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Nos lecteurs ont la parole

De l’armistice et autres tentations

Armistice, terme aussi galvaudé qu’essentiel à la survie de la paix dans toutes les zones de conflits qu’ils soient internes aux États ou interétatiques.

Comment arriver à la paix au Congo ou au Soudan, à Haïti ou au Sahara occidental, comment y arriver au Nigeria, au Cambodge ou au Myanmar ? Comment concilier, avant de réconcilier les frères ennemis et d’avoir essayé, tenté, testé dans un premier temps impératif un armistice ?

Armistice, c’est-à-dire, et selon le Larousse, « une convention par laquelle des belligérants suspendent les hostilités sans mettre fin à l’état de guerre ».

La belligérance étant la situation d’un pays, d’une nation, d’un peuple en état de guerre, le cessez-le-feu n’étant qu’un simple arrêt momentané des hostilités.

Quant à la guerre : c’est la lutte armée, mais non plus seulement entre États comme par un passé encore récent, et qui implique le recours à la force (non plus uniquement aujourd’hui) pour dénouer une situation conflictuelle entre deux ou plusieurs collectivités organisées : clan ,faction, ou État. Elle consiste pour chacun des adversaires à contraindre l’autre à se soumettre à sa volonté. L’armistice (« hednah», calme ou accalmie) ne fait que suspendre la contrainte !

Avec les accords d’Abraham signés sous l’égide des États-Unis, nombre de pays arabes, tout en clamant leur solidarité avec le peuple palestinien et ses souffrances, participe au dispositif prévu par les accords entre leur pays et Israël, menant à une reconnaissance pleine et entière de ce dernier.

Les pays arabes signataires sont des États unitaires avec une écrasante majorité d’appartenance à une communauté musulmane tout comme l’entité palestinienne.

Toutefois, le cas du Liban est unique. Bien que solidaire du peuple palestinien et hôte de centaines de milliers de ses réfugiés, le Liban fait face à une double allégeance civilisationnelle : la civilisation chrétienne dont il s’est toujours nourri depuis les réfugiés de la Qadicha et la civilisation arabo-musulmane dont il fut toujours plus ou moins fier de partager la vision et le destin.

Mais aujourd’hui le monde autour de nous et au Liban a changé : Huntington est passé par là et a mis le doigt sur une vérité, dont la force et la justesse égalent son non-dit. Dans Le Choc des civilisations, il a prédit une confrontation des mondes (à la Huxley) dont le Liban est le premier et le plus brillant fleuron.

Le pape saint Jean-Paul II ne s’y est pas trompé avec son assertion définissant le Liban comme pays-message qui est, par-delà l’Exhortation apostolique, une posture politique à la « Solidarnosc » appelant et exhortant tout le pays du Cèdre et toutes ses communautés, toute sa population à démonter la thèse de Huntington et à démontrer que le vivre-ensemble dans l’entente et le respect des particularités de chacun est possible !

L’histoire du Liban l’a souvent montré : selon des affirmations justes et judicieuses de l’un des derniers grands zaïms de la montagne « dans chaque chrétien libanais il y a du musulman et dans chaque musulman libanais il y a du chrétien » ; ou encore la vision d’un fin observateur politique, « la fécondation des contraires longtemps méconnue, mais toujours vécue par les Libanais de toutes confessions ».

Liban-message c’est-à-dire pont entre deux mondes non irréconciliables mais cependant différents et aux aspirations et regards tournés vers des horizons opposés.

En ce Liban, les accords d’Abraham, pour des raisons profondes et irréconciliables, car relevant l’une de la oumma, communauté des seuls musulmans et l’autre de la chrétienté ouverte à tous, bousculeraient les fondements même de la société libanaise.

Est-ce à dire que seul le Liban restera en dehors du cours accéléré de l’histoire ? Non, car le Liban jouit d’un élément spécifique et salvateur : l’armistice de 1949. Le 23 mars 1949, le Liban et Israël signaient un accord d’armistice mettant fin non à la guerre, mais aux combats de la première guerre israélo-arabe de 1948-49 et établissaient les lignes d’armistice provisoires.

La frontière est fixée sur la base des accords Paulet-Newcomb de 1923, qui reconnaîtront la frontière du sud du Liban déjà sous autorité française, depuis 1918, et dont le mandat de gestion lui sera donné par la Société des Nations en 1922. Suite à l’armistice, Israël se retire de 13 villages occupés lors du conflit et, exception libanaise, les accords établissent une frontière permanente.

Avec l’armistice, le Liban a donc une voie royale lui permettant, sans aller à la confrontation entre les tenants d’un accord et d’une reconnaissance d’Israël à l’instar de nombre d’États arabes, tels notamment le Maroc ou les Émirats arabes unis, et les tenants d’une solidarité absolue avec les Palestiniens de Gaza et la cause arabe.

Il a la possibilité de répondre aux attentes de tous et d’ouvrir la voie à des pourparlers de paix qui lui permettraient, à l’instar des autres États arabes, de prendre le train de l’histoire en marche. Sans aller jusqu’à permettre les échanges commerciaux ou diplomatiques, le calme et les ambitions des uns et des autres sauvegardés trouveraient un exutoire et permettraient de régler un problème vital pour le Liban.

Cela ouvrirait la possibilité au gouvernement libanais de s’occuper de relever le pays à terre, d’aider une population exsangue et de rassurer une jeunesse désemparée qui fuit le pays au lieu de s’attacher à sa reconstruction...

Avec l’accord d’armistice nous avons une porte de sortie honorable pour tous... Il est du devoir de tout Libanais de réclamer avec force la reprise de négociations pour confirmer l’accord d’armistice de 1949 et la libération de tout le territoire, ce qui serait pour nous le « dôme » de fer qui assurera sécurité et liberté à tous les Libanais et au Liban.

Ambassadrice, professeure de géopolitique et de relations internationales

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Armistice, terme aussi galvaudé qu’essentiel à la survie de la paix dans toutes les zones de conflits qu’ils soient internes aux États ou interétatiques.Comment arriver à la paix au Congo ou au Soudan, à Haïti ou au Sahara occidental, comment y arriver au Nigeria, au Cambodge ou au Myanmar ? Comment concilier, avant de réconcilier les frères ennemis et d’avoir essayé, tenté, testé dans un premier temps impératif un armistice ?Armistice, c’est-à-dire, et selon le Larousse, « une convention par laquelle des belligérants suspendent les hostilités sans mettre fin à l’état de guerre ».La belligérance étant la situation d’un pays, d’une nation, d’un peuple en état de guerre, le cessez-le-feu n’étant qu’un simple arrêt momentané des hostilités.Quant à la guerre : c’est la lutte...
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