À moins de trois mois de la date prévue pour les élections législatives, les pronostics sur leurs résultats deviennent plus précis. Les instituts de sondage et les évaluations commandées par des milieux politiques et diplomatiques montrent ainsi que les changements dans les rapports de force seront visiblement minimes. En tout cas, ils ne devraient pas être de nature à changer la tendance générale du pays. Apparemment, même si, après les derniers développements, la base populaire du tandem Hezbollah-Amal profère des critiques à son égard, elle lui reste acquise sur le plan électoral, car elle se sent visée dans son identité. L’arrivée au Parlement d’un grand nombre de députés hostiles au tandem et en particulier au Hezbollah et à ses armes ne sera donc pas chose aisée, selon les mêmes sondages.
Cette faible possibilité de parvenir à un changement dans les rapports de force au sein du Parlement a poussé certains milieux diplomatiques, sollicités par des parties politiques, à montrer peu d’intérêt pour cette échéance, préférant axer leurs questions sur le dossier des armes ou sur celui des relations avec la Syrie d’Ahmad el-Chareh. Au point que les parties politiques qui cherchaient à connaître l’opinion des milieux diplomatiques en avaient déduit que les législatives n’étaient pas une priorité pour la communauté internationale. L’idée directrice semblait donc être la suivante : pourquoi tenir des élections si rien ne doit changer dans le nouveau Parlement ? Il vaudrait peut-être mieux laisser les choses telles quelles, en attendant des circonstances plus favorables à l’émergence d’un nouvel équilibre politique. Dans cet esprit, plusieurs parties politiques ont montré peu d’empressement à mobiliser leurs machines électorales.
Mais brusquement, cette atmosphère a changé et les campagnes électorales commencent à être perceptibles, notamment dans les déclarations qui ressemblent à un populisme préélectoral. Que s’est-il donc passé pour que la tenue des législatives dans les prochains mois devienne soudain plus probable ? Selon des sources parlementaires, contrairement à ce qui avait été dit auparavant, les milieux diplomatiques, notamment américains et arabes, laissent désormais entendre qu’ils préféreraient que les législatives se tiennent à la date prévue (en mai), même si elles ne doivent pas apporter un grand changement au niveau politique. D’une part, cela donnerait aux partenaires du Liban un signe positif sur la détermination du pouvoir en place à aller de l’avant au niveau de l’édification de l’État et de ses institutions. D’autre part, cela donnerait aussi plus de crédibilité au pouvoir en place qui, malgré les circonstances difficiles au Liban et dans la région, a tenu à respecter les échéances constitutionnelles, en organisant les législatives comme il l’avait fait pour les municipales l’an dernier, alors que personne ne croyait vraiment à leur tenue. La tenue des législatives augmenterait aussi sa légitimité interne, surtout que le mandat présidentiel en est encore à sa deuxième année. Autrement dit, même si les élections devaient amener un Parlement pratiquement identique à celui qui existe actuellement, leur tenue est préférable à un éventuel report, sur les plans interne et externe.
Reste la crainte des blocages d’un Parlement où les députés chiites appartiendraient tous au tandem et où la majorité n’est pas vraiment claire, tant au niveau de la désignation d’un nouveau Premier ministre, de la formation d’un nouveau gouvernement ou même des grandes décisions que le pays serait amené à prendre, sachant que le Liban est, selon la Constitution, « une république démocratique parlementaire ». Selon les sources parlementaires qui rapportent l’ambiance diplomatique arabe et occidentale, il sera toujours possible de contourner ces éventuels blocages, le Liban restant avant tout un pays de compromis. Pour ces mêmes sources, même sans le déclarer officiellement, une partie non négligeable des députés reste sensible aux conseils extérieurs et il y aura toujours moyen d’influer sur leur décision si c’est nécessaire. À ce niveau, les partisans de cette thèse rappellent que c’est ce Parlement qui a élu Joseph Aoun à la tête de l’État et qui a désigné Nawaf Salam pour former l’actuel gouvernement. Il n’y a donc aucune crainte à avoir sur d’éventuels blocages, d’autant que jusqu’à présent, et en dépit des déclarations parfois violentes du secrétaire général du Hezbollah, ce dernier n’a rien fait pour paralyser le gouvernement ou le Parlement. De plus, selon ces mêmes sources, la communauté internationale est convaincue que le véritable pouvoir est entre les mains de l’exécutif, selon Taëf. C’est d’ailleurs le cas en Irak où la communauté internationale ne s’intéresse pas aux élections législatives, mais à la désignation du Premier ministre.
Pour toutes ces raisons, la tendance régionale et internationale serait de considérer que la tenue des législatives à la date prévue est préférable à leur report, indépendamment des résultats. Cette tendance pourrait pousser les parties en présence à trouver une solution au conflit actuel sur le vote des expatriés. Selon les mêmes sources, plusieurs diplomates ont transmis ce message aux parties politiques concernées. Celles-ci vont-elles s’y conformer ? Toutes les options restent ouvertes et plusieurs facteurs entrent en jeu, dont le plus déterminant reste la possibilité d’une nouvelle guerre régionale.

Bien vu. Les opposants chiites au Hezbollah et candidats aux législatives ont très peu de chance de faire une percée dans les prochaines élections . Et si l’un d’eux arrive à arracher un siège ce sera par un soutien financier d’une ambassade hostile au parti de Dieu.
13 h 39, le 18 février 2026