Un enfant refuse de poser. Des décennies plus tard, un autre enfant, devenu adulte, reconnaît dans une photographie ancienne la même inquiétude, la même contrainte, la même ombre. Entre Beyrouth et Damas, entre deux rives du temps, l’image devient un miroir où l’enfance n’a jamais cessé de regarder l’avenir avec effroi.
Un enfant grignote des cacahuètes au bord du Barada, à Damas, dans les années 1950. Collection Georges Boustany
Enfant, je détestais les photographes ambulants... L’ironie du sort a voulu que je collectionne aujourd’hui leurs œuvres. Vieillards courbés comme des sorcières, mal rasés, l’œil torve, ils se tenaient en embuscade dans les lieux publics les plus fréquentés et ne vous lâchaient qu’après vous avoir tiré le portrait, un peu comme des voleurs. Est-ce à cause d’eux que, depuis, je n’ai jamais jeté un regard serein sur mon environnement, avec l’impression tenace d’être épié en permanence ?Dans l'une de mes rares photos à l’âge de cinq ans, prise sur la corniche de Aïn el-Mreissé en 1973, je suis assis sur un banc de pierre, entouré de mon père et de ma tante – ils devaient être de corvée ce dimanche-là –, moi accroché à mon tricycle et tirant une mine d’enterrement, engoncé dans un manteau trop large, furieux qu’on m’oblige à me faire...
Enfant, je détestais les photographes ambulants... L’ironie du sort a voulu que je collectionne aujourd’hui leurs œuvres. Vieillards courbés comme des sorcières, mal rasés, l’œil torve, ils se tenaient en embuscade dans les lieux publics les plus fréquentés et ne vous lâchaient qu’après vous avoir tiré le portrait, un peu comme des voleurs. Est-ce à cause d’eux que, depuis, je n’ai jamais jeté un regard serein sur mon environnement, avec l’impression tenace d’être épié en permanence ?Dans l'une de mes rares photos à l’âge de cinq ans, prise sur la corniche de Aïn el-Mreissé en 1973, je suis assis sur un banc de pierre, entouré de mon père et de ma tante – ils devaient être de corvée ce dimanche-là –, moi accroché à mon tricycle et tirant une mine d’enterrement, engoncé dans un...
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Kelotamam
11 h 06, le 25 janvier 2026
Très beau texte. On envie les enfants, mais on oublié qu'ils ne sont pas conscients du privilège d'être enfants. Et encore: : peut-on parler de privilège lorsque personne ne peut savoir quelles tragédies nous attendent tout au long de notre vie ? L'enfance est un paradis perdu , mais on ne reconnaît le paradis que lorsqu'on en est chassé.
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11 h 06, le 25 janvier 2026