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L’État libanais « contrôle » le sud du Litani et « avance » vers le nord, affirme Salam

Le Premier ministre doit se rendre à Paris vendredi, où il rencontrera le président Emmanuel Macron, indiquent deux sources diplomatiques à L'Orient-Le Jour.

L’État libanais « contrôle » le sud du Litani et « avance » vers le nord, affirme Salam

Le Premier ministre Nawaf Salam lors d'un entretien donné à Bloomberg le 21 janvier 2026. Capture d'écran Bloomberg

« Pour la première fois depuis plus de 50 ans », l’État libanais a repris «le contrôle opérationnel» au sud du Litani et « avance » désormais vers le nord du fleuve, a déclaré le Premier ministre Nawaf Salam, dans un entretien accordé mercredi à Bloomberg à Davos, où il participait au Forum économique mondial. Il a également abordé les élections législatives prévues en mai, affirmant que la neutralité de l’exécutif est « primordiale » pour garantir des élections équitables, et s’est dit « confiant » de voir le Liban adopter une loi organisant la répartition des pertes financières et rétablissant la restitution des dépôts, conformément aux attentes du Fonds monétaire international (FMI).

« Pour la première fois depuis 1969, c’est-à-dire depuis plus de 50 ans, l’État libanais a un contrôle total, un contrôle opérationnel complet de la région au sud du fleuve Litani », a déclaré M. Salam. Interrogé sur le nord du Litani, où le Hezbollah refuse fermement d'être désarmé tant qu'Israël occupe plusieurs positions au Liban et poursuit ses frappes, il a répondu : «nous avançons, c'est la deuxième étape du plan présenté par l’armée au Conseil des ministres, qui l'a accueilli favorablement le 5 août ». «Mais croyez-moi, c’est un moment historique, dans un environnement très difficile, que nous ayons pu restaurer la souveraineté sur le sud du Liban», a-t-il souligné.

Interrogé sur ses craintes de voir une nouvelle guerre totale éclater entre Israël et le Hezbollah, plus d’un an après la trêve conclue fin novembre 2024, il a affirmé que « nous ne sommes pas dans une guerre totale aujourd’hui, mais nous vivons une sorte de guerre d’usure ». « Presque un jour sur deux, voire chaque jour, il y a plus d’une attaque au Liban. Et Israël continue d’occuper des parties du sud du Liban », a-t-il noté. L'armée israélienne a une nouvelle fois violé le cessez-le-feu en effectuant plusieurs frappes massives sur le territoire libanais mercredi, qui ont provoqué un concert de condamnations de la part des responsables politiques. « Nous essayons de mobiliser la communauté internationale et utilisons tous les moyens diplomatiques pour faire pression sur Israël afin qu’il respecte sa part de l’accord de cessez-le-feu », a-t-il répété. Dans une interview accordée à al-Hadath M. Salam a affirmé : « Nous avons besoin que Washington fasse pression sur Israël pour mettre fin à ses actions hostiles ». « Nous cherchons à réactiver le travail de la commission du 'mécanisme' », a-t-il également dit soulignant qu’« il n’y a pas d’objection à élargir la participation de civils libanais au sein de la commission ».

Le Premier ministre n'a pas souhaité commenter l’évolution de la situation en Iran, où des manifestations ont été réprimées dans le sang par le régime, qui accuse les États-Unis et Israël d’en être à l’origine. « À chaque visite de responsables iraniens au Liban, je leur précise que nous souhaitons reconstruire des relations diplomatiques basées sur le respect mutuel et la non-ingérence. L’Iran est un acteur majeur dans la région, mais je préfère ne pas commenter sa situation intérieure », a-t-il précisé. Lorsque la journaliste lui demande s'il a le sentiment que le lien entre le Hezbollah et le régime iranien s’est affaibli, il répond : « Je ne dirais pas qu’il s’est affaibli. Mais mon message au Hezbollah (...) est de donner la priorité à son agenda national sur tout autre agenda régional ».

Élections législatives

Nawaf Salam a également abordé les enjeux politiques internes, affirmant qu’aucun ministre en exercice au sein de son gouvernement ne pourra se porter candidat aux élections législatives prévues en mai 2026 sans avoir préalablement quitté ses fonctions. « Depuis la formation de ce gouvernement, j’ai précisé qu’il serait chargé de superviser les élections. Afin de garantir la neutralité, je ne me présenterai pas à ces élections, et tout ministre souhaitant se porter candidat devra quitter le gouvernement. La neutralité du gouvernement est primordiale pour garantir des élections équitables », a affirmé le Premier ministre. « Nous voulons que les élections se tiennent à leur date prévue par la Constitution et nous voulons être aussi neutres que possible », a-t-il ajouté, alors que la question sensible du vote des expatriés fait planer la menace d'un report du scrutin à l'été. Dans son interview à al-Hadath, M. Salam a répété « œuvrer pour que les élections législatives aient lieu à la date prévue » et que « la balle est dans le camp du Parlement ».

« Confiant » pour des solutions

M. Salam a aussi affirmé qu'il était « confiant » de voir le Liban adopter une loi organisant la répartition des pertes financières du pays et réorganisant la restitution des dépôts, une loi conforme aux attentes du FMI qui a récemment confirmé qu'il ne pouvait pas valider en l'état le projet de loi sur le « trou financier » élaboré par le Conseil des ministres et envoyé au Parlement.

M. Salam a réagi aux informations de presse parues la semaine dernière indiquant que le FMI avait rejeté le projet. « Le terme 'rejet' est exagéré. Le FMI a dit qu’il ne pouvait pas approuver le projet tel quel et a recommandé certains amendements. L’engagement autour de ce projet est positif et nous continuerons à travailler avec le Fonds. Nous souhaitons mettre en place un programme avec le FMI, ce qui a été indiqué dans la déclaration ministérielle (faite il y a près d'un an après la formation de son gouvernement, Ndlr) », a expliqué le chef du gouvernement.

« Notre objectif est d’avoir un programme acceptable et une loi qui convienne au Fonds monétaire international, mais ce n’est pas un diktat du FMI. Nous négocierons et nous sommes confiants de trouver des solutions appropriées sur les points en suspens et sur lesquels le Fonds a des réserves », a-t-il insisté. Il a rappelé que le projet de loi fait partie d’un triptyque de réformes avec celle sur le secret bancaire – acceptées par le FMI – et celle sur la résolution bancaire, que le Fonds souhaiterait également voir amendée.

Interrogé sur les capacités financières du Liban à rembourser les dépôts pris en compte dans la loi, si elle devait être votée, Nawaf Salam a assuré que son gouvernement était confiant de pouvoir rembourser ces dépôts et même d’avoir un excédent grâce à la croissance économique. « Le Liban revient sur la scène internationale et il regagne lentement mais sûrement la confiance de la communauté internationale et de ses partenaires », a-t-il dit, assurant que l’utilisation des réserves d’or dans ce contexte n’était pas sur la table.

Entretiens avec Georgieva et Barrot

M. Salam s’est entretenu à Davos avec la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, en présence des ministres des Finances et de l’Économie, a indiqué le Grand Sérail sur X, évoquant « un climat très positif et des échanges constructifs ». Les deux parties ont convenu d’envoyer une mission d’experts du FMI au Liban du 9 au 13 février. Selon le communiqué, M. Salam a présenté « le parcours réformateur du gouvernement », en insistant sur le projet de loi sur le déficit financier. « Ce projet affirme le principe de responsabilité, constitue une feuille de route pour récupérer les dépôts, relancer le secteur bancaire et sortir de la stagnation économique », a déclaré M. Salam précisant que le projet est conforme aux normes internationales déjà discutées avec les experts du FMI. De son côté, Mme Georgieva a salué l’engagement du gouvernement à mettre en œuvre les réformes nécessaires pour relancer l’économie, ajoute le Grand Sérail.

M. Salam s'est également entretenu jeudi avec le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot « des évolutions de la situation régionale et de leurs répercussions sur le Liban, en particulier dans le contexte des défis sécuritaires et politiques », selon un communiqué publié sur le compte X du Grand Sérail. Lors de sa rencontre avec M. Barrot, M. Salam a évoqué les « préparatifs » en vue de la conférence internationale de soutien à l’armée libanaise, qualifiée de « pilier essentiel de la stabilité et du maintien de la sécurité » au Liban, selon un message également publié sur X. Prévue le 5 mars à Paris, cette levée de fonds en faveur de l’armée et des Forces de sécurité intérieure (FSI) sera la première depuis la conférence d’octobre 2024, organisée en pleine guerre ouverte entre Israël et le Hezbollah, qui avait permis de mobiliser près d’un milliard d’euros. Selon des informations confirmées par L’Orient-Le Jour par deux sources diplomatiques, libanaise et française, M. Salam doit se rendre à Paris vendredi, où il rencontrera le président de la République, Emmanuel Macron.

« Pour la première fois depuis plus de 50 ans », l’État libanais a repris «le contrôle opérationnel» au sud du Litani et « avance » désormais vers le nord du fleuve, a déclaré le Premier ministre Nawaf Salam, dans un entretien accordé mercredi à Bloomberg à Davos, où il participait au Forum économique mondial. Il a également abordé les élections législatives prévues en mai, affirmant que la neutralité de l’exécutif est « primordiale » pour garantir des élections équitables, et s’est dit « confiant » de voir le Liban adopter une loi organisant la répartition des pertes financières et rétablissant la restitution des dépôts, conformément aux attentes du Fonds monétaire international (FMI).« Pour la première fois depuis 1969, c’est-à-dire depuis plus de 50 ans, l’État libanais a un...