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Économie - Focus

Réformes et désarmement : les détenteurs d’eurobonds restent sceptiques

Juste après la conférence Beirut One, les prix des eurobonds libanais ont connu une fluctuation, reflétant leur sensibilité aux évolutions politiques.

Réformes et désarmement : les détenteurs d’eurobonds restent sceptiques

Le Grand Sérail à Beyrouth. Photo Philippe Hage Boutros/L’Orient-Le Jour

Ces derniers mois, le Liban a vu défiler une série de délégations d’hommes d’affaires étrangers – particulièrement à l’occasion de la conférence Beirut One en novembre. Mais derrière les poignées de main et les grands discours sur l’investissement, beaucoup de ces visiteurs n’étaient pas là pour financer des projets. Leur regard était ailleurs. « En dehors de la diaspora libanaise et des entreprises déjà présentes au Liban, la présence d’investisseurs étrangers était très limitée. Il s’agissait en grande partie de gestionnaires de fonds intéressés par l’achat et la vente d’eurobonds libanais », observe Mike Azar, vice-président du cabinet de conseil Greengate LLC.

« De nombreux détenteurs internationaux d’eurobonds issus de dizaines d’institutions mondiales ont visité Beyrouth durant la conférence », note Saeb el-Zein, ancien directeur général dans de grands fonds d’investissement et des banques mondiales. Chaque délégation comptait entre cinq et dix personnes, et a rencontré des décideurs-clés, notamment le président Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam, ainsi qu’une série de personnalités politiques. Parmi elles figuraient de grandes banques d’investissement américaines, dont Morgan Stanley, Jefferies et Goldman Sachs.

Des délégations reparties déçues

« Ces réunions ne sont pas différentes de celles que nous tenons dans d’autres pays ou à d’autres moments. Il s’agit de réunions de suivi », explique Jean-Michel Saliba, directeur exécutif à Bank of America, qui s’est rendu au Liban en novembre. « La plupart des investisseurs sont déjà exposés au Liban et viennent chercher une vision plus claire des évolutions économiques et politiques », précise-t-il, avant d’ajouter que « Beirut One a constitué “une bonne opportunité” pour le faire ».

Les investisseurs spécialisés dans la dette en difficulté disposent en ce moment de peu d’opportunités dans les marchés émergents, explique un professionnel d’une grande banque d’investissement multinationale, sous couvert d’anonymat. « Contrairement à l’année précédente, les seules options cette année sont le Venezuela, le Liban, l’Ukraine. Tout le reste est assez cher », dit-il. Les investisseurs dans la dette en difficulté se tournent vers les pays dont les obligations s’échangent à des prix fortement décotés, misant sur un potentiel de rendement élevé si les perspectives de restructuration s’améliorent. M. Saliba ajoute que le Sénégal a récemment rejoint cette liste restreinte. Le Liban a fait défaut sur sa dette souveraine en mars 2020. Sa valeur nominale est de 31 milliards de dollars, pouvant atteindre 50 milliards d’ici à la fin de l’année en tenant compte des intérêts accumulés. À ce jour, aucune restructuration de dette externe n’a été menée.

Les eurobonds libanais, laminés par la crise, ont rebondi depuis fin septembre 2024, coïncidant avec l’escalade du conflit Israël-Hezbollah en guerre ouverte. Leur valeur était alors passée de 6,2 cents à leurs niveaux actuels. Les investisseurs misaient sur un affaiblissement du Hezbollah et une amélioration des perspectives économiques après le cessez-le-feu du 27 novembre, qui a mis fin à un an d’échanges de tirs transfrontaliers. Mais le message que les délégations ont reçu à Beyrouth, particulièrement du côté politique, « était nettement négatif », indique Saeb el-Zein . « Les progrès restent lents, les obstacles sont nombreux, et les perspectives globales de réformes demeurent incertaines, poursuit-il. Les délégations ont pu constater de visu la dégradation des infrastructures du pays et la fragilité du climat sécuritaire. »

Depuis le cessez-le-feu, Israël mène des frappes quasi quotidiennes dans le sud du Liban et fait de plus en plus clairement planer la menace d’une reprise du conflit s’il n’obtient pas satisfaction en matière de désarmement du Hezbollah.

Selon des comptes rendus internes à Goldman Sachs après la conférence, et que L’Orient-Le Jour a pu consulter, une résolution du « défaut sur les eurobonds d’ici à fin 2026 pourrait être techniquement possible, mais il est en pratique plus probable que cela prenne beaucoup plus de temps, peut-être des années. Cela n’est pas tant dû au rythme inégal des progrès sur les réformes préalables – l’élément le plus important restant la fameuse “gap law” (dont le Conseil des ministres devrait étudier le projet de loi fin décembre, NDLR) – qu’à l’incertitude géopolitique qui pèse sur le pays ».

