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Monde - Réactions

Tollé international contrasté après l'attaque américaine contre le Venezuela et l'enlèvement de Maduro

L'opération américaine est tantôt qualifiée de « terrorisme d'État », d'« agression », de « ligne inacceptable », « de comportement hégémonique », ou parfois passée sous silence dans les divers communiqués diplomatiques.

Tollé international contrasté après l'attaque américaine contre le Venezuela et l'enlèvement de Maduro

Le président vénézuélien, Nicolas Maduro, et son épouse, la première dame Cilia Flores, le 14 janvier 2020 à Caracas. Photo Federico Parra/AFP

Devant l'ampleur de l'attaque menée samedi matin par les États-Unis contre le Venezuela, au cours de laquelle le président Nicolas Maduro et son épouse ont été enlevés par les forces spéciales américaines, les réactions des diplomaties du monde entier se sont multipliées au fil des heures. Le ton employé dans les divers communiqués publiés aux quatre coins du globe est toutefois fortement contrasté, en fonction des relations des uns et des autres avec Washington.

Allié du régime de Maduro, la Russie a été l'un des premiers pays à condamner l'opération surprise menée par l'armée américaine, avant de réclamer la « libération immédiate » du dirigeant vénézuélien, actuellement détenu sur un navire américain en direction de New York pour y être jugé, selon Donald Trump. « Les États-Unis ont commis un acte d'agression armée contre le Venezuela. (...) Cela est profondément préoccupant et condamnable », a déclaré le ministère russe des Affaires étrangères dans un communiqué. « Les prétextes utilisés pour justifier de telles actions sont indéfendables. L'hostilité idéologique a triomphé du pragmatisme commercial », a-t-il ajouté.

De son côté, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres s'est inquiété « que le droit international n'ait pas été respecté » à propos de la capture de Maduro. Cette opération constitue un « dangereux précédent », selon lui.

Le pape Léon XIV a déclaré pour sa part dimanche que « le bien-être du cher peuple vénézuélien doit prévaloir sur toute autre considération », et appelé à « garantir la souveraineté du pays », après la prière de l'Angélus sur la place Saint-Pierre de Rome.

Franchissement d'une « ligne inacceptable »

En Amérique latine, et en particulier dans les pays voisins du Venezuela, le raid lancé par Washington a réveillé les souvenirs de l'interventionnisme américain dans la région, rappelant notamment le coup d'État de 1973 au Chili ayant renversé le président Salvador Allende au profit du général Pinochet. « En tant que gouvernement du Chili, nous exprimons notre vive préoccupation et condamnons les actions militaires des États-Unis au Venezuela et appelons à une solution pacifique à la grave crise qui frappe le pays », a écrit sur X le président chilien Gabriel Boric.

Des mots similaires ont été employés par les voisins du Venezuela, dont le Brésil, dirigé par le président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva, estimant qu’il s’agissait du franchissement d’« une ligne inacceptable ». « Cette action rappelle les pires épisodes d’ingérence dans la politique de l’Amérique latine et des Caraïbes et menace la préservation de la région en tant que zone de paix. Attaquer des pays en violation flagrante du droit international constitue le premier pas vers un monde de violence, de chaos et d’instabilité, où la loi du plus fort l’emporte sur le multilatéralisme », a-t-il clamé.

Idem en Colombie, qui a annoncé avoir déployé son armée le long de sa frontière avec le Venezuela. « La Colombie réaffirme son attachement inconditionnel aux principes consacrés par la Charte des Nations Unies, notamment le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des États (...). À cet égard, le gouvernement colombien rejette toute action militaire unilatérale susceptible d’aggraver la situation ou de mettre en danger la population civile », a dénoncé le président colombien Gustavo Petro.

À Cuba, autre adversaire historique de Washington dans les Caraïbes, le président Miguel Díaz-Canel Bermúdez a qualifié l'opération américaine de « terrorisme d'État » contre le peuple vénézuélien. « Cuba dénonce et exige urgemment une réaction de la communauté internationale face à l’attaque criminelle des États-Unis contre le Venezuela. Notre zone de paix est brutalement agressée. Terrorisme d’État contre le courageux peuple vénézuélien et contre notre Amérique », a-t-il écrit sur X.

Silence au Moyen-Orient, sauf en Israël, chez le Hezbollah et le Hamas

D'autres pays se sont en revanche bien gardés de commenter ces frappes américaines contre Caracas, dont le bilan humain n'a encore été communiqué par les autorités vénézuéliennes. Du Liban aux pays du Golfe en passant par la Syrie et l’Égypte, aucun communiqué officiel n'a émané des autorités officielles, alors que nombre d'entre elles cherchent à entretenir de bonnes relations avec l'administration américaine.

Au Liban, seuls le Hezbollah et d'autres partis proches de l'axe pro-iranien ont condamné « l'agression terroriste » et la « brutalité américaine » contre le Venezuela. « Cette attaque constitue une nouvelle confirmation de la politique de domination, d’arrogance et de pillage menée par l’administration américaine sans aucun frein, et témoigne de son mépris pour la stabilité et la sécurité internationales, tout en consolidant la loi de la jungle », a dénoncé le parti chiite.

Autre ennemi des États-Unis, le Hamas a quant à lui vitupéré contre « une agression qui s’inscrit dans la continuité des politiques injustes des États-Unis et des interventions qui dissimulent derrière elles des ambitions impérialistes ».

En Iran, ciblé en juin par des frappes américaines en juin 2025 pendant la « guerre des 12 jours » qui l'a opposé à Israël, et de nouveau menacé récemment par Donald Trump, le président Massoud Pezeshkian et le chef de la diplomatie Abbas Araghchi sont restés silencieux. Seul le guide suprême a tenu des propos pouvant se référer à cet événement, dans un contexte local marqué par de vives manifestations contre le régime de Téhéran et la dégradation de la situation économique. « Ce qui importe, c’est que lorsque l’ennemi tente de manière arrogante d’imposer quelque chose au pays, aux responsables, au gouvernement et à la nation, il faut se dresser fermement et offrir sa poitrine à la résistance. Nous ne céderons pas à l’ennemi », a déclaré l'ayatollah Ali Khamenei.

De son côté, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, qui s'était entretenu la semaine passée avec son allié M. Trump en Floride, a affirmé qu'Israël soutient l'action « déterminée » des États-Unis au Venezuela. « En Amérique latine, (...) plusieurs pays reviennent dans l'orbite américaine et (...) renouent leurs liens avec l'État d'Israël. Nous nous en réjouissons, nous félicitons le président (Donald) Trump (...) et saluons également les forces armées américaines qui ont mené une opération parfaite », a-t-il ajouté, selon l'AFP.

Condamnations mesurées en Europe

En Europe, les réactions se sont également voulues mesurées, à l'image de la déclaration de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. « Nous sommes aux côtés du peuple vénézuélien et soutenons une transition démocratique et pacifique », a-t-elle dit, sans mentionner les frappes américaines contre Caracas ni l'enlèvement de Nicolas Maduro.

« L’UE suit de très près la situation au Venezuela. En toutes circonstances, les principes du droit international et de la Charte des Nations unies doivent être respectés. Nous appelons à la retenue », a ajouté la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas.

Plusieurs leaders européens ont toutefois réagi, dont le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez, qui a appelé à la « désescalade », après que son ministre des Affaires étrangères s’est dit disposé à jouer un rôle de médiateur pour parvenir à une solution « pacifique et négociée à la crise actuelle ».

Son homologue britannique Keir Starmer a quant à lui rappelé que « tous les pays devaient respecter le droit international », avant d'assurer que le Royaume-Uni n'avait pas « participé à cette opération ». « Je souhaite m'entretenir avec le président Trump, mais pour l'instant je pense que nous devons établir les faits », a-t-il déclaré dans une brève déclaration diffusée sur les chaînes de télévision britanniques.

Côté français, le Quai d'Orsay a publié la première réaction officielle française vers 17h (heure de Beyrouth) via un communiqué du ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot. « L’opération militaire ayant conduit à la capture de Nicolas Maduro contrevient au principe de non-recours à la force qui fonde le droit international. La France rappelle qu’aucune solution politique durable ne saurait être imposée de l’extérieur et que les peuples souverains décident seuls de leur avenir », a-t-il écrit, tout en estimant que M. Maduro avait « confisqué le pouvoir au peuple vénézuélien, en le privant de ses libertés fondamentales ». Pour sa part, le président français, Emmanuel Macron, a salué la fin de « la dictature de Maduro » et plaidé pour une «transition démocratique», sans mentionner l'attaque américaine dans son communiqué, suscitant la colère de la gauche française.

La Chine et la Corée du Nord s'indignent

Pékin s'est dit « profondément choqué » par les frappes militaires américaines contre le Venezuela et la capture du président Maduro, dénonçant un « comportement hégémonique » de Washington. « La Chine est profondément choquée et condamne fermement le recours flagrant à la force par les États-Unis contre un État souverain et leur action contre son président », a déclaré samedi le ministère chinois des Affaires étrangères dans un communiqué. Dimanche, ce ministère a appelé les États-Unis à la « libération immédiate » de M. Maduro et de son épouse, et « à cesser de chercher à renverser le gouvernement du Venezuela », dans un communiqué distinct.

La Corée du Nord a qualifié, quant à elle, dimanche la capture de M. Maduro de « grave atteinte à la souveraineté », selon les médias d’État. Elle a par ailleurs condamné « fermement l'acte hégémonique commis par les États-Unis au Venezuela », fustigeant « un exemple qui confirme une fois de plus le caractère voyou et brutal des États-Unis », selon un porte-parole du ministère dans un communiqué publié par l'agence officielle KCNA.

Devant l'ampleur de l'attaque menée samedi matin par les États-Unis contre le Venezuela, au cours de laquelle le président Nicolas Maduro et son épouse ont été enlevés par les forces spéciales américaines, les réactions des diplomaties du monde entier se sont multipliées au fil des heures. Le ton employé dans les divers communiqués publiés aux quatre coins du globe est toutefois fortement contrasté, en fonction des relations des uns et des autres avec Washington.Allié du régime de Maduro, la Russie a été l'un des premiers pays à condamner l'opération surprise menée par l'armée américaine, avant de réclamer la « libération immédiate » du dirigeant vénézuélien, actuellement détenu sur un navire américain en direction de New York pour y être jugé, selon Donald Trump. « Les États-Unis...
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