Les informations sur un incident entre les partisans d’Amal et ceux du Hezbollah à Kfarhatta ont suscité des interrogations quant à un réveil de ce qu’on a appelé « la guerre des frères » qui avait eu lieu entre les deux formations entre 1988 et 1990. Ces informations ont eu beau être démenties par un communiqué officiel émanant des deux parties, la crainte d’une discorde au sein de la communauté chiite reste présente. Surtout qu’en cette période de pressions extrêmes sur cette communauté, une telle discorde pourrait arranger plus d’une partie (notamment étrangères, qui cherchent par tous les moyens à affaiblir le Hezbollah pour le rendre totalement inopérant).
Les observateurs de la scène chiite estiment à cet égard que cette idée n’aurait pas pu naître s’il n’y avait pas eu des tensions entre les deux formations au niveau de certaines parties de leurs bases respectives. En effet, depuis la conclusion de l’accord sur la cessation des hostilités entre Israël et le Hezbollah, en novembre 2024, la tension ne cesse de monter entre des partisans des deux camps. Certains partisans du Hezbollah font assumer au mouvement Amal et à son chef, le président de la Chambre Nabih Berry, la responsabilité du déséquilibre dans les dispositions de cet accord, alors que des partisans d’Amal estiment que le Hezbollah est totalement responsable d’avoir entraîné la communauté chiite dans le front de soutien à Gaza à partir du 8 octobre 2023.
Sur fond d’exode du Sud, d’incapacité à reconstruire les maisons à cause des menaces israéliennes assorties de raids quotidiens, de montée des tensions internes avec certaines autres composantes du pays et d’incertitude sur l’avenir, les conflits entre des partisans des deux formations deviennent de plus en plus aigus. Ils provoquent souvent des incidents, heureusement rapidement circonscrits. D’ailleurs, la petite phrase de l’ancien Premier ministre Nagib Mikati – dans le cadre d'une interview à la chaîne al-Jadeed – est venue alimenter les tensions. M. Mikati a ainsi déclaré qu’entre la version anglaise et celle libanaise du texte de l’accord, il y avait une différence de taille : en anglais, il est dit que la remise des armes du Hezbollah commence par la région au sud du Litani, alors que dans la version en arabe, il est dit que la remise des armes doit se faire dans la région au sud du Litani. Comme c’est le président de la Chambre qui négociait au nom du Hezbollah – et en pratique au nom du Liban, en l’absence d’un président de la République et d’un gouvernement en pleine fonction – c’est à lui qu’on fait assumer la responsabilité de cette divergence. Pour certains partisans du Hezbollah, M. Berry serait responsable d’avoir négocié un texte imprécis, sujet à diverses interprétations et non conforme au rapport des forces au moment de son adoption, alors que pour une partie des partisans d’Amal, leur chef a fait de son mieux dans des circonstances très délicates, pour que l’accord ne constitue pas une capitulation totale pour le Hezbollah.
À partir de là, les divergences n’ont cessé de s’aggraver, surtout que l’évolution de la situation sur le terrain a montré que les Israéliens poursuivent leurs agressions sans être, ne serait-ce que verbalement, critiqués par le comité de supervision de l'accord, dit « le mécanisme ». À ce sujet, M. Berry a beau protester et dénoncer l’inefficacité supposée du « mécanisme », cela ne change rien, ni sur le terrain ni au niveau des rapports de forces politiques ou militaires. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le président de la Chambre a exprimé ces derniers jours son inquiétude sur le sort et le rôle de ce comité, alors que le Liban a accepté les exigences israéliennes d’y adjoindre un civil (l’ancien ambassadeur Simon Karam) pour présider la délégation libanaise. Maintenant, les Israéliens exigent que des ministres en exercice y participent et que les sujets évoqués ne se limitent pas aux questions militaires et aux échanges économiques pour aller vers la politique. Le Liban peut-il se permettre de refuser ces nouvelles exigences ? Là aussi, une partie des bases d’Amal et du Hezbollah sont divisées et chacune des deux formations a sa propre évaluation.
Dans un tel contexte, où les pressions sur le Liban et sur la communauté chiite en particulier ne cessent d’augmenter, il est donc normal que les frictions se multiplient entre Amal et le Hezbollah. Le spectre des années 1988-1990 se profile à l’horizon. À cette époque, après avoir lancé « la guerre des camps » contre les organisations palestiniennes, Amal s’est tourné vers le Hezbollah dans ce qui a été appelé « la guerre des frères », dont le théâtre était essentiellement la région d’Iqlim el-Touffah, à l’est de Saïda. Ces affrontements meurtriers qui ont duré près de deux ans, en trois vagues successives, ne se sont terminés qu'après l’intervention de la Syrie et de l’Iran, qui ont parrainé un accord de cessez-le feu toujours en vigueur aujourd’hui. Les deux formations s’étaient alors engagées à ne plus se battre l’une contre l’autre, quelles que soient les circonstances. Il faut préciser à cet égard que les personnalités de Nabih Berry et de Hassan Nasrallah ont largement contribué à l’application de cet engagement. Mais aujourd’hui, la situation est quelque peu différente. Nasrallah n’est plus et son absence rend ses partisans très nerveux, alors que le président de la Chambre porte sur ses épaules la responsabilité de gérer une situation très difficile, au moment où la Syrie et l’Iran ne sont plus en mesure d’imposer quoi que ce soit aux deux parties.
Ceux qui connaissent Nabih Berry savent toutefois que celui-ci n’acceptera jamais que de nouveaux combats entre les frères chiites éclatent, en tout cas de son vivant. De même, les responsables du Hezbollah sont parfaitement conscients du fait que tout conflit interchiite n’est pas en leur faveur et ils feront tout pour l’éviter. C’est la raison d’ailleurs pour laquelle les responsables des deux formations ne cessent de rappeler qu’actuellement c’est toute la communauté chiite qui est visée. Nabih Berry ajoute même qu'à travers cette communauté, c’est tout le Liban qui est visé. Une façon d’éteindre le feu de la discorde ?


Ce que votre article ne mentionne pas c'est que lors du conflit Amal vs Hezbollah au sud, ce dernier avait été soutenu par Israël. Veni, Vidi et le Hezbollah a l’époque a vici sur Amal avec les armes venu d’Israël. C’était l’époque des Iran gates si je ne m'abuse ... Ils ont trahi le pays avec les Égyptiens puis les Palestiniens, puis les Syriens, l'Iran et ... Israël et ils ont encore le culot de faire la une dans les journaux pour nous donner des leçons de patriotisme! C'est le monde a l'envers! Il est temps que toute la vérité soit dite telle quelle aussi cruelle et blessante soit elle!
11 h 30, le 21 janvier 2026