Manifestation devant le Parlement à Beyrouth contre le projet de budget 2026 examiné par les élus, le 27 janvier 2026. Photo Mohammad Yassine/L'Orient-Le Jour
Des milliers de protestataires manifestent mercredi devant le Parlement contre le projet de budget 2026 que les députés examinent ce matin et qui devrait être soumis au vote à l'issue de trois jours d'étude. Militaires à la retraite, fonctionnaires, enseignants du public et locataires réclament une amélioration de leurs rémunérations ou pensions de retraite, nettement dépassées par l’inflation galopante au Liban depuis la crise économique de 2019.
Place des martyrs, des dizaines de militaires à la retraite, dont certains accompagnés de leurs familles, sont postés devant la mosquée el-Amine, où l'armée est déployée. « Le militaire qui a servi plus de 23 ans n'a pas de quoi vivre sans s'endetter », déplore Majid Harb, venu de Rachaya. L'homme ne touche plus que 280 dollars alors qu'il est père de trois enfants. « Je suis endetté et je travaille dans le béton maintenant. J’ai dû apprendre ce travail. Ils ont sapé tous nos droits », regrette-t-il.
« On n'a plus rien. La crise de 2019 a complètement changé nos vies », confie à notre journaliste sur place Lyana Alameddine Hana’ Matar, venue de Aïn Baalbeck et dont le mari est lui aussi militaire retraité. « L’État ne nous regarde pas. On a l’impression de ne pas être les enfants de ce pays. On paye les factures d'électricité, d'eau et autres, et on n'a rien de tout ça », renchérit Amal Sbat, venue de la Békaa.
Des militaires à la retraite avaient bloqué mardi matin une partie de l'autoroute de Chekka au Liban-Nord à l'aide de pneus incendiés, à quelques heures de la séance parlementaire, a rapporté notre correspondant Michel Hallak.

« Ma plus grande peur, c'est la retraite »
A Riad el-Solh, des dizaines d'enseignants du public réclament un ajustement de leurs salaires. Chadia, enseignante d'anglais et mère de deux enfants, peine à subvenir « aux simples besoins » de sa famille. « Ma plus grande peur, c'est la retraite. J’ai peur de la somme que je percevrai », ajoute la femme venue de Choueifate. Même son de cloche du côté de Boufayna, 42 ans, prof d'arabe et également mère de deux enfants, dont l'un à besoins spécifiques qu'elle n'arrive pas à scolariser dans un institut spécialisé en raison de son salaire insuffisant. La quadragénaire réclame un ajustement du salaire de base pour la retraite.
Devant le Parlement, des locataires pointent aussi du doigt la loi sur les baux commerciaux adoptée l'année dernière par le Parlement. « La loi sur les loyers est nulle » ; « Vous nous avez humiliés » ; « Nous fermons à cause de cette loi », scandaient les protestataires. Cette loi concerne les loyers de magasins, bureaux, usines… conclus avant 1992. Elle prévoit leur libéralisation progressive sur une période maximale de quatre ans à compter de son entrée en vigueur. Après un gel prolongé de loyers devenus insignifiants en raison de l’inflation et de la dévaluation monétaire, les propriétaires concernés s’en félicitent, alors que leurs locataires la critiquent vivement, estimant que la hausse des loyers menace leur survie économique.
Liliane Costantine, auxiliaire de justice, a dénoncé le fait que son salaire n'a pas été ajusté après la crise alors que « tout est devenu plus cher ». « Mon salaire était de 1 500$ et ne vaut plus que 400 $ aujourd'hui », dénonce-t-elle.
Selon une source au sein de la police, plus de 5 000 protestataires prennent part à la manifestation.
S'adressant aux manifestants devant le Parlement, le vice-président de la Chambre Élias Bou Saab a affirmé dans l'après-midi que dix députés avaient signé une proposition de loi relative aux prestations scolaires accordées aux militaires à la retraite, assurant que cette loi répondait à l'une de leurs revendications.
Les rémunérations dans le secteur public demeurent l’un des défis les plus pressants au Liban. Les salaires ont été nettement dépassés par l’inflation, tandis que la fonction publique est critiquée pour son ampleur, son inefficacité et son coût. Avant l’effondrement économique, les salaires représentaient environ un tiers du budget de l’État — environ 15 milliards de dollars — pour un effectif estimé entre 200 000 et 300 000 fonctionnaires, forces armées comprises.



Manifestation le 27 janvier 2027…. Attention à la date svp
17 h 23, le 27 janvier 2026