Le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, s'entretient avec le secrétaire général du Conseil de coopération du Golfe, Jassem el-Budaïwi, le mardi 3 février 2026. Photo publiée sur le compte X du Grand sérail/@grandserail
Le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, a déclaré mardi lors du Sommet mondial des gouvernements, à Dubaï, qu'il « ne permettrait » pas que « le Liban soit entraîné dans une nouvelle aventure », sur fond de tensions entre la République islamique d'Iran, parrain régional du Hezbollah, et les États-Unis.
« Nous ne permettrons pas que le Liban soit entraîné dans une nouvelle aventure, d’autant que le coût de l’engagement dans une guerre de « soutien à Gaza » a été extrêmement élevé », a déclaré M. Salam, dans des propos rapportés par l'Agence nationale d'information (Ani, officielle). « Nous devons nous prémunir en nous rassemblant autour de l’État et en évitant d’entraîner le Liban dans des aventures qui ne le concernent pas », a-t-il ajouté. « Nous avons œuvré à récupérer la décision de paix et de guerre, et la preuve en est que, pour la première fois depuis 1969 (année de la signature de l'accord du Caire, qui légalise la présence et l’action armée palestinienne au Liban, Ndlr), l’État, à travers l’armée, impose un contrôle opérationnel total sur le sud du pays. »
La semaine dernière, le secrétaire général du Hezbollah, Naïm Kassem, avait affirmé que son parti ne serait « pas neutre » en cas de conflit entre l'Iran et les États-Unis, suscitant l'ire de ses détracteurs au Liban. Son parti avait ouvert un « front de soutien » à Gaza au lendemain des attaques du 7-Octobre, qui s'était mué en guerre totale contre Israël à l'automne 2024, faisant plus de 4 000 morts, selon un bilan officiel des autorités libanaises. Un accord de cessez-le-feu est entré en vigueur le 27 novembre 2024, bien que les frappes israéliennes ne se poursuivent quotidiennement, faisant plus de 350 morts au Liban depuis cette date selon les données du ministère de la Santé et de l'ONU. Les troupes israéliennes occupent encore au moins cinq points au Liban-Sud, près de la frontière. Le mouvement chiite refuse pour sa part de remettre son arsenal au nord du fleuve Litani, malgré ce que proclame le préambule de cet accord.
Dans un entretien en marge du Forum économique mondial à Davos fin janvier, M. Salam s'était déjà félicité du fait que l’État libanais avait repris « le contrôle opérationnel » au sud du Litani.
Conférence de Paris
Nawaf Salam a par ailleurs appelé les « frères arabes » à participer à la conférence internationale de soutien à l'armée libanaise fixée au 5 mars à Paris. « Nous avons besoin de leur appui », a déclaré le Premier ministre. Cette conférence internationale à Paris, qui sera inaugurée par le président français Emmanuel Macron, est organisée par le Quintette (France, Arabie saoudite, Egypte, Qatar et États-Unis), et vise à renforcer l’armée libanaise dans l’application de l'accord de cessez-le-feu et son déploiement au Liban-Sud.
Le Premier ministre a également rappelé que « la souveraineté et la réforme sont deux piliers essentiels pour sauver le Liban, et nous voulons rendre la sécurité aux Libanais. » « (Le rétablissement de la) souveraineté permettra à l’État libanais d’étendre son autorité sur l’ensemble de son territoire, et cette réforme restaurera la confiance internationale dans le Liban et dans son économie. Tout ce que nous demandons aux frères arabes et au monde, c’est de nous soutenir, non de se substituer à nous », a-t-il poursuivi. L'aide internationale au Liban, et plus généralement les investissements, selon M. Salam, sont conditionnés au désarmement du Hezbollah et à la mise en place de réformes structurelles, à la suite de la crise économique et financière de 2019.
Il a dans ce cadre estimé que « le renouvellement de l’administration libanaise permet à l’ensemble des frères arabes et des expatriés de se sentir en sécurité, ce qui constitue un facteur essentiel pour encourager l’investissement ».
Le Premier ministre s'est entretenu mardi avec le secrétaire général du Conseil de coopération du Golfe, Jassem el-Budaïwi. Les deux responsables ont évoqué les préparatifs pour la mise en place d'un forum d'investissement entre le Liban et les pays du Golfe, selon l'Ani. Initialement prévu en été 2025, ce forum a été reporté à 2026, mais aucune date n'a encore été annoncée. M. Salam s'est également entretenu avec son homologue jordanien, Jaafar Hassan, avec lequel il a abordé les développements régionaux. Le royaume hachémite a proposé la tenue d'une réunion trilatérale syro-libano-jordanienne à Amman, consacrée aux questions énergétiques et électriques. Le Premier ministre Salam a salué cette initiative. Il a été également convenu d'organiser une conférence pour les chefs d'entreprise jordaniens et libanais en avril prochain, précise l'Ani.
Plus tard dans la journée, M. Salam s'est entretenu avec le directeur général et président du conseil d’administration du Fonds monétaire arabe, Fahd el-Turki. Le FMA est une organisation filiale de la Ligue arabe, ayant notamment pour objectif d'améliorer la coopération monétaire arabe. Les deux responsables ont examiné les « moyens de renforcer la coopération existante » entre le pays du Cèdre et le FMA, rapporte sur X le Grand Sérail. M. Salam a réaffirmé durant la rencontre « l’engagement du gouvernement à poursuivre la mise en œuvre des réformes économiques et structurelles. » Il a également souligné que le FMA pourrait aider le Liban à différents niveaux, notamment « par le biais de la fourniture de conseils techniques ou par sa contribution au développement des systèmes de statistiques financières. »
M. Salam a rencontré le ministre émirati des Affaires étrangères, cheikh Abdallah ben Zayed Al Nahyane. Il l'a informé des « progrès réalisés sur la voie des réformes financières et économiques », soulignant que « le principal obstacle à l’achèvement de l’extension de l’autorité de l’État au sud du fleuve Litani réside dans le non-retrait d’Israël des points qu’il occupe encore ». Il a également appelé à « mobiliser le soutien international afin de mettre fin aux opérations israéliennes, garantir le retrait des points occupés et obtenir la libération des prisonniers ».
Le Sommet mondial des gouvernements, qui se tient dans la première ville des Émirats du 3 au 5 février, rassemble plus de 35 chefs d’État, des délégations officielles de haut niveau et des représentants de plus de 150 gouvernements, selon l'AFP. Il réunit également de grandes entreprises internationales et des institutions de référence, parmi lesquelles le Fonds monétaire international (FMI) et la Société financière internationale (IFC), membre du Groupe de la Banque mondiale. Initié en 2013, le sommet est devenu un rendez-vous annuel.



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