Le leader des Forces libanaises, Samir Geagea. Photo fournie par son bureau de presse
Verra-t-on bientôt un débat télévisé entre Gebran Bassil, chef du Courant patriotique libre (CPL, aouniste) et son grand rival politique Samir Geagea, leader des Forces libanaises (FL) ? C'est en tout cas ce qu'a réclamé le premier au second jeudi soir, après que M. Geagea s'en soit pris avec virulence au chef du CPL lors de l'émission politique et souvent polémique « Sar el-Waet » (Il est temps, en arabe) sur la chaîne MTV. Pendant et après l'émission, via les réseaux sociaux, les deux dirigeants maronites se sont échangés des insultes, s'accusant tour à tour d'être « à l'avant-garde de la corruption », ou un « criminel » et un « lâche ».
Le début des hostilités a été marqué par une longue tirade du chef des FL au cours de l'émission télévisée. Il a ainsi accusé le député de Batroun d'être à l'origine « d'une des plus grandes opérations de tromperie qu’ont connues le Liban et les Libanais », concernant sa gestion du dossier de l’électricité. Le secteur de l’électricité se trouve dans un état de délabrement particulièrement avancé en raison d’investissements insuffisants dans les infrastructures, d’une capacité de production limitée, et d’un réseau endommagé par la guerre et miné par des branchements illégaux. Des solutions alternatives, coûteuses, peu efficaces et aux contrats souvent obscurs, ont été trouvées au fil des années, comme la location de navires-centrales, alors que les ministres qui se sont succédé à la tête du ministère de l'Énergie, dont M. Bassil, ont été affiliés ou proches du Courant patriotique libre entre 2008 et 2025. Selon M. Geagea, le coût de location d'une seule de ces barges aurait suffi redresser totalement le secteur. « Ce qui a eu lieu dans ce dossier défie toute logique et soulève de grandes interrogations », a ajouté le chef des FL, regrettant que les attaques soient désormais dirigées vers le ministre actuel, Joe Saddi, membre du parti.
Imposture, mensonge et sanctions américaines
Poursuivant sur sa lancée, le chef des Forces libanaises, qui a le vent en poupe depuis les dernières élections, a estimé que son adversaire politique pourrait devenir « le président de la plus grande université du monde spécialisée dans l'imposture et le mensonge ». Il a ensuite rappelé les sanctions américaines imposées en novembre 2020 au chef des aounistes, pour corruption et pour ses liens avec le Hezbollah. « Le communiqué du département du Trésor américain (...) ne provenait pas d’adversaires politiques ni de partis libanais, mais d’une autorité officielle américaine, qui a placé Gebran Bassil à l’avant-garde de la corruption au Liban, voire dans le monde », a-t-il dit.
La réponse de l'ancien ministre de l'Énergie et des Affaires étrangères n'a pas tardé à fuser, via son compte X, et a pris la forme d'une invitation à un débat télévisé. « J’invite (le journaliste) Marcel Ghanem à organiser un débat entre Samir Geagea et moi, afin de révéler à l’opinion publique libanaise qui est le corrompu, le criminel et le responsable des crimes commis contre les chrétiens, les Libanais, leur État et leur patrie », a-t-il écrit. Il a ensuite estimé que son adversaire politique se défilera par « lâcheté », par crainte de révélations sur ses « mensonges et ses crimes ». Dans son message, M. Bassil a fait allusion à des « personnes égorgées » par son rival, seul responsable politique libanais à avoir été condamné et incarcéré, entre 1994 et 2005, pour sa participation présumée à plusieurs attentats et assassinats politiques pendant la guerre civile (1975-1990).
« Lâche face au débat »
« Je ne peux pas rivaliser avec le président de la plus grande université du monde », s'est contenté de lui répondre, pendant l'émission, Samir Geagea, en référence à ses précédentes accusations.
Sur internet, les bases partisanes des deux partis ont directement réagi aux échanges d'accusations des deux têtes de file, prenant la défense de l'un ou de l'autre, tandis que plusieurs hashtags (mots dièses) étaient en tête des tendances pendant la soirée. Parmi ces mots-clés, celui de « Lâche face au débat » était largement repris par des internautes se présentant comme des aounistes, opposé à celui de « docteur de la République », saluant les déclarations de M. Geagea, qui est surnommé « Hakim », soit docteur en arabe, par ses partisans, pour avoir étudié plusieurs années en faculté de médecine avant d'entrer dans les rangs du parti des Kataëb.
Outre ses attaques à l'encontre de M. Bassil, le chef des FL a longuement évoqué à la télévision la question du désarmement du Hezbollah, dont il a réclamé la dissolution de la branche armée.
La rivalité a toujours caractérisé les relations entre le CPL et les FL, les deux principaux partis chrétiens, et leurs chefs maronites, qui ont toujours brigué la présidence de la République. Les échanges d'accusations entre les députés et ministres des deux groupes ont de tout temps rythmé la vie politique libanaise, tandis qu'historiquement, Samir Geagea, alors chef de milice, et le fondateur du CPL, l'ancien président Michel Aoun, alors commandant en chef de l'armée, se sont affrontés lors de combats meurtriers en 1989 et 1990, à la fin de la guerre civile.




Nawaf Salam affirme que l’engagement américain pour la trêve au Liban est « plus important » qu’avant
Concernant le dossier de l’électricité Geagea a très bien décrit la situation du secteur et elle est bien meilleure que lorsque nous avions un ministre du CPL a la tête de l’EDL. Nous avons les mêmes heures de courant avec 1 milliard de dépenses en moins. De plus, le Liban a besoin de fonds pour commencer la restructuration totalement négligée depuis 25 ans et personne n’est prêt à financer un seul projet sans que le hezbollah n’est rendu ses armes. Rassurez vous il les rendra que cela lui plaise ou non, sans aucune contrepartie, et il disparaîtra dans l’oubli et la poubelle de l’histoire.
10 h 51, le 02 février 2026