« L’impasse actuelle autour de la loi électorale et du vote des expatriés a empêché le Parlement de se réunir et de légiférer. Si un long report des élections parlementaires peut offrir davantage d’espace pour l’adoption de réformes difficiles, cela signifie aussi que le Parlement actuel, dont le bilan en matière de réformes est médiocre, pourrait rester en place encore un moment », note pour sa part Bank of America dans un compte rendu. « Un compromis macroéconomique est improbable avant la réalisation de réformes politiques », poursuit le texte. « La loi sur la stabilité financière et la restitution des dépôts (FSDR), communément appelée “gap law”, ne semble pas actuellement alignée sur les conditionnalités du Fonds monétaire international (…), et la hiérarchie des créances demeure source de divisions », ajoute le texte.

Un marché volatil ?

Juste après la conférence Beirut One, les prix des eurobonds libanais ont connu une fluctuation sensible, reflétant leur sensibilité aux évolutions politiques. Dans un premier temps, les obligations qui se négociaient autour de 24,2 cents pour un dollar à la mi-novembre étaient tombées à environ 21,7 cents le 2 décembre. « Auparavant, il y a eu un fort momentum qui a poussé les prix des eurobonds à des niveaux assez élevés (mais) nous avons toujours estimé que le marché était un peu trop optimiste », commente Jean- Michel Saliba.

Les prix sont toutefois remontés à 23 cents le 4 décembre. Selon Saeb el-Zein, cette dernière hausse s’explique par « la bonne nouvelle de la nomination de l’ex-ambassadeur Simon Karam au sein du comité de mécanisme », chargé de discuter des arrangements sécuritaires dans le cadre de négociations directes avec Israël. « Les eurobonds libanais sont devenus extrêmement sensibles aux titres politiques qui modifient les perspectives sécuritaires. Les investisseurs parient que les changements politiques au Liban augmenteront la probabilité de réformes économiques et d’un redressement pour les détenteurs d’obligations », appuie Mike Azar.

Mais pour Jean-Michel Saliba, le Liban est encore loin d’une restructuration imminente : « Il reste des obstacles (des complications politiques et économiques) qui doivent être levés pour créer l’environnement nécessaire à une restructuration des eurobonds. » Au risque d’accroître les probabilités de poursuites des créanciers ? Jusqu’à présent, ces derniers « n’ont pas engagé de poursuites, car les litiges sont coûteux et ont peu de chances de permettre de récupérer des sommes significatives auprès de l’État. Il n’y a aucune raison de penser que cela ait changé », estime Mike Azar.

Ces derniers mois, le Liban a vu défiler une série de délégations d’hommes d’affaires étrangers – particulièrement à l’occasion de la conférence Beirut One en novembre. Mais derrière les poignées de main et les grands discours sur l’investissement, beaucoup de ces visiteurs n’étaient pas là pour financer des projets. Leur regard était ailleurs. « En dehors de la diaspora libanaise et des entreprises déjà présentes au Liban, la présence d’investisseurs étrangers était très limitée. Il s’agissait en grande partie de gestionnaires de fonds intéressés par l’achat et la vente d’eurobonds libanais », observe Mike Azar, vice-président du cabinet de conseil Greengate LLC.« De nombreux détenteurs internationaux d’eurobonds issus de dizaines d’institutions mondiales ont visité Beyrouth durant la...
commentaires (2)

Les detenteurs d'Eurobonds doivent comprendre une fois pour toutes. Ils viennent apres les deposants dans l'ordre de ceux qui doivent assumer les pertes. Maos, bien sur, ils douvent passer avant les crapules bancaires.

Michel Trad

21 h 31, le 05 décembre 2025

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Commentaires (2)

  • Les detenteurs d'Eurobonds doivent comprendre une fois pour toutes. Ils viennent apres les deposants dans l'ordre de ceux qui doivent assumer les pertes. Maos, bien sur, ils douvent passer avant les crapules bancaires.

    Michel Trad

    21 h 31, le 05 décembre 2025

  • Qu’on arrête de donner de faux espoirs aux déposants ou aux détenteurs d’Eurobonds. Dans le meilleur des cas, on pourra récupérer 100.000$ sur une période 10 ans ou 50.000$ sur cinq ans si on déduit ce qui a été remboursé par la 158. Tout le reste s’est évaporé pour se retrouver dans les poches de tous les dirigeants des 30 dernières années et celles de leurs proches. Libanaises Libanais, comprenez bien qu’ils vous ont tout volé mais il semble que tout va bien puisqu’il y a dix fois plus de restaurants à Beyrouth qu’à Paris par rapport à leurs populations respectives

    Ras le bol

    14 h 49, le 05 décembre 2025

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