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Pas « forts et sympas », merci

Chère lectrice, cher lecteur,

Commençons par elles. Deux femmes. Deux reconnaissances. Deux façons très nettes de dire non aux récits tout faits.
Hala Moughanie, d’abord, qui dynamite cette formule devenue mantra national : la « résilience ». Être une « victime forte et sympa » ? Très peu pour elle. Sa littérature refuse le pansement lexical, préfère la colère lucide à l’héroïsme décoratif.
Georgia Makhlouf, ensuite, qui remet le Liban au centre de la francophonie littéraire non par nostalgie, mais par exigence. Son Liban est pluriel, féminin, traversé par la transmission.
Autour d’elles, tout un paysage culturel s’organise, parfois fragile, souvent vibrant, toujours en mouvement.
Il y a le cinéma de Dead Dog, primé au Caire, où le silence n’est pas une absence mais une fissure politique, intime, conjugale. Le théâtre, les expositions, le design de l’« Avent », qui rappellent qu’on peut encore fabriquer de la joie, de l’élan, du sens.
Il y a aussi la mémoire, fidèle et têtue : celle de l’affichiste de l’âge d’or de Beyrouth, qui se souvient de tout, absolument tout. Et puis ces croisements inattendus, si libanais : le vin, la poésie et l’art sous influence khayyamienne chez Gérald Foltête ; un opéra arabe ambitieux, Antar wa Abla ; un chef, Karim Arsanios, qui passe de la terre du père à Top Chef MENA ; un jeune Palestinien né au Liban qui trouve sa voix artistique à Pérouges, ailleurs, mais pas par hasard.

Pris séparément, ce sont des articles. Ensemble, c’est un récit. Celui d’un peuple qui continue d’écrire, de jouer, de composer, de créer malgré tout. Sans slogan, sans illusion.
Sans posture de « victime forte et sympa ».

Bonne lecture !

Maya Ghandour Hert
Cheffe du service culturel



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