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Culture - Au Metropolis

Entre photo et documentaire, Fadia Ahmad livre ses récits du bleu de l’intime

L’artiste visuelle libano-espagnole place le Liban au cœur de son œuvre. Ses créations, du documentaire « Together » à la série photographique, « Between Two Shades of Blue », explorent les thèmes de l’exil, de la mémoire et des liens humains.

Entre photo et documentaire, Fadia Ahmad livre ses récits du bleu de l’intime

Geste suspendu, vérité à nu : une scène de "Together", où Fadia Ahmad capte l’intimité qui tient les êtres debout. Photo avec l'aimable autorisation de Fadia Ahmad

Il y a des larmes, il y a des rires, des regrets, des déclarations, des confessions, des deuils, des maladies, des abandons, des passions, de l’amour, de la cruauté. Les relations humaines sont évidemment complexes, mais que deviennent-elles dans le contexte d’un pays aussi instable, dangereux et en même temps aussi infiniment séduisant que le Liban ? La photographe, réalisatrice et conteuse Fadia Ahmad, n’a jamais cessé, même vivant à Alicante où elle est née en 1975, d’explorer les profondeurs de son pays d’origine qu’elle imaginait, enfant, derrière l’horizon : « Au-delà de cette ligne, il y a le Liban », lui répétait sa mère.

Les protagonistes de « Together » livrent, sous l’œil de la caméra, la vulnérabilité et la force qui structurent les relations humaines. Photo avec l'aimable autorisation de Fadia Ahmad
Les protagonistes de « Together » livrent, sous l’œil de la caméra, la vulnérabilité et la force qui structurent les relations humaines. Photo avec l'aimable autorisation de Fadia Ahmad

Nos mémoires, nos liens, nos fractures, nos élans

L’artiste revient sur la thématique libanaise en ce mois de décembre avec deux propositions : un film documentaire et une exposition de photos, toujours autour des thèmes de l’exil, de la mémoire, de la fragilité humaine et du besoin d’appartenance qu’elle explore dans son œuvre depuis plus de vingt ans. Dans le documentaire Together présenté au cinéma Metropolis, en conversation avec les photos de la série « Two Shades of Blue » exposées à No Chef in the Kitchen, elle continue à mêler réel et poésie, engagement et introspection, récits personnels et résonance universelle. Ces deux projets d’une rare complémentarité interrogent, chacun à sa manière, ce qui nous constitue : nos mémoires, nos frontières intérieures, nos liens, nos fractures, nos élans. Deux récits sensibles qui se répondent et tissent une même réflexion sur l’identité et la relation à l’autre.

Dans « Together », Fadia Ahmad capte l’infiniment quotidien : une chorégraphie d’émotions qui raconte Beyrouth autrement. Photo avec l'aimable autorisation de Fadia Ahmad
Dans « Together », Fadia Ahmad capte l’infiniment quotidien : une chorégraphie d’émotions qui raconte Beyrouth autrement. Photo avec l'aimable autorisation de Fadia Ahmad

Au cœur de ce qui fait tenir les relations humaines

« Together est un film sur le courage de s’aimer malgré tout. Sur le travail silencieux que demande la relation. Sur la beauté de ce qui tient, même quand tout vacille », souligne l’artiste. Le spectateur beyrouthin reconnaîtra au moins un personnage familier des microcosmes de la ville parmi les figures qui ont bien voulu se prêter au difficile jeu de la vérité : Anita Babikian et Jean Carrau ; Maya G. Eid et Halim N. Massrouaa ; Najem Halim Massrouaa ; Gia-Maria, Julia et Lilia Massrouaa ; Amale Nassib Abou Kheir ; Mona Mardelli Assaf et Georges Assaf ; Nesrin Zreik el-Kaissouni et Aiman el-Kaissouni ; Sam et Keyan el-Kaissouni ; Mira Abou Jaoudé et Joud Charafeddine ; Nada Zein al-Abidine ; Linda Wattar ; Amani Hassan et Rami Kawkab ; Carmen D’Alessio ; Marie Mathilde et Ali Jaber ; le Dr Mariange Nohra ; le prof. Gerard Bejjani ; le Dr Nicolas Baaklini et Carole Nader.

