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Société - Crise Au Liban

« Stratégie d’appauvrissement » : grogne politique et syndicale contre les augmentations approuvées par le gouvernement

Le Premier ministre Nawaf Salam et le ministre des Finances Yassine Jaber ont tous les deux pris la parole pour défendre la décision du gouvernement.

« Stratégie d’appauvrissement » : grogne politique et syndicale contre les augmentations approuvées par le gouvernement

Manifestation au niveau de la voie express du Ring, dans le centre-ville de Beyrouth contre les augmentations votées par le gouvernement, le 17 février 2026. Photo Mohammad Yassine/L'Orient-Le Jour

« Stratégie dangereuse d’appauvrissement » ; « reniement des promesses » ; « augmentations financées par les poches des citoyens » : au lendemain du Conseil des ministres, la grogne s'est fait ressentir au Liban tant dans les milieux politiques et syndicalistes que dans la rue. En cause : l'augmentation d'un point de la TVA et la hausse de 300 000 LL (environ 4 dollars) du prix de l'essence pour financer une augmentation supplémentaire équivalente à six fois le salaire de base à tous les fonctionnaires, dont les pensions de retraite et salaire se sont effondrés dans la foulée de la crise économique de 2019.

Première répercussion concrète de cette décision : l'augmentation mardi matin de 361 000 LL (environ 4 dollars) du prix du bidon d'essence, passant à 1 785 000 LL pour le bidon à 95 octane et 1 828 000 LL pour les 20 litres à 98 octane.

Salam et Jaber en défense

Le Premier ministre Nawaf Salam et le ministre des Finances Yassine Jaber ont tous les deux pris la parole pour défendre la décision du gouvernement.

Lors d'une conférence de presse, M. Jaber a justifié sa réticence à ajuster même partiellement les rémunérations des fonctionnaires, malgré leur faible niveau par rapport à la valeur de la livre, sans assurer au préalable le financement d’une telle mesure, rappelant que les traitements, salaires et indemnités de fin de service pesaient déjà 50 % du budget de l'État pour 2026, voté fin janvier, et qu'aucune nouvelle taxe ou impôt n'avait été adoptée, réduisant considérablement la marge de manœuvre de l’exécutif. Il a également assuré que le projet de loi refondant complètement la grille des salaires était sur les rails, mais qu’« il n’était pas encore prêt », le Conseil des ministres s’étant engagé mardi à présenter une mouture de ce projet d'ici fin mars.

Sur le sujet des mesures de financement décidées, qu’il a jugées « indispensables pour rétablir l’équilibre et répondre à certaines revendications », il a expliqué que le gouvernement avait décidé d'appliquer directement les nouveaux droits d’accises sur l’essence (320 000 LL par 20 litres, soit 3,5 dollars) pour éviter de favoriser le « marché noir », rappelant que la hausse d'un point de la TVA ne sera applicable qu’une fois qu’une loi dans ce sens aura été votée. Ila aussi relativisé l'impact social de ces mesures en soulignant que l'État subventionnait déjà une partie des dépenses de carburant des militaires et que « 20 % des marchandises » étaient exemptes de TVA.

Dans une déclaration à la presse depuis Tripoli, Nawaf Salam a utilisé le même argumentaire, considérant que la hausse de 1 % allait surtout toucher « les plus riches », puisque la TVA est un impôt proportionnel dont le produit augmente avec le prix des biens et services qu'il vise. L’Association des consommateurs n’est clairement pas du même avis et a affirmé, dans un communiqué, que la hausse de la TVA ainsi que l’imposition d’un droit d’accise sur l’essence « font supporter aux plus démunis le poids de politiques économiques et sociales » similaires à celles qui ont conduit le pays à la crise de 2019.

Concernant les droits d'accises, M. Salam a assuré que ce n’avait pas été une « décision facile », mais que l'État voulait générer des revenus « dès demain » et que le gouvernement avait, en contrepartie, annulé un droit d’accises existant sur le mazout — évoquant sans doute celui de 174 000 LL (environ 2 dollars), imposé fin mai et suspendu par le Conseil d'État depuis juillet.

Nawaf Salam et Yassine Jaber ont rappelé dans leurs interventions respectives que les mesures sur l'essence et la TVA n’étaient pas les seules adoptées pour dégager les « 620 millions de dollars » attendus, faisant référence à une disposition de la décision prise lundi qui prévoit de mobiliser des revenus issus de plusieurs chantiers de régularisation fiscale et administrative dans différents domaines. Le Premier ministre a ainsi assuré que la collecte des taxes douanières avait été améliorée de 105 % en 2025 et que l’exécutif comptait également sur les montants réclamés aux carrières illégales — un milliard de dollars depuis l'automne dernier.

« Pour la première fois, nous avons transmis 200 entreprises au parquet pour évasion fiscale. Nous avons également augmenté les recettes douanières et travaillons sur plusieurs chantiers pour améliorer la collecte », a abondé Yassine Jaber. En ce qui concerne la plateforme Sayrafa, mise en place par la Banque du Liban pendant la crise et abandonnée par la suite, le ministre a indiqué que les personnes qui en ont bénéficié sont tenues de s’acquitter d’un taux de 17 %. « À la suite d’un effort conjoint avec la BDL, une société internationale procédera à un audit du dossier des subventions accordées », a-t-il indiqué.

« La décision du gouvernement ne passera pas »

Plusieurs politiques ont tiré à boulets rouges sur le gouvernement. Le ministre de l'Industrie Joe Issa el-Khoury a affirmé que les ministres des Forces libanaises (FL) « se sont opposés au fait qu'aucune étude détaillée n'ait été distribuée aux ministres avant la séance, à l’augmentation des taxes et impôts sur les citoyens et le secteur privé, comme le bidon d’essence et la TVA, au lieu de travailler à mettre un terme à l’évasion douanière et à améliorer la collecte des impôts, et à l’absence d’étude des répercussions de l’augmentation des taxes et impôts sur l’inflation et la productivité du secteur privé ».

« C'est un reniement des promesses et un mépris total de la part du gouvernement et du ministère de l’Énergie à l’égard des droits des citoyens et de la cherté de vie », a de son côté fustigé le chef du Courant patriotique libre, Gebran Bassil. Dans un communiqué, le CPL a dénoncé le fait que le gouvernement a « recouru à une mesure illégale que nous avions déjà contestée devant le Conseil d’État et dont nous avions obtenu l’annulation, en ajoutant une augmentation exorbitante sur les carburants (en plus de la TVA) ».

Même son de cloche du côté des Kataëb, dont le chef Samy Gemayel a affirmé « refuser toute augmentation des impôts pour financer des hausses des salaires du secteur public avant de procéder à une réforme réelle et globale de ce secteur, en éliminant les postes fictifs et en restructurant sur des bases de compétence et de transparence ». Elias Hankache a de son côté affirmé sur X que « la décision du gouvernement de financer le secteur public à partir des poches des Libanais ne passera pas ».

Le député du Parti socialiste progressiste (PSP) Bilal Abdallah a, lui, appelé « à revoir radicalement la politique fiscale fondée sur les impôts indirects, c'est-à-dire sur les impôts imputés au consommateur citoyen ». Le groupe parlementaire du mouvement Amal a également affiché son refus de l’adoption par le gouvernement de la hausse de la taxe.

« Stratégie dangereuse d’appauvrissement »

Dans les milieux syndicalistes, la colère était également palpable. Le président de la Confédération générale des travailleurs du Liban (CGTL), Béchara Asmar, a estimé qu'il « aurait été préférable que le gouvernement cherche d’autres sources de financement, au lieu d’accorder une augmentation qui ne répond pas aux exigences et qui n’entre pas dans le salaire de base. Il a appelé à « une réunion d’urgence pour examiner les mesures à prendre afin d’arrêter la série de destruction systématique des classes ouvrières ».

La Fédération nationale des syndicats et des employés du Liban (Fenasol), présidée par Castro Abdallah, a déploré le fait que le gouvernement « a choisi une nouvelle fois de faire porter aux travailleurs, aux employés et aux retraités la facture de la crise, au lieu de s’orienter vers l’imposition de taxes progressives sur les profits rentiers, les banques et les grands monopoles ». « Nous tenons le gouvernement pleinement responsable de cette stratégie dangereuse d’appauvrissement », a ajouté la Fenascol, affirmant préparer une rencontre élargie des forces syndicales, des unions ouvrières et des instances sociales afin d’élaborer un plan d’action pour faire face à ces décisions.

« Nous refusons de faire porter aux citoyens et au secteur du transport cette charge supplémentaire », a de son côté réagi le président de la Fédération des transports routiers, Bassam Tleiss. « Toute hausse des prix de l'essence ou de la TVA se répercutera immédiatement sur le coût du transport et les prix des marchandises. Il est nécessaire de trouver des alternatives équitables, loin des poches des citoyens », a-t-il plaidé. Il a ensuite convoqué les syndicats de la filière à se réunir jeudi pour définir une position commune.

Le président du syndicat des propriétaires de stations-service, Georges Brax, a indiqué dans un communiqué que son organisation avait été surprise par la décision du gouvernement concernant le prix de l’essence, regrettant de ne pas avoir été consultée et prévenant qu’elle allait gonfler les coûts d’exploitation de la filière.

« Stratégie dangereuse d’appauvrissement » ; « reniement des promesses » ; « augmentations financées par les poches des citoyens » : au lendemain du Conseil des ministres, la grogne s'est fait ressentir au Liban tant dans les milieux politiques et syndicalistes que dans la rue. En cause : l'augmentation d'un point de la TVA et la hausse de 300 000 LL (environ 4 dollars) du prix de l'essence pour financer une augmentation supplémentaire équivalente à six fois le salaire de base à tous les fonctionnaires, dont les pensions de retraite et salaire se sont effondrés dans la foulée de la crise économique de 2019.Première répercussion concrète de cette décision : l'augmentation mardi matin de 361 000 LL (environ 4 dollars) du prix du bidon d'essence, passant à 1 785 000 LL pour le bidon à 95 octane...
commentaires (5)

Ce sont des génies "de la diversion". Voilà qu'actuellement, la population ne focalise QUE sur l'aspect social. Exit les armes du hezbollah. Ils vont tout faire pour que les prochaines campagnes législatives portent sur l'aspect social et que la partie "hezbollah" passe en 2e plan...Des génies de la diversion... En addition à leur génie dans le BLA BLA ... Chapeau les artistes !!!!!! Le ministre des finances a , (sans doute?) bien joué le jeu de BERRI ? , très subtilement.

LE FRANCOPHONE

22 h 07, le 17 février 2026

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Commentaires (5)

  • Ce sont des génies "de la diversion". Voilà qu'actuellement, la population ne focalise QUE sur l'aspect social. Exit les armes du hezbollah. Ils vont tout faire pour que les prochaines campagnes législatives portent sur l'aspect social et que la partie "hezbollah" passe en 2e plan...Des génies de la diversion... En addition à leur génie dans le BLA BLA ... Chapeau les artistes !!!!!! Le ministre des finances a , (sans doute?) bien joué le jeu de BERRI ? , très subtilement.

    LE FRANCOPHONE

    22 h 07, le 17 février 2026

  • Ce sont des génies "de la diversion". Voilà qu'actuellement, la population ne focalise QUE sur l'aspect social. Exit les armes du hezbollah. Ils vont tout faire pour que les prochaines campagnes législatives portent sur l'aspect sociale et que la partie "hezbollah" passe en 2e plan...Des génies de la diversion... En addition à leur génie dans le BLA BLA ... Chapeau les artistes !!!!!! Le ministre des finances a , (sans doute?) bien joué le jeu de BERRI ? , très subtilement.

    LE FRANCOPHONE

    22 h 07, le 17 février 2026

  • La grogne était prévisible parce que le gouvernement a déshabillé Paul pour habiller Jacques. Il n’a donc fait que déplacer le problème. Pourquoi ne pas voter un impôt exceptionnel sur la fortune, pour un ou deux ans, pour améliorer les traitements des fonctionnaires, militaires inclus? Leurs revendications sont légitimes mais les sommes à débourser sont maousse et ce n’est pas en taxant tout le monde via la TVA qu’on résoudra le problème.

    Marionet

    22 h 01, le 17 février 2026

  • Nawaf Salam prouve une fois de plus qu’il est aussi nul que ses prédécesseurs et qu’il est répété de belles paroles en l’air pour se justifier. En revanche, il ne semble pas pourri et corrompu mais tout simplement pas à la hauteur de la tâche de PM

    Ras le bol

    13 h 58, le 17 février 2026

  • En général, après des augmentations de salaires de fonctionnaires, dans des pays du tiers monde comme le notre, il est donné en pature à la population deux ou trois directeurs d'administrations publiques qui sont foutus en prison pour corruption. Certes remplacés par des corrompus aussi, mais ça freine les ardeurs pendant un certain temps. Or avec ce gouvernement zero fonctionnaire n'a été foutu en prison pour corruption. Ils se foutent de nous les ministres du gouvernement N Salam

    Moi

    12 h 54, le 17 février 2026

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