Le secrétaire général du Hezbollah, Naïm Kassem, pendant son discours du 28 décembre 2025. Capture d’écran du direct d’Al Manar
Le secrétaire général du Hezbollah Naïm Kassem a affirmé dimanche que la question de son désarmement est utilisée par Israël et les États-Unis, ainsi que par leurs alliés sur la scène politique intérieure, pour affaiblir le Liban et provoquer des divisions entre le parti et son allié, le mouvement Amal.
« Le désarmement s’inscrit dans un projet global : retirer la force militaire ; affaiblir la force économique et sociale ; provoquer des divisions entre le mouvement Amal et le Hezbollah ; attiser la discorde entre l’armée, la résistance et le peuple ; maintenir l’occupation au Liban-Sud ; permettre des frappes sur l’ensemble du Liban, sans contrôle ni responsabilité », a commencé le secrétaire général du parti, avant de revenir plus loin sur la question du tandem : « Ils ont tenté de semer la discorde entre le mouvement Amal et le Hezbollah. Mais aujourd’hui, leur lien est fort, leur relation solide, et leur terre est une. »
Naïm Kassem s’exprimait à l'occasion de la première commémoration du décès des suites d’une longue maladie de Mohammad Hassan Yaghi, dit « Abou Salim », l’un des fondateurs du Hezbollah en 1982. Il avait siégé au Parlement et avait été l’assistant exécutif de l’ancien secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah, tué par Israël le 27 septembre 2024.
Quelques nuances
Selon certains observateurs, des divergences entre le Hezbollah et Amal commencent à émerger discrètement. C'est notamment le cas sur la question des négociations directes avec Israël dans le cadre du comité de supervision du cessez-le-feu, dit « Mécanisme ». Contrairement au Hezbollah, le chef d’Amal et président du Parlement, Nabih Berry, s’est montré ouvert dès début novembre à l’idée d’introduire une figure civile libanaise aux réunions du « Mécanisme », finalement traduite début décembre par la nomination de l’ancien ambassadeur Simon Karam.
Sur la question de son désarmement, le secrétaire général du Hezbollah a considéré que le parti en avait assez fait en abandonnant ses positions au sud du Litani, sans que l’État hébreu ne respecte le moindre de ses propres engagements dans la trêve.
« Israël doit d'abord respecter l’ensemble de ses engagements, et qu'il vienne après réclamer la suite (...). Il n’a jamais été demandé à l’État libanais de faire la polic e au service d’Israël (...). Ce dernier doit cesser ses agressions — par voie terrestre, maritime et aérienne — ainsi que ses acti vités d’espionnage, mettre fin à toute s les formes d’hostilité, se retirer complètement, libérer tous les prisonniers, et permettre le lancement de la reconstruction, en commençant par le Sud (...). C’est cela l’application de l’accord. Ce n’est qu’ensuite que vous pourrez venir nous demander de discuter d’autres phases », a-t-il encore lancé.
L’armée libanaise est supposée avoir achevé le désarmement du Hezbollah au sud du fleuve Litani d’ici à la fin 2025, soit mercredi, selon le plan présenté par la troupe au gouvernement le 5 septembre dernier. L’institution militaire « planifie » le passage vers « les phases suivantes » du désarmement sur le reste du territoire libanais, notamment sous le forcing israélien et américain.
Naïm Kassem a aussi accusé Israël et les États-Unis de déstabiliser le Liban depuis 2019, année à laquelle le pays a été plongé dans une grave crise financière dont il n’est toujours pas sorti aujourd’hui, aggravée par le Covid-19, l’explosion au port de Beyrouth et la guerre entre le parti chiite et Israël. « Le Liban se trouve aujourd’hui au cœur de la tempête et de l’instabilité, et la raison en est l’hégémonie américaine ainsi que l’ennemi israélien », a-t-il poursuivi. Il a aussi estimé que le rétablissement du monopole de l’État sur les armes est un projet « israélo-américain ». « Nous sommes à un tournant historique : soit nous donnons à Israël et aux États-Unis ce qu’ils veulent », dont selon lui « une tutelle américaine sur le Liban », « soit nous construisons notre patrie ».
Nouvelle inspections de l'armée
La situation sur le terrain au Liban-Sud est restée relativement calme depuis vendredi, alors que le mauvais temps s’est installé ces derniers jours dans le pays.
Dimanche, l’armée libanaise a une nouvelle fois procédé à l’inspection de plusieurs maisons au Liban-Sud, à la demande du Comité de surveillance du cessez-le-feu. La troupe a ainsi inspecté sept habitations dans la localité de Bint Jbeil (dans le caza du même nom), dont cinq avaient été endommagées par les bombardements israéliens durant la guerre contre le Hezbollah entre octobre 2023 et novembre 2024, ainsi que six habitations à Aïnata, près de Bint Jbeil, rapporte notre correspondant au Liban-Sud Mountasser Abdallah. La plupart des maisons contrôlées à Bint Jbeil avaient déjà été fouillées auparavant.
Par ailleurs, l’armée israélienne a ouvert le feu en direction d'un groupe de bergers dans la zone d’el-Amra, près de la localité de Wazzani, dans le caza de Marjeyoun, tandis qu’un drone a largué une grenade assourdissante à proximité, les contraignant à se replier vers une zone sûre, rapporte notre correspondant.
De son côté, le député du mouvement Amal, Kassem Hachem, a accusé Israël de chercher à faire du Liban-Sud « une zone tampon dépourvue de population » et déclaré que les « agressions israéliennes quotidiennes dans la région imposent de placer la commission de contrôle face à ses responsabilités, alors qu’elle se mobilise au moindre prétexte ou à la moindre allégation israélienne », rapporte l’Agence nationale d’information (ANI, officielle). Il en appelle enfin l’État à cesser de « détourner son regard du Sud ».




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