En eux, Fadia Ahmad a trouvé la matière de ce documentaire qui s’aventure au cœur de ce qui fait tenir les relations humaines. Sans effets ni artifices, elle filme l’infiniment quotidien : des gestes, des silences, des regards, des hésitations, des élans de tendresse. Ce qui, souvent, échappe aux mots, mais raconte tout. Le film s’attache à ces liens invisibles qui nous rassemblent ou nous éloignent, la vulnérabilité, le besoin d’être compris, la difficulté parfois de rester ouverts dans un monde où tout semble fragilisé. À travers des couples aux histoires variées et issus de cultures différentes, Together met en lumière une vérité simple et universelle : partout, les êtres humains cherchent la même chose, être vus pour ce qu’ils sont.

L’entre-deux méditerranéen

Le documentaire trouve son écho à un jet de pierre du Metropolis, à l’espace No Chef in the Kitchen de Christine Abi Azar, un lieu conceptuel dédié à la création et à l’engagement. Dans une nouvelle série de photographies, Fadia Ahmad y revient sur la Méditerranée, ce lieu, pour elle, « d’origine et de déchirement, d’appartenance et d’éloignement ». À travers ces photos regroupées sous l’intitulé « Between Two Shades of Blue », la mer devient un personnage, un miroir, un territoire intérieur. « ‘‘Between Two Shades of Blue’’ explore cet entre-deux : celui du départ et du retour, du déracinement et de l’ancrage, de l’identité héritée et de celle qui se construit au fil des chemins. Les images, d’un bleu tantôt dense, tantôt effacé, racontent les mémoires portées par la mer, les allers-retours, les attentes, les renaissances. Au centre, toujours, un face-à-face : celui de l’autre, celui de soi », explique l’artiste.

Dans « Between Two Shades of Blue », la mer devient frontière et refuge, miroir des mémoires et des déracinements. Avec l'aimable autorisation de Fadia Ahmad
Dans « Between Two Shades of Blue », la mer devient frontière et refuge, miroir des mémoires et des déracinements. Avec l'aimable autorisation de Fadia Ahmad

« Présenter un film et une exposition dans le même mois n’est pas un hasard. Les deux projets composent une même phrase, écrite avec deux langages artistiques », souligne Fadia Ahmad. « Together scrute l’intime, ce qui lie les êtres. ‘‘Between Two Shades of Blue’’ scrute le paysage, ce qui lie les rives. Les deux, pourtant, convergent : ils parlent d’amour, de distance, de ce qui nous fonde et de ce que nous portons sans le savoir. Ils parlent de ce besoin essentiel : relier », explique-t-elle. Dans la foulée de ses précédents documentaires et photographies : Beirut, the Aftermath, It Could Be You, Beyrouth/Beirut, elle continue à mêler regard objectif, poésie visuelle et engagement. Son travail se tient toujours à l’intersection : entre les gens et leurs blessures, entre les lieux et leurs fantômes, entre l’art et le réel.

Fadia Ahmad, « Between Two Shades of Blue », du 13 au 17 décembre 2025, espace No Chef in The Kitchen, rue pasteur, Imm. Émile Rayess, 6e étage.

Fadia Ahmad, « Together », du 8 au 12 décembre 2025, cinéma Metropolis, Mar Mikhaël, rue Pharaon.

Il y a des larmes, il y a des rires, des regrets, des déclarations, des confessions, des deuils, des maladies, des abandons, des passions, de l’amour, de la cruauté. Les relations humaines sont évidemment complexes, mais que deviennent-elles dans le contexte d’un pays aussi instable, dangereux et en même temps aussi infiniment séduisant que le Liban ? La photographe, réalisatrice et conteuse Fadia Ahmad, n’a jamais cessé, même vivant à Alicante où elle est née en 1975, d’explorer les profondeurs de son pays d’origine qu’elle imaginait, enfant, derrière l’horizon : « Au-delà de cette ligne, il y a le Liban », lui répétait sa mère.Les protagonistes de « Together » livrent, sous l’œil de la caméra, la vulnérabilité et la force qui structurent les relations humaines. Photo avec l'aimable...
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