La baie du centre-ville de Beyrouth le 7 juillet 2025. Photo d'illustration Mohammad YASSINE/L'Orient-Le Jour
Augmenter les revenus de l’État en offrant à de riches étrangers ou expatriés la possibilité de devenir résidents au Liban et de bénéficier d’un régime d’imposition raisonnablement avantageux. C’est ce que le ministre libanais des Finances, Yassine Jaber, tente de promouvoir depuis janvier afin de contribuer au financement de la reconstruction du Liban-Sud, au remboursement à venir des dépôts bancaires gelés pendant la crise ou encore à un possible ajustement des salaires des fonctionnaires mobilisés depuis le début de l’année.
« Ce mécanisme, qui existe déjà en Suisse (permis de séjour pour investisseurs ou ressortissants fortunés) ou en Italie (« investor visa »), est un bon moyen pour augmenter les recettes fiscales », a vanté le haut responsable à L’Orient-Le Jour lorsque nous l’avons contacté, répétant des arguments déjà avancés à Davos, en marge du Forum économique mondial, où il avait publiquement évoqué la mesure pour la première fois.
« Ça incitera des Libanais vivant à l’étranger ou des ressortissants étrangers disposant de capital à venir habiter, payer leurs impôts au Liban, investir et consommer dans le pays », a ajouté le ministre, assurant que le mécanisme ne mettra pas davantage le Liban en porte-à-faux par rapport aux standards internationaux en matière de lutte contre la criminalité financière, alors que le pays croupit toujours sur la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI).
Après avoir échoué à intégrer ce mécanisme, voisin du « golden visa » émirati, dans le budget de l’État pour 2026, le ministre envisagerait désormais d’inscrire la mesure dans une loi distincte, même si aucun calendrier n’a encore été fixé. Il est possible que cette mesure fasse partie des sujets abordés lors de la visite du Fonds monétaire international (FMI) à Beyrouth, le 9 février, dans le cadre des discussions visant à faire aboutir la candidature encore chancelante du Liban à un programme d’assistance financière.
Pas tout à fait un « golden visa »
Si le raccourci est tentant, le mécanisme proposé par Jaber comporte une nuance fondamentale par rapport aux « golden visas » existant dans certains pays – qui sont en réalité des permis de séjour, malgré leur appellation.
« Un ‘‘golden visa’’ accorde un droit légal de résidence en échange d’un investissement éligible, avec des règles claires en matière d’éligibilité, de durée, de renouvellement et d’inclusion familiale. Ce que propose le ministre Jaber est un régime fiscal spécial prenant la forme d’un impôt forfaitaire pour convaincre des personnes de devenir résidentes au Liban », explique Saeb el-Zein, ancien directeur général chez Global Funds and Banks. On ne demande pas d’investir pour rester, on propose de rester pour investir.
Au niveau des modalités – qui pourraient encore évoluer –, le mécanisme de Yassine Jaber ne serait ouvert qu’aux personnes physiques étrangères ou membres de la diaposra – et à leurs familles – disposant déjà d’investissements ou de placements permanents dans le pays, tels que des biens immobiliers ou des comptes bancaires, et résidant plus de trois mois sur le territoire (soit moitié moins de temps que pour devenir résident fiscal au Liban).
Ces critères leur permettraient de payer un impôt forfaitaire annuel potentiellement plus avantageux que s’ils suivaient le régime normal en vigueur au Liban, avec quelques exemptions en plus. La mesure est conçue pour être temporaire, limitée à une période de dix à vingt ans après la publication de la loi.

Éviter les conflits
Peu médiatisée, la proposition de Yassine Jaber a, pour l’instant, laissé l’opinion publique relativement indifférente.
Saeb el-Zein pense que c’est une bonne idée qui permettrait d’attirer des capitaux frais dans l’économie sans alourdir la dette publique ni dépendre du système bancaire existant – qui n’a toujours pas été assaini, plus de six ans après le début de la crise. « Elle cible de nouveaux fonds et les oriente vers des activités productives, générant immédiatement des effets multiplicateurs sur l’économie et l’emploi », ajoute-t-il. Il recommande cependant de l’inscrire « dans une stratégie nationale de la diaspora combinant d’autres incitations fiscales, des garanties juridiques et de résidence, ainsi qu’un cadre clair pour rétablir la confiance avec les expatriés ».
L’avocat fiscaliste Karim Daher, membre de l’Association libanaise pour les droits et intérêts des contribuables (Aldic), craint que le texte ne pose plus de problèmes qu’il n’en résout s’il n’est pas mieux rédigé. « Au-delà des inconsistances qui portent sur certains points de détail, il faut que le projet aborde avec beaucoup plus de minutie les potentiels conflits avec les législations des trente pays avec lesquels le Liban a signé des conventions fiscales, pour éviter les conflits », explique-t-il, appelant à introduire des verrous qui rassurent le GAFI. Karim Daher regrette également l’absence d’études d’impact économique et de faisabilité, qui rend donc difficile toute évaluation de son efficacité.
Passerelle vers la reprise ?
Karim Daher s’étonne enfin que le ministère des Finances ait choisi de militer pour l’adoption de ce mécanisme au lieu de ressortir un projet de loi déjà prêt, qui modernise le code libanais de l’impôt sur le revenu, et qui prend l’humidité dans les tiroirs du ministère depuis le début du mandat du gouvernement de Nawaf Salam. Ce texte, que Karim Daher a contribué à élaborer aux côtés d’experts du FMI et de la Banque mondiale, a été préparé sous la direction de l’ancien président du Conseil des ministres Saadé Chami à partir de 2023. « Si l’objectif est d’augmenter les revenus de l’État, le nouveau code est un moyen plus sûr et plus durable que ce projet de “golden visa à la libanaise” », affirme l’avocat.
En admettant que le projet de loi finisse par être imprimé dans les pages du Journal officiel, la question critique est de savoir s’il suffira à faire affluer suffisamment les profils qu’il cible – étrangers ou membres de la diaspora prêts à se risquer à devenir résidents et contribuables dans un pays où tout est encore à réformer.
Un conseiller en investissement travaillant entre le Liban et le Golfe souhaitant rester anonyme juge que la combinaison entre la crise du secteur bancaire et le fait que le pays figure sur la liste grise du GAFI réduit considérablement l’attractivité potentielle du mécanisme aux yeux des investisseurs étrangers. « Les véritables hommes d’affaires, libanais ou étrangers, qui ont des activités légitimes et cherchent à s’implanter dans la région préféreront Dubaï, même si c’est plus cher, tant que le secteur financier n’est pas assaini et que le monopole de l’État sur les armes n’est pas rétabli », estime-t-il, considérant que le ministre des Finances « met la charrue avant les bœufs » avec son projet.
Karim Daher s’inquiète, pour sa part, que les fonds générés par cette mesure – si elle est mise en place et si elle fonctionne comme attendu – soient gaspillés. Saeb el-Zein pense, en revanche, que la mise en place de ce mécanisme a du sens « même avant une réforme globale du secteur financier », car elle pourrait servir de passerelle vers la reprise en rétablissant progressivement la confiance et en favorisant le retour des capitaux, des talents et de l’engagement durable vers le Liban.




Seuls les riches qui sont poursuits par la justice internationale vont etres interesses ....... Riad Salame et Carlos Ghosn ont deja etablis un club pour les accueillir a bras ouverts.
20 h 31, le 08 février 2026