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Culture - Jeune Talent

Comment un jeune Palestinien né au Liban a trouvé sa voix artistique à Pérouges

Dans la cité médiévale près de Lyon, la Maison d’art contemporain accueille la première exposition française de Mario Jouzy, jeune artiste autodidacte.

Comment un jeune Palestinien né au Liban a trouvé sa voix artistique à Pérouges

En train de peindre, Mario Jouzy laisse affleurer les gestes qui structurent son langage visuel. Photo fournie par l’artiste

Muscles saillants, barbe naissante, longues dreadlocks attachées qui dévalent dans le dos… Presque cachée dans un coin ou emplissant tout l’espace, la silhouette de Mario Jouzy est toujours reconnaissable dans ses dessins, comme une mise en abyme. La Maison d’art contemporain de Pérouges, dans l’Ain, accueille jusqu’au 14 décembre la première exposition française de Mario Jouzy. L’artiste autodidacte y présente un travail marqué par l’expressionnisme figuratif, la couleur et un récit personnel où se mêlent exil, sport et création.
« Franchement, je ne m’attendais pas à ça. C’était magnifique. Je peux dire que je suis fier », confie le jeune homme aux yeux bleu-vert, encore ému par le vernissage du 15 novembre. Entre ses croquis pris sur le vif et ses toiles saturées de couleurs primaires, Mario Jouzy dessine une trajectoire singulière : celle d’un artiste qui transforme l’adversité en énergie créative.

Les murs de la Maison d’art contemporain à Pérouges (France) saturés de croquis : le journal visuel de Mario Jouzy en pleine lumière. Photo fournie par l'artiste
Les murs de la Maison d’art contemporain à Pérouges (France) saturés de croquis : le journal visuel de Mario Jouzy en pleine lumière. Photo fournie par l'artiste

Un parcours marqué par l’exil

Né en 1999 à Beyrouth, Mario Jouzy grandit à Zalqa, dans un contexte difficile, marqué par les discriminations et la frustration qui s’ensuit. « En tant que Palestinien au Liban, il y a énormément d’obstacles qui m’empêchent d’avancer », confie pudiquement le jeune homme, né d’une mère libanaise.
Après des études en design graphique à l’Université libanaise, il décroche une bourse du gouvernement français et s’installe en 2022 dans la Drôme, avant de rejoindre Lyon, comme l’on s’agrippe à une bouée de sauvetage. « Dès que je suis arrivé en France, j’ai repris le dessin. Je me sentais beaucoup mieux », raconte celui qui n’avait plus touché un crayon les deux années précédant son départ, une intense frustration l’en empêchant.

Autodidacte, Mario dessine depuis l’enfance, apprend les bases lors de quelques cours, avant d’évoluer seul, jusqu’à un expressionnisme figuratif où s’épanouissent formes géométriques, silhouettes et symboles récurrents : « Les pommes, c’est l’amour et la simplicité. Les fleurs, parce que l’homme n’en reçoit qu’après sa mort. »
Ses toiles, réalisées à la spatule, mêlent acrylique, fusain et crayon graphite. « Je dessine mon quotidien, mes émotions. Quand je suis heureux ou triste, je dessine. Mais quand je suis énervé, je ne peux pas tenir un crayon. Donc je préfère m’entraîner. » Et enchaîner les pompes et les tractions, sculptant ainsi inlassablement son corps.

Artiste et athlète

Car depuis ses 10 ans également, Mario Jouzy conjugue art et sport, repoussant toujours plus loin les limites de son corps, défiant la gravité avec ses muscles. « Je m’entraîne la journée, je dessine le soir », explique-t-il.
Coach sportif et athlète de callisthénie (ou street workout), le jeune homme revendique une double identité : « Je m’entraîne avec mon mental, je dessine avec mon cœur. Je m’exprime avec mon corps. Je suis libre. » Telle est sa devise, et Jouxe, son blaze ou nom d’artiste.
Ses anneaux de gymnastique l’accompagnent partout, même dans la résidence où il vit le temps de l’exposition, dans cette ancienne maison d’artisan du Moyen Âge au cœur de Pérouges. « Je voulais faire une performance sportive au vernissage, mais je soigne une tendinite. Alors j’ai dessiné en direct un tableau de deux mètres en une heure dix. »

