) à la suite d'attaques iraniennes contre les installations de deux de ses principaux sites de traitement de gaz. Le gaz européen a bondi de plus de 50 % dans la journée, restant cependant encore très loin des niveaux atteints au début de la guerre en Ukraine.

Même en l’absence d’un blocus formel, la perturbation pourrait se traduire par une perte effective de 8 à 10 millions de barils par jour de l’offre mondiale de pétrole, selon Jorge Leon, cité par Reuters. Des analystes ont averti que les prix du brut pourraient approcher les 100 dollars le baril si les perturbations persistent, soit un niveau semblable à celui qu’il avait connu au début des années 2010, après le pic connu deux ans plus tôt lors de la crise des “subprimes” (140 dollars).

Certains pays exportateurs, comme l’Arabie saoudite, disposent certes d’options pour contourner en partie le détroit d’Ormuz – notamment via l’oléoduc Est-Ouest (Petroline), dont la capacité est estimée à environ 5 millions de barils par jour, soit un peu plus de 50 % des exportations. Si Riyad pourrait théoriquement bénéficier d’une bouffée d’oxygène financière, le royaume préparant notamment son budget sur la base d’un prix du baril proche de 80 dollars dans un contexte de déficit croissant, le coût d’une perturbation durable des flux énergétiques à travers le détroit d’Ormuz serait bien supérieur aux bénéfices escomptés sur ce plan, estiment les experts.


Tensions inflationnistes et commerce mondial menacé

Le conflit et ses conséquences sur le trafic maritime pourraient représenter un « choc » dans les échanges « au pire moment possible », alors que le commerce mondial est déjà « mis à rude épreuve par l'offensive de Trump sur les droits de douane », après le Covid et la guerre en Ukraine, relève une note de la banque ING citée par l’AFP.

De telles perturbations feraient grimper les coûts du carburant et de l’industrie, de nombreux intrants industriels provenant d’Asie, en particulier de Chine, devant emprunter des routes plus longues et plus coûteuses si les navires sont contraints d’éviter le canal de Suez et la mer Rouge, ce qui renchérirait par ailleurs les coûts en Europe et aux États-Unis. L’impact global dépendra toutefois de la durée des perturbations, explique l’économiste et ancien ministre Nasser Saïdi à L’Orient-Le Jour.


Le tourisme sous pression dans le Golfe

Une instabilité prolongée pourrait également peser sur le tourisme dans plusieurs pays de la région. Plusieurs aéroports du Golfe – dont ceux de Dubaï, Abou Dhabi et Doha – ont été fermés ou ont fortement restreint leur espace aérien, provoquant la perturbation la plus sévère du transport aérien dans le Golfe depuis la pandémie de Covid-19.

Des milliers de vols ont été annulés au cours du week-end, tandis que les espaces aériens au-dessus de l’Iran, de l’Irak, du Koweït, d’Israël, de Bahreïn, des Émirats arabes unis et du Qatar sont restés en grande partie vides, selon Flightradar24. Emirates, Etihad et Qatar Airways ont suspendu leurs opérations, tandis que Kuwait Airways et plusieurs compagnies européennes, dont Air France, KLM et Lufthansa, ont annulé des liaisons régionales.

Les frappes ont marqué une escalade sans précédent pour des villes comme Dubaï, dont l’image repose depuis longtemps sur une relative mise à distance des conflits régionaux et sur la perception de stabilité offerte aux investisseurs et aux voyageurs.

Des dégâts ont été signalés le samedi 28 février à l’aéroport international de Dubaï et à celui d’Abou Dhabi, ainsi que dans certaines zones du port de Jabal Ali. Des frappes ont également touché des quartiers résidentiels et hôteliers autour de Dubai Marina et de Palm Jumeirah, le même jour où des incendies se sont déclarés dans des établissements de luxe, dont le Fairmont The Palm, tandis que des dommages ont été signalés au Burj al-Arab, à Dubaï.

Des dizaines de milliers de voyageurs se sont retrouvés bloqués. Les autorités ont indiqué que les Émirats arabes unis prendraient en charge l’hébergement et les frais de subsistance des passagers affectés.

L’aéroport international de Dubaï, le plus fréquenté au monde pour les voyages internationaux, a accueilli un record de 95,2 millions de passagers l’an dernier et traite habituellement plus de 1 000 vols par jour, avait rapporté l’Associated Press. L’aéroport international Hamad de Doha a accueilli 54,3 millions de passagers en 2025, selon les chiffres de l’aéroport.

En 2023, le tourisme représentait 11 % du PIB des Émirats arabes unis, avec une contribution d’environ 220 milliards de dirhams (près de 60 milliards de dollars), selon le ministère émirati de l’Économie et du Tourisme. Au Qatar, le secteur touristique a contribué à hauteur de 55 milliards de riyals (environ 15 milliards de dollars) au PIB en 2024, soit près de 8 % de la production économique totale.

Si aucune estimation officielle n’a encore été publiée pour quantifier les pertes, les perturbations du trafic aérien interrompent des sources de revenus connexes – redevances aéroportuaires, ventes hors taxes, restauration, entre autres – toutes dépendantes du flux de passagers, ce qui signifie qu’une seule journée de perturbation peut se traduire par des millions de dollars de pertes économiques. Donald Trump estime que les opérations américaines pourraient durer « quatre à cinq semaines ».

Envolée des prix de l’énergie, fortes perturbations du trafic aérien, anticipations des risques sur le commerce mondial… Après un week-end de frappes israélo-américaines sur l’Iran et de représailles de Téhéran, les conflits se répercutent déjà sur l’économie régionale et mondiale – les marchés de l’énergie, le commerce et les transports, l’aviation et le tourisme figurant parmi les secteurs les plus durement affectés par les perturbations.Risque de choc pétrolier ?Le principal risque mondial se concentre sur la fermeture du détroit d’Ormuz, qui relie le Golfe à la mer d’Arabie. Le passage n'est pas techniquement bloqué, mais il l'est de facto, alors que les gardiens de la révolutions iraniens laissent planer la menace de blocus. Dimanche, des agences de sécurité maritime ont fait état...
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