Plus de 3 000 scouts d'al-Mahdi mobilisés sur la route de la banlieue sud de Beyrouth pour saluer le pape. Ce n’est peut-être qu’un détail dans la visite de près de trois jours pleine de moments intenses de Léon XIV au Liban, mais il mérite d’être analysé, car il se produit à un moment particulièrement délicat de la vie du pays et de celle du Hezbollah.
C’est en tout cas la première fois dans les visites relativement récentes des papes au Liban (en 1997, celle de Jean-Paul II et en 2012, celle de Benoît XVI) que le Hezbollah prend une telle initiative et déploie ses jeunes scouts pour saluer le passage du convoi papal. Cette initiative a d’ailleurs été largement couverte par les médias, surtout occidentaux. C’est dire l’impact de cette mobilisation de jeunes chiites dans la mouvance du Hezbollah pour saluer le pape catholique. Mais quel message a voulu réellement adresser le parti par le biais de cette démarche ?
En principe, tout le monde est d’accord pour dire qu’à travers le nombre important de jeunes scouts déployés, il y avait une volonté de montrer que cette formation est encore forte et bénéficie d’une large popularité au sein de sa communauté. Mais certains, dans les milieux proches des adversaires du parti, comme les Forces libanaises, y ont vu un indice de faiblesse. Selon ces milieux, le Hezbollah n’étant pas en mesure de déployer ses combattants, il a eu recours aux jeunes scouts.
À ce stade, il est sans doute difficile de dire quelle thèse est plus crédible que l’autre, mais, en général, dans ce genre de polémique, la vérité se situe entre les deux. Publiquement, le Hezbollah affirme qu’il s’agissait d’une démarche mûrement réfléchie, destinée à montrer son attachement à la coexistence islamo-chrétienne qui, selon lui, est la principale caractéristique du Liban. Cela était d’ailleurs au cœur du message de Jean-Paul II lors de sa visite au Liban, et le Hezbollah, par l’intermédiaire de son secrétaire général de l’époque, Hassan Nasrallah, avait salué le principe de coexistence et en avait même fait son slogan aux côtés de la « résistance » contre Israël. Dans cette période particulière, où il tente de se remettre des coups reçus, le Hezbollah se raccroche à l’idée d’un « Liban-message de tolérance et de coexistence » pour montrer son intégration totale au sein du tissu social et communautaire libanais.
Il sent qu’il doit exprimer clairement son ouverture au moment où il est considéré par de nombreux États occidentaux comme une organisation terroriste, tout en étant contesté à l’intérieur libanais, pour avoir, selon ses détracteurs, entraîné le pays dans une guerre « terrible, destructrice et inutile ». Dans ce contexte difficile pour lui, le Hezbollah a donc voulu montrer qu’il est partie intégrante du tissu social libanais et qu’il est même pleinement acquis à la thèse de la tolérance et de l’ouverture. Il estime devoir faire tout ce qu’il peut pour que la communauté chiite, qui reste son principal atout, soit acceptée et intégrée aux autres composantes libanaises. C’est d’ailleurs ce souci, bien compris par les milieux proches des adversaires du Hezbollah, qui a poussé certaines figures à déclarer que le Hezbollah revient à l’unité interne après avoir perdu sa force militaire face à Israël. Maintenant qu’il est affaibli, ajoutent ces milieux, il se rabat sur l’intérieur libanais et se souvient que le Liban est un pays de coexistence, alors qu’il n’a cessé, pendant les années où il se vantait de son surplus de force, d’imposer sa volonté à l’intérieur.
Les milieux proches du Hezbollah démentent évidemment ces affirmations. Tout en exprimant le souci d’éviter les polémiques, ils estiment que le Hezbollah n’a fait que défendre le Liban, à un moment où « l’État n’assumait pas sa responsabilité dans ce domaine ». Mais il n’a jamais cessé de prôner la coexistence et l’ouverture et de se considérer comme une partie intégrante du tissu social libanais.



Oui, la communauté chiite est une partie intégrante du tissus libanais, on ne devrait pas avoir besoin de le répéter, c'est une évidence !
18 h 06, le 04 décembre 2025