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Politique - le pape au liban dossier special

Comment écrire enfin le (Liban-)message ?


Comment écrire enfin le (Liban-)message ?

La papamobile de Jean-Paul II se frayant un chemin parmi la foule lors de la visite du pape au Liban, en mai 1997. Photo Archives L’OLJ

Le pape Léon XIV est attendu dimanche 30 novembre au Liban pour une visite de trois jours. L’événement, majeur, survient à un moment pénible pour le pays du Cèdre, qui se trouve plus que jamais à la croisée de chemins totalement opposés… Et ne parvient toujours pas à décider lequel prendre. Une telle situation incite à se pencher une fois de plus sur la célèbre formule de Jean-Paul II au sujet du « Liban-message », histoire de voir si le cap qu’elle fixe peut encore être plus ou moins maintenu, ou si l’utopie est devenue complète.

« Le Liban est plus qu’un pays : c’est un message de liberté et un exemple de pluralisme pour l’Orient comme pour l’Occident », professait le pape polonais dans sa Lettre apostolique adressée « à tous les évêques de l’Église catholique sur la situation du Liban », en date du 7 septembre 1989. On connaît le contexte de l’époque : La guerre civile n’était pas encore finie et le général Michel Aoun, Premier ministre de transition en période de vacance de la présidence de la République, mais dont l’autorité ne s’étendait pas au-delà des régions tenues par les chrétiens, avait proclamé quelques mois plus tôt une « guerre de libération » contre l’occupant syrien. Un conflit qui poussait de très nombreux Libanais, surtout chrétiens, à fuir à l’étranger pour échapper aux pilonnages incessants de leurs régions par l’armée syrienne. « La disparition du Liban serait sans aucun doute l’un des grands remords du monde », ajoutait le Saint-Père dans sa lettre, n’hésitant pas à présenter ce pays comme pouvant être un exemple de cohabitation pluraliste entre communautés, que le monde devrait regarder comme un « modèle ». Jean-Paul II reviendra à la charge en 1997, année de sa visite au pays du Cèdre, à l’époque pacifié, mais sous tutelle syrienne. L’idée sera développée dans son Exhortation apostolique « Une espérance nouvelle pour le Liban », datée du 10 mai de cette année-là. Dans ce texte, il souligne que le Liban est un lieu où chrétiens et musulmans doivent « non pas s’ignorer, mais œuvrer ensemble au bien commun, pour bâtir une société fondée sur le respect mutuel, la coopération sincère et la liberté responsable ».

Une doctrine diplomatique

La formule de Jean-Paul II sur le Liban revêt plusieurs dimensions, spirituelle, politique, sociale, etc. Mais c’est avant tout une doctrine diplomatique que l’État du Vatican s’impose aujourd’hui encore concernant sa politique à l’égard du Liban, du Moyen-Orient et plus globalement du monde arabo-musulman. Elle repose sur le principe de la liberté et du pluralisme religieux et donc sur le refus de parrainer ou de soutenir un État exclusivement chrétien à l’intérieur de cet ensemble. Si le Liban est vu à Rome comme un « modèle », c’est qu’il est un modèle de vivre-ensemble, non d’homogénéité religieuse. Il n’est d’ailleurs pas certain que tous les chrétiens du Liban aient véritablement compris cette dimension-là, d’aucuns préférant sans doute ne voir dans la phrase du pape qu’une référence à un rôle prépondérant des chrétiens au pays du Cèdre, alors qu’il l’est nettement moins dans les autres États de la région. Certes, le Vatican est pleinement conscient de l’importance de préserver la place historique des chrétiens au Liban, mais il est tout aussi essentiel pour lui de défendre la pluralité de ce pays, car c’est elle qui fait de lui un « message ». En ce sens, il n’y a pas vraiment de place, dans les priorités du Saint-Siège, pour ceux qui, parmi les chrétiens du Liban, affirment entre eux qu’ils ne « peuvent pas vivre avec les autres »… Dès lors, comment ne pas voir une sorte de filiation politique et philosophique entre le « Liban-message » de Jean-Paul II et la théorie des « minorités associées » de Michel Chiha, père de la Constitution libanaise ? Évoluant tous deux aux antipodes des postures identitaires et du communautarisme étriqué, de plus en plus en vogue aujourd’hui y compris en Occident, ils voient l’un et l’autre dans l’interaction des groupes confessionnels ce quelque chose de positif que le Liban pourrait apporter à lui-même et aux autres.

Révisions et autocritiques

À condition bien sûr que l’on achève d’abord de la construire, cette interaction. Durant des décennies, jusqu’à la guerre civile de 1975-1990, les illusions désastreuses du nationalisme arabe d’un côté, le conservatisme peureux des partis chrétiens dominants de l’autre ont plutôt contribué à détricoter le fragile édifice libanais. Avec, en toile de fond, la question palestinienne qui a explosé au pays du Cèdre alors même qu’elle était maîtrisée, pour ne pas dire plus, partout ailleurs dans le monde arabe.Sur ce plan, les propos tenus récemment par Nawaf Salam sur sa jeunesse propalestinienne en disent long sur l’évolution des mentalités au sein de certaines composantes libanaises et donnent plus qu’une lueur d’espoir. Le Premier ministre y regrettait non pas la défense de la cause palestinienne en soi, mais le fait d’avoir fait prévaloir cette cause sur l’intérêt de son pays, le Liban. C’est avec de telles professions de foi qu’on parviendra à édifier peu à peu ce modèle de vivre-ensemble, d’ouverture, de respect de l’autre, de gouvernance intelligente aussi, caractéristiques formant le socle sur lequel doit reposer toute société plurielle. Le but n’est certainement pas d’y abolir les clivages politiques, et d’abord la gauche et la droite, toutes deux nécessaires à l’alternance démocratique tout comme l’hiver et l’été sont nécessaires à la vie. Mais il n’est pas interdit d’essayer d’en finir – et cela vaut pour ailleurs aussi – avec les myopies de gauche et les myopies de droite…Hélas, depuis la fin de la guerre civile, les exemples d’autocritique sont assez rares chez les principaux chefs politiques libanais. Walid Joumblatt s’y est livré à quelques reprises, sur le mode de l’autodérision. Quant au chef des Forces libanaises, il a souvent répété que « le Samir Geagea de la guerre est mort en prison » et a reconnu les abus de la milice. Mais c’est à peu près tout, si l’on excepte les efforts soutenus de Samy Gemayel pour moderniser le discours des Kataëb et, surtout, le haririsme qui, quoi qu’en pensent ses détracteurs, a donné à la communauté sunnite une dimension libaniste qu’elle n