De gauche à droite : l’ambassadeur d’Espagne au Liban, Jesús Santos Aguado, Hiba al-Kawas, présidente du Conservatoire national supérieur de musique du Liban, et le guitariste espagnol José María Gallardo del Rey, lors de l’annonce du Beirut International Guitar Competition & Festival. Photo Nabil Ismaïl
Dans le cadre feutré du palais Chehab, demeure historique devenue résidence de l’ambassadeur d’Espagne au Liban et espace de dialogue culturel entre les deux rives de la Méditerranée, Hiba al-Kawas, présidente du Conservatoire national supérieur de musique du Liban, a annoncé la création d’un festival et d’un concours internationaux consacrés à la guitare classique, un projet qui ambitionne d’inscrire Beyrouth dans le circuit mondial des grandes manifestations musicales.
À l’automne 2026, du 23 novembre au 4 décembre, la capitale libanaise accueillera ainsi le Beirut International Guitar Competition & Festival, premier événement de cette envergure consacré à la guitare classique au Liban et dans l’ensemble du Moyen-Orient. Une initiative née à Beyrouth, mais pensée d’emblée comme une passerelle entre les scènes musicales européennes, méditerranéennes et arabes.
À l’origine du projet, une alliance artistique et institutionnelle peu commune : celle de Hiba al-Kawas et du guitariste, compositeur et pédagogue espagnol José María Gallardo del Rey, figure reconnue de la scène internationale. Ensemble, ils portent la vision d’un événement capable d’inscrire Beyrouth dans le circuit mondial des grandes compétitions musicales, tout en affirmant une identité propre, solidement ancrée dans son territoire.
Présent lors de l’annonce, l’ambassadeur d’Espagne au Liban, Jesús Santos Aguado, a salué une initiative qui s’inscrit, selon lui, dans la continuité de projets culturels initiés il y a trois ans à travers plusieurs concerts. « Le projet comporte également un volet éducatif avec le Conservatoire, notamment une académie en ligne et des masterclasses qui, ensemble, ont donné naissance à ce festival, lequel devrait par ailleurs célébrer la musique espagnole, point d’ancrage de cette idée. On veut surtout aider les jeunes talents à se faire connaître », a-t-il confié à L’Orient-Le Jour.
De son côté, Hiba al-Kawas a insisté sur la portée symbolique et stratégique de l’initiative. « Aujourd’hui, la musique s’exprime avant la politique, efface les frontières, s’adresse au monde entier et confirme que Beyrouth héberge un centre de décision culturelle capable d’imposer des critères artistiques internationaux, de générer des plateformes professionnelles, d’attirer des pointures mondiales et de mettre en place des projets pérennes jouissant d’une crédibilité institutionnelle », a-t-elle déclaré. « L’Espagne n’est pas seulement un pays ami du Liban, mais aussi l’un des creusets de l’identité mondiale de la guitare. Elle a donné à la guitare sa voix ; le Liban lui ouvre aujourd’hui de nouveaux horizons. »
Instrument de l’intime autant que du voyage, la guitare devient ici un langage commun. Le festival a été conçu comme une plateforme complète, articulant compétition internationale, concerts orchestraux et de musique de chambre, créations contemporaines, œuvres commandées et premières mondiales, mais aussi masterclasses, ateliers pédagogiques et espaces d’échange destinés aux jeunes musiciens.
Présenté par l’ALKREY International Guitar Foundation, le projet s’appuie sur un réseau de partenaires révélateur de ses ambitions : le Conservatoire national libanais, l’Orchestre philharmonique du Liban, la Fundación SGAE, le Festival international de musique Manuel de Falla de Grenade, ainsi que plusieurs acteurs de référence du monde de la lutherie et des cordes.
Le Beirut International Guitar Competition & Festival ambitionne de faire connaître les grands virtuoses de l’instrument tout en permettant, depuis Beyrouth, d’inscrire de nouveaux noms au firmament de la guitare et d’offrir à la jeunesse libanaise et arabe des perspectives jusque-là inespérées.
Ouverte aux guitaristes de toutes nationalités âgés de 18 à 32 ans, la compétition se déroulera en trois temps : une première sélection sur vidéo, incluant une œuvre imposée composée par José María Gallardo del Rey, La Toccata de Beyrouth ; une demi-finale en public à Beyrouth ; puis une finale avec orchestre, accompagnée par l’Orchestre philharmonique du Liban. Un format exigeant, qui inscrit pleinement la guitare dans le dialogue orchestral.
« Le lauréat du concours donnera un concert à l’Alhambra, à Grenade », a révélé José María Gallardo del Rey. Ce rendez-vous devrait donner un élan décisif à sa carrière internationale, laquelle débutera par ailleurs avec une dotation de 15 000 dollars. Un prix interlibanais est également prévu afin de soutenir le vivier national, ainsi qu’un prix du public.
En tant que directeurs artistiques, Hiba al-Kawas et José María Gallardo del Rey assurent la cohérence de l’ensemble : choix des jurys, lignes esthétiques, commandes d’œuvres, philosophie pédagogique et identité culturelle du festival. Le guitariste espagnol a confié à L’Orient-Le Jour avoir le sentiment « d’ouvrir un nouveau chapitre avec un projet réellement unique », tout en exprimant sa reconnaissance envers le Liban, qui lui permet de développer des initiatives envoyant au monde des ondes positives plutôt que les images négatives souvent relayées par l’actualité. « Il s’agit d’une culture qui nécessite une formation plutôt que de l’information », a-t-il insisté.
Les règles complètes et les modalités de candidature seront publiées sur le site de l’ALKREY International Guitar Foundation.
Beyrouth, qui porte trop souvent la musique comme une cicatrice, s’apprête ainsi, avec le Beirut International Guitar Competition & Festival, à devenir une plateforme faisant rayonner des talents à l’échelle internationale.


Super !
09 h 38, le 17 janvier 2026