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« Ces taxes viennent puiser dans la poche des pauvres » : manifestation à Riad Solh et blocages ponctuels dans les régions


« Ces taxes viennent puiser dans la poche des pauvres » : manifestation à Riad Solh et blocages ponctuels dans les régions

Manifestation sur la place Riad Solh, dans le centre ville de Beyrouth, le 17 février 2026. Photo L'Orient-Le Jour/Mohammad Yassine

Après une journée de mouvements de protestation éparses à travers le pays, une nouvelle manifestation a eu lieu mardi soir place Riad Solh, dans le centre-ville de Beyrouth. Lancée sur les réseaux sociaux par le collectif « Vous puez ! », elle visait à dénoncer la décision du gouvernement d’augmenter la TVA et le prix de l’essence pour financer une augmentation des rémunérations des fonctionnaires actifs et à la retraite et les pensions des fonctionnaires et militaires. Ces épisodes rappellent la grogne sociale de 2019, lorsque le soulèvement populaire avait éclaté contre la classe au pouvoir.

Peu avant le début de la manifestation, une dizaine de policiers étaient déjà déployés sur place, a constaté notre journaliste Lyana Alameddine. Sur le terrain, environ cinquante manifestants étaient présents et se plaignaient du faible nombre de participants. « C’est une question de timing, juste avant le ramadan », estime un homme âgé. Plus tôt, le bureau du dignitaire chiite Mohammad Hussein Fadlallah, ainsi que le mufti de la République, le cheikh Abdellatif Deriane (la plus haute instance religieuse sunnite au Liban) avaient tous deux annoncé que le premier jour du mois de jeûne tombera le mercredi 18 février.

Hayat Wahab Arslane, une militante de la société civile, confie à L'Orient-Le Jour qu'elle est « venue manifester contre les nouvelles taxes ». « Nous sommes favorables à une augmentation des salaires des militaires et des fonctionnaires, mais pas au fait que l’argent soit puisé dans les poches des citoyens », ajoute-t-elle.

Maroun Khawlé, président de l’Union des syndicats ouvriers du Liban, a annoncé qu’« une réunion aura lieu pour décider de la suite du mouvement ». Il appelle « toutes les forces qui étaient actives lors du soulèvement de 2019 à se mobiliser contre ces nouvelles taxes ». Selon lui, « ces impositions viennent puiser l’argent dans la poche des pauvres, qui n’ont plus qu'une alternative : payer ou faire tomber le gouvernement ».

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Plusieurs manifestants ont exprimé leur inquiétude face à l’impact économique de cette décision. Mohammad Kanj, étudiant en sciences politiques âgé de 30 ans, redoute « l’inflation que cette mesure pourrait provoquer, touchant toutes les catégories sociales ». Lui aussi s’attendait à une foule plus importante, mais il estime que « les Libanais restent découragés par l’expérience du 17 octobre 2019, qui n’a pas réalisé toutes leurs aspirations ». Lina, 49 ans, propriétaire d’un restaurant et proche de la mouvance communiste, se dit préoccupée par la hausse des prix, tout en regrettant le manque de réactivité du gouvernement : « Il est important de prendre position, le peuple se dirige vers le précipice ».

Hadi Mounla, ingénieur technique, s’inquiète des répercussions sur ses déplacements quotidiens en voiture . « Les Libanais n’ont pas les moyens de payer les frais de cette décision. Je n’ai pas de problème à payer des taxes si seulement nous avions quelque chose en retour. » Bien qu’il insiste pour que le gouvernement revienne sur sa décision, il estime que « la démission de Nawaf Salam ne changerait rien ». Il se déclare néanmoins déçu par le Premier ministre parce qu’il le pensait « différent des autres ».

Vers 18h40, les manifestants ont tenté de fermer la route. Un slogan lancé, « Que le pouvoir des voyous tombe ! », n’a pas été repris : « Ils sont trop polis », a commenté un manifestant.

Vers 20h30, des manifestants ont coupé l’autoroute entre Saïda et Tyr, au niveau du village de Adloun, à l’aide de pneus brûlés, a rapporté notre correspondant au Liban-Sud, Mountasser Abdallah.

La journée a été marquée par des blocages ponctuels sur plusieurs axes routiers à Beyrouth, Khaldé, Tripoli et la Békaa. Une vingtaine de chauffeurs de taxi et de transports publics se sont rassemblés sur le Ring à Beyrouth pour dénoncer une mesure qu’ils jugent insoutenable dans un contexte d’inflation persistante. Des soldats présents sur place ont rapidement rétabli la circulation. « On a fermé le Ring pour qu’on nous entende ! Pourquoi le gouvernement pioche dans nos poches plutôt que de chercher ailleurs ? », dénonce un chauffeur.

Des voitures coincées dans des embouteillages au niveau de la voie express de Ring. Photo Lyana ALAMEDDINE/L'Orient-Le Jour
Des voitures coincées dans des embouteillages au niveau de la voie express de Ring. Photo Lyana ALAMEDDINE/L'Orient-Le Jour

Une échauffourée a également éclaté entre des soldats et des manifestants : des protestataires et un photojournaliste se sont fait bousculer et frapper par des militaires. « Le soldat a fait ça car il ne veut pas que l’on réclame nos droits. Nous avons faim. On ne fait que quémander », dénonce Mohammad Jammal, 54 ans, originaire de Beyrouth, en montrant son poignet rougi. « J’ai deux enfants, des garçons de 17-19 ans. Ils sont en étude, mais je n’ai pas de quoi les financer », regrette-t-il. « Que les soldats fassent la guerre aux Israéliens, pas à notre peuple », lâche un autre manifestant, originaire de Chebaa, un village du Liban-Sud. « Je me lève à 6h et travaille jusqu'à 19h. Je me fais dix dollars par jour. Avec ces augmentations, même cela ne sera plus possible », renchérit-il. « C'est le cadeau du ramadan du Premier ministre », lance un autre manifestant.

Les protestataires affirment que le mouvement vise uniquement à dénoncer la vie chère et n'est pas comparable au soulèvement populaire de 2019, qui avait débuté à la suite de l'imposition d'une taxe sur l'application WhatsApp. « Ce n’est pas comme la thaoura. On est juste contre cette inflation. Mais si le gouvernement ne nous donne pas nos droits, qu’il tombe », clame un autre participant. « Je ne suis pas contre cette fermeture, mais qui va les écouter ? », lâche une conductrice, coincée dans les embouteillages. » « Ils devraient fermer toutes les routes, dit un autre automobiliste. Que tout ce pays se mette à l'arrêt. Cette cherté est inacceptable... ».

En soirée, des manifestants contre les nouvelles taxes du gouvernement ont coupé l’autoroute entre Saïda et Tyr, au niveau du village de Adloun, à l’aide de pneus brûlés, selon notre correspondant Mountasser Abdallah.

Après une journée de mouvements de protestation éparses à travers le pays, une nouvelle manifestation a eu lieu mardi soir place Riad Solh, dans le centre-ville de Beyrouth. Lancée sur les réseaux sociaux par le collectif « Vous puez ! », elle visait à dénoncer la décision du gouvernement d’augmenter la TVA et le prix de l’essence pour financer une augmentation des rémunérations des fonctionnaires actifs et à la retraite et les pensions des fonctionnaires et militaires. Ces épisodes rappellent la grogne sociale de 2019, lorsque le soulèvement populaire avait éclaté contre la classe au pouvoir.Peu avant le début de la manifestation, une dizaine de policiers étaient déjà déployés sur place, a constaté notre journaliste Lyana Alameddine. Sur le terrain, environ cinquante manifestants étaient présents et se...