Le chef des Forces libanaises, Samir Geagea. Photo diffusée sur son compte X.
Le secrétaire général du Hezbollah est « un hors-la-loi » et le gouvernement libanais devrait « dissoudre l’aile militaire et sécuritaire du Hezbollah ». Le chef des Forces libanaises (FL), Samir Geagea, n’a pas mâché ses mots jeudi soir, lors d’une émission télévisée diffusée sur la chaîne libanaise MTV, à l'égard de la formation chiite.
Réagissant au dernier discours de Naïm Kassem, dans lequel ce dernier affirmait que son parti était « concerné par la nécessité de faire face à la menace » américaine contre l'Iran et n'était « pas neutre » dans un conflit impliquant son parrain iranien, M. Geagea a dit que ces propos sont « inacceptables », estimant que le secrétaire général du Hezbollah avait « enfreint toutes les lois et toutes les Constitutions ». « C’est une personne hors-la-loi. Comment se permet-il de confisquer la décision de guerre et de paix ? », a-t-il lancé, accusant Naïm Kassem de s’être « approprié, avec une audace totale, la décision la plus précieuse de l’État ».
Selon le chef des FL, le Hezbollah « n’a pas le droit de replonger le Liban dans la guerre », sous peine de se rendre « criminel envers sa propre communauté en premier lieu, et envers le Liban dans son ensemble en second lieu ». Évoquant les répercussions d’une éventuelle chute du régime iranien, allié du parti chiite, ou d’une frappe américaine contre ce dernier, M. Geagea a même estimé qu’un tel scénario pourrait avoir « un effet positif sur le Liban ». « Le Hezbollah a retardé le Liban de quarante ans par rapport au reste du monde », a-t-il accusé.
Début janvier, l’armée libanaise a annoncé avoir désarmé le Hezbollah dans la zone située entre la frontière israélienne et le Litani, fleuve coulant à une trentaine de kilomètres plus au nord. Elle doit désormais étendre l’application de son plan au reste du territoire, alors que le Hezbollah refuse de remettre ses armes au nord du fleuve.
« L’armée libanaise a récupéré certaines armes, mais cela reste insuffisant », a estimé M. Geagea. « Le cheikh Naïm demande la présence de l’État, alors où est l’État ? Lâche-nous pour qu'il y ait État », a-t-il fustigé. S’il a salué l’action de l’armée « au regard de ses capacités », il a insisté sur le fait que « la dissolution militaire du Hezbollah est une décision politique, qui ne relève pas de l’armée ». « Il est interdit que la minorité continue de contrôler la majorité dans la vie politique au Liban. Cela dure depuis quarante ans et il est temps que cela prenne fin », a-t-il ajouté. « En toute clarté, je demande au Conseil des ministres de dissoudre l’aile militaire et sécuritaire du Hezbollah », a encore lancé M. Geagea.
Le chef des FL a dans la foulée affirmé partager aujourd’hui « le même objectif et la même approche que le président Joseph Aoun », précisant que leur désaccord portait sur « le rythme de l’action » du président. « Une année a été perdue pour le Liban, et c’est là que résidait la divergence de points de vue. Il a finalement pris conscience de cette réalité », a-t-il expliqué.
Déjà, il y a un peu plus d’une semaine, au lendemain de déclarations de Joseph Aoun sur le monopole des armes, le chef des FL s’était joint à d’autres responsables chrétiens pour apporter son soutien au président. Il avait alors salué des propos « clairs et responsables » et souhaité « que nous parvenions, dans les plus brefs délais, à l’État véritablement fonctionnel auquel les Libanais ont toujours aspiré ». Les propos de M. Geagea contrastaient alors avec ceux qu'il avait prononcés il y a plus d'un mois, à l'adresse du président mais aussi de Nawaf Salam, chef du gouvernement, dont les FL font partie intégrante. Le chef des FL estimait alors que « la joie que les Libanais (avaient) ressentie à votre arrivée au pouvoir (...) ne s’est malheureusement pas encore concrétisée par une stabilité et une confiance dans l’avenir ». Une prise de position interprétée alors par certains observateurs comme un calcul politique, à quelques mois des législatives, prévues en mai.
Dans son discours le 20 janvier devant le corps diplomatique, Joseph Aoun a réaffirmé sa volonté que, dès la deuxième année de son mandat, « l’ensemble de notre territoire revienne sous l’autorité exclusive de l’État », en dépit de l’opposition du Hezbollah à tout désarmement au nord du Litani et des menaces proférées par son secrétaire général, Naïm Kassem.


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