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Lifestyle - Mode

Véronique Nichanian et Hermès, 37 ans d’amour et d’innovation

L’un des plus attendus de la semaine parisienne de la mode masculine automne-hiver 2026, l’ultime défilé de Véronique Nichanian sous les couleurs d’Hermès s’est achevé en apothéose. La directrice artistique historique passe la main à Grace Wales Bonner.

Véronique Nichanian et Hermès, 37 ans d’amour et d’innovation

Apothéose parisienne pour une femme qui a réinventé le vestiaire masculin. Photo DR

Après 37 ans à la direction artistique des lignes homme de la maison, Véronique Nichanian quitte Hermès « pour d’autres projets ». Son dernier défilé à la semaine parisienne de la mode masculine, sous les lambris du palais Brognard, était sans conteste le plus attendu de la saison. Fraîche émoulue de l’École de la chambre syndicale de la couture parisienne dont elle était sortie major en 1976, elle rêvait de créer des robes, mais Nino Cerruti, l’un des grands noms de la mode de l’époque, l’engage comme adjointe avant de lui confier les rênes de ses lignes masculines. Elle n’a que 22 ans et s’ouvre volontiers à l’univers un peu restreint du vestiaire des hommes, tentée par le défi de trouver du nouveau dans ce domaine encore très codifié. Douze ans plus tard, après avoir géré la licence Cerruti au Japon et s’être immergée dans l’industrie italienne du textile, alors qu’elle est coresponsable de la ligne masculine de la marque, elle reçoit un appel si surprenant qu’elle croit d’abord à un canular. « C’est Jean-Louis Dumas, je voudrais vous rencontrer », lui dit la voix à l’autre bout du fil.

De la couleur dans un vestiaire traditionnellement neutre

Le directeur artistique d’Hermès veut développer un département dédié aux hommes au sein de la maison. Et comme Hermès ne fait rien à moitié, il lui faut ce grand professionnalisme dont mille fois la jeune femme a fait preuve. Il lui dira : « Gérez ça comme votre petite entreprise. Vous avez carte blanche. » Forte de son expérience et de son expertise, Véronique Nichanian voit dans cette proposition une opportunité de porter sa vision encore plus loin. Elle voit avant tout en Hermès une maison qui crée des objets, et c’est dans cette optique qu’elle se lance dans des innovations que la maison soutient sans limites. Elle va être une des premières à introduire la couleur dans un vestiaire traditionnellement voué aux palettes neutres. Mais la couleur a besoin de textiles sublimes pour rayonner.

37 ans d’élégance en mouvement : l’ultime défilé de Véronique Nichanian pour Hermès. Photo DR
37 ans d’élégance en mouvement : l’ultime défilé de Véronique Nichanian pour Hermès. Photo DR

Le 6 avril 2019, dans le cadre d’un panel organisé par l’Académie des savoir-faire de la Fondation d’entreprise Hermès, elle livre des détails de fabrication de ce qui fait la magie de ce vestiaire. Elle avoue sa grande passion pour les tissus anglais, tweed, shetland dont on fait les draperies lourdes, cachemire, le mélange laine et mohair, « tissu du héros ». Elle raconte sa visite, en Irlande, d’un petit cottage où deux femmes tissent sur des métiers en bois et s’émeut de cette passion qui rencontre la sienne. Ce temps jamais compté, cet amour de la belle ouvrage, c’est tout ce qu’elle recherche, loin d’une industrie à court d’haleine, gouvernée par la lassitude et l’éphémère. « Je reste dans la simplicité, la sobriété mais tout le travail se fait dans les tissus et couleurs. », affirme celle qui s’attache aux « silhouettes pures », consciente que « les proportions changent complètement la modernité d’un vêtement », en référence aux épaules surdimensionnées des années 1980.

En 2010, elle est la première à introduire le néoprène dans la doublure d’un vêtement d’extérieur. Ce matériau est thermocollé à l’intérieur d’une veste. De longues recherches et tentatives avec le fabricant ont été nécessaires avant d’aboutir au résultat parfait. Avec les artisans d’Hermès, elle développe aussi le « needle punch », un point de couture qui permet d’associer plusieurs textures sans que l’ensemble ne se déforme. À travers le vêtement, elle traite les hommes avec tendresse, leur offre allure et légèreté. Dans un monde où il leur est demandé de bouger sans cesse, elle comprend leur besoin de fourrer une veste au fond d’un sac sans qu’elle n’en sorte froissée. Elle sait leur besoin d’armure sans le poids de l’armure et répond à leur envie de magie avec des vêtements réversibles, multi-usage, couteaux suisses de l’élégance sans contrainte. Ne perdant jamais de vue les codes d’Hermès, elle réinvente le pull en maille tressée avec un motif de chaîne et adopte pour fil rouge l’orange signature de la maison.

Couleurs, matières d’exception et silhouettes pures : l’héritage d’une créatrice visionnaire. Photo DR
Couleurs, matières d’exception et silhouettes pures : l’héritage d’une créatrice visionnaire. Photo DR

Luxe ultime d’un costume en crocodile miroir

Et c’est tout cela, en somme, qu’on retrouve dans le dernier défilé de la créatrice, un défilé joyeux, rythmé par une musique up-beat, véritable anthologie de ses 37 ans de création mais avec de nouvelles inventions et réinventions, des retours sur les modèles iconiques avec un regard neuf. « Un blouson en agneau pleine fleur. Un manteau de voyage en cachemire et laine réversible. Un costume croisé en cuir à rayures tennis. Tout se tient, mais tout bouge, tout vit, tout dure, sans à-coups, sans rupture, au fil d’une saison faite pour une vie », souligne le manifeste de cette ultime collection. La première silhouette annonce l’élégante décontraction d’un vendredi urbain, veille d’un retour à la campagne : « Blouson droit en feutre de laine 160’s tourbe à passepoils et parementure en veau, col en peau lainée. Blouson droit en néo-piqué gris brûlé. Pull à col roulé en soie craquante réglisse. Pantalon à pli en gabardine de coton et laine taupe. » La dernière est une apothéose, luxe ultime d’un « costume droit, veste à deux boutons et pantalon large, en crocodile miroir kaki. Pull à col roulé en soie craquante noire ». Entre les deux, une vie d’homme réconfortée par la vision d’une femme qui livre une beauté à toute épreuve. Le public a offert à Véronique Nichanian, bouille d’enfant et sourire inoxydable, une ovation debout. Après ce dernier chapitre, elle passe la main à la lauréate du prix LVMH 2016 Grace Wales Bonner, styliste reconnue pour son approche contemporaine du vestiaire masculin, métissant artisanat et cultures.

Après 37 ans à la direction artistique des lignes homme de la maison, Véronique Nichanian quitte Hermès « pour d’autres projets ». Son dernier défilé à la semaine parisienne de la mode masculine, sous les lambris du palais Brognard, était sans conteste le plus attendu de la saison. Fraîche émoulue de l’École de la chambre syndicale de la couture parisienne dont elle était sortie major en 1976, elle rêvait de créer des robes, mais Nino Cerruti, l’un des grands noms de la mode de l’époque, l’engage comme adjointe avant de lui confier les rênes de ses lignes masculines. Elle n’a que 22 ans et s’ouvre volontiers à l’univers un peu restreint du vestiaire des hommes, tentée par le défi de trouver du nouveau dans ce domaine encore très codifié. Douze ans plus tard, après avoir géré la licence Cerruti au...
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