Un tronçon de l’autoroute reliant Beyrouth à la Békaa au niveau de Louaizé (Baabda), le 16 février 2026. Photo : Philippe HAGE BOUTROS/L’Orient-Le Jour
Déjà concentré sur la lutte contre les infractions des motocyclistes et automobilistes, le ministre de l’Intérieur, Ahmad Hajjar, semble ouvrir un nouveau front contre les excès de vitesse.
La direction générale des FSI, rattachée au ministère, a publié lundi le nombre de contraventions pour excès de vitesse émises en une semaine : « 4 072 infractions » relevées du 9 au 16 février. Selon le général Joseph Moussallem, porte-parole des FSI, il s’agit du premier communiqué d’une série hebdomadaire. L’objectif : « assurer la sécurité des citoyens, dissuader les conducteurs de conduire de manière imprudente et réduire les accidents ».
La direction des FSI n’a cependant pas précisé dans quelles régions les automobilistes ont été verbalisés. Elle a ajouté, dans le même communiqué, que « 230 personnes avaient été arrêtées sur la même période pour divers délits », sans croiser ce chiffre avec celui des excès de vitesse.
L’élan donné par les FSI dans la lutte contre les excès de vitesse rappelle la période d’avant la crise, quand il était courant d’être surpris par un radar volant et de recevoir un SMS pour régler l’amende. Mais depuis fin 2019, les crises successives ont relégué cette chasse aux conducteurs imprudents au bas de l'échelle des priorités de l'État. La hausse de la mortalité – près de 530 tués en 2025, soit +20 % par rapport à 2024, selon le général Joseph Moussallem – et le besoin pour l’État de générer davantage de revenus pour financer ses dépenses, expliquent sans doute cette récente reprise de la surveillance des conducteurs qui roulent à tombeau ouvert.
Pas un problème d'équipement
Cette mobilisation peut-elle produire des effets durables, ou n’est-elle qu’une action de façade ? Le président de l’association YASA pour la sécurité routière, Ziad Akl, considère que c’est un « bon début », tandis que Kamel Ibrahim, président de l’Académie libanaise de sécurité routière, salue l’engagement du ministre mais souligne les difficultés pouvant réduire ses effets. « Ce n’est pas un problème d’équipement, même si les FSI ne perdraient rien à acquérir des radars volants supplémentaires », résume-t-il. Joseph Moussallem n'était pas en mesure de fournir le nombre exact de radars déployés mais a assuré qu'ils étaient « tous volants ». Trois de ces radars seraient déployés dans le caza du Metn, selon une source informée.
En plus de son effet dissuasif, verbaliser les excès de vitesse permet de générer des recettes non négligeables pour les États. En France, ces amendes rapportent plusieurs centaines de millions d’euros par an grâce aux radars automatiques et volants, avec des montants allant de 68 à 1 500 euros par contravention sans compter les retraits de points et les éventuelles poursuites. En Suisse, elles sont encore plus dissuasives, reposant sur un système de « peine pécuniaire en jours-amendes » qui prend en compte le patrimoine des automobilistes et peut aboutir à des montants très élevés. Au Liban, avant la crise, les amendes prévues dans le code de la route de 2015 variaient entre 33 et près de 2 000 dollars, une fourchette proche notamment de celle en vigueur à Dubaï.
« Le problème, c’est que les montants des amendes pour excès de vitesse sont actuellement trop bas pour être dissuasifs. Il ont été multipliés par 10 en 2024, alors que le taux de change a été multiplié par 60, passant de 1 507,5 LL pour un dollar à près de 90 000 LL », souligne Kamel Ibrahim. La loi de finances de 2026 récemment adoptée n’a pas modifié ces montants. M. Ibrahim estime qu’il faut relever ces amendes, mais qu’une augmentation trop brutale serait contre-productive compte tenu de la situation du pays.
La deuxième difficulté mise en avant par Kamel Ibrahim est « l’absence de système automatisé pour émettre les amendes », qui sont rédigées à la main, allongeant naturellement les délais et la charge de travail. Ce problème d'automatisation, qui favorise les erreurs dans la saisie des données, peut potentiellement retarder les notifications des amendes et donc leur recouvrement.
Parmi les autres facteurs généralement admis figurent les problèmes d'effectifs - il faut trois agents pour opérer un radar volant ; le fait que la justice se montre généralement souple avec les contrevenants ; les tribunaux de première instance chez qui sont renvoyées les contraventions non payées passées un certain délai ; ou encore le clientélisme politique permettant à certaines personnes d’échapper aux sanctions prévues par la loi.




Et pourquoi pas pénaliser les centaines de milliers de motos (et voitures) qui vont à contre-sens chaque jour ?
11 h 07, le 17 février 2026