Dans cette toile, le jeune artiste Mario Jouzy évoque son exil, ses blessures et les symboles qui composent sa vie. Photo fournie par l’artiste
Dans cette toile, le jeune artiste Mario Jouzy évoque son exil, ses blessures et les symboles qui composent sa vie. Photo fournie par l’artiste


À Pérouges, Mario Jouzy présente cinq grands tableaux en couleurs, deux tableaux en noir et blanc et des centaines de croquis réalisés depuis des années, des gens croisés dans les rues, le métro, les bars.
Dans son tableau préféré, il représente son départ forcé du Liban, la discrimination, la double explosion au port de Beyrouth et la résilience du peuple libanais. « Je montre ma carte de réfugié, mes valises, mes anneaux. Tout ce qui fait partie de ma vie. »
Dans Résilience face à l’adversité, des flèches transpercent une silhouette : « C’est moi, poignardé dans le dos, ciblé par les obstacles, les fausses promesses », explique celui qui recherche désormais le calme et une certaine solitude.
Parmi ses inspirations, Mario Jouzy cite trois jeunes artistes libanais – Ryan Eid, Simon Mhanna, Anthony Abou Jaoudé – et l’animateur et illustrateur Yohann Abdelnour. « Il m’a donné la motivation pour préparer mon expo. » Quant à l’avenir, le jeune homme n’ose rêver trop loin. « Je pense que des portes s’ouvrent petit à petit. Je souhaite continuer à exposer, à partager mon histoire », dit-il dans un sourire qui éclaire son visage.

Muscles saillants, barbe naissante, longues dreadlocks attachées qui dévalent dans le dos… Presque cachée dans un coin ou emplissant tout l’espace, la silhouette de Mario Jouzy est toujours reconnaissable dans ses dessins, comme une mise en abyme. La Maison d’art contemporain de Pérouges, dans l’Ain, accueille jusqu’au 14 décembre la première exposition française de Mario Jouzy. L’artiste autodidacte y présente un travail marqué par l’expressionnisme figuratif, la couleur et un récit personnel où se mêlent exil, sport et création. « Franchement, je ne m’attendais pas à ça. C’était magnifique. Je peux dire que je suis fier », confie le jeune homme aux yeux bleu-vert, encore ému par le vernissage du 15 novembre. Entre ses croquis pris sur le vif et ses toiles saturées de couleurs primaires, Mario Jouzy...
commentaires (3)

Je crois que le commentaire de Phil-Adam explique bien la discrimination dont il souffre. Une mère libanaise doit pouvoir transmettre sa nationalité à ses enfants! J’espère un jour voir une exposition de ses toiles à Paris.

Hacker Marilyn

11 h 29, le 12 décembre 2025

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Commentaires (3)

  • Je crois que le commentaire de Phil-Adam explique bien la discrimination dont il souffre. Une mère libanaise doit pouvoir transmettre sa nationalité à ses enfants! J’espère un jour voir une exposition de ses toiles à Paris.

    Hacker Marilyn

    11 h 29, le 12 décembre 2025

  • Artiste à suivre, merci de nous l’avoir fait découvrir mais que viennent faire ici les allusions de la journaliste aux « discriminations » dont il aurait été victime au Liban? Si je lis bien, il n’en parle à aucun moment, lui. Pourquoi cette insistance à dénigrer le Liban?

    Marionet

    08 h 54, le 12 décembre 2025

  • Merci du portrait, on lui souhaite le meilleur. On note au passage l'absurdité que sa mère libanaise ne puisse pas lui transmettre sa nationalité. ça ne devrait pas compliqué pourtant de suprimer cette injustice faite aux femmes libanaises.

    Phil-Adam

    00 h 33, le 12 décembre 2025

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