Lors du « meet and greet » à l’USEK, Guilherme Peixoto échange longuement avec le public, dans une atmosphère de calme, d’écoute et de proximité. Photo fournie par l'USEK
« Ayez foi dans les rêves, car en eux se cache la porte de l’éternité. »
La citation de Gibran Khalil Gibran, choisie par le prêtre portugais Guilherme Peixoto, a donné le ton de sa venue samedi 10 janvier à l’Université Saint-Esprit de Kaslik (USEK) : celui d’une spiritualité à la fois enracinée et ouverte, attentive aux mots autant qu’aux expériences contemporaines. Autour d’une messe suivie d’un échange avec le public, l’événement - avant son concert à minuit au club AHM, a rassemblé une assistance nombreuse dans l’auditorium Jean-Paul-II, révélant l’écho particulier que suscite aujourd’hui une parole religieuse décloisonnée.
La célébration, qui a eu lieu en fin d’après-midi, était présidée par le père Nicolas Akiki. Elle s’est inscrite dans un cadre liturgique classique, mêlant rite latin et chants maronites, tout en assumant un dialogue avec les interrogations du présent. Accueilli par les responsables de l’université et de la pastorale, Padre Guilherme s’est inscrit dans un dispositif volontairement sobre, privilégiant le recueillement et l’écoute. Avant la messe, une référence à Jean-Paul II, patron de la salle, a servi de fil conducteur à la rencontre : « Nous voulons une Église aux portes ouvertes », une invitation reprise comme horizon de la démarche proposée.
Dans son homélie, Padre Guilherme a centré sa méditation sur la figure de Jean-Baptiste, modèle d’humilité et de joie intérieure. « La vraie joie naît quand on cesse de se mettre au centre », a-t-il confié, rappelant cette parole évangélique qu’il a longuement commentée : « Il faut qu’il grandisse et que moi je diminue. » Une invitation, selon lui, à « redevenir transparents pour laisser passer la lumière ».
Évoquant la souffrance et la fragilité humaines, il a insisté sur la paix intérieure qui accompagne le Christ jusque dans l’épreuve. « Même sur le chemin de la croix, Jésus reste tourné vers les autres. C’est là que se joue la vraie force », a-t-il souligné, appelant à une foi qui n’escamote ni les contradictions ni les blessures, mais les accueille comme un chemin possible vers une joie plus profonde.

À l’issue de la messe, lors de l’échange avec le public, Padre Guilherme est revenu sur le sens de sa présence à Beyrouth. « Venir ici, dans un pays éprouvé mais profondément vivant, est une responsabilité. Beyrouth porte une blessure, mais aussi une capacité extraordinaire à espérer », a-t-il déclaré. Interrogé sur les critiques suscitées par son approche mêlant musique électronique et chants religieux, il a répondu sans détour : « Dieu n’est pas la tristesse. Dieu est joie. La musique n’est qu’un langage pour rejoindre les cœurs là où ils se trouvent. »
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Il a également défendu sa démarche pastorale : « Je ne cherche pas à provoquer. Chacun est appelé à servir selon le don qui lui a été confié. Le mien est de créer des espaces où les jeunes peuvent rencontrer Dieu sans peur. » Un message prolongé par un appel à la jeunesse libanaise : « Vous êtes la force du changement. Même dans l’obscurité, ayez le courage de rester debout. »
Dans un Liban où la religion demeure un marqueur identitaire sensible, cette rencontre a dépassé le cadre d’un simple événement pastoral. Sans slogan ni posture, elle a esquissé l’image d’une spiritualité en dialogue avec son temps – fidèle à ses sources, mais résolument ouverte.



“Dieu n’est pas la tristesse. Dieu est joie. La musique n’est qu’un langage pour rejoindre les cœurs là où ils se trouvent” . “Allez dans la joie et la paix du Christ” c’est tout dire
07 h 07, le 12 janvier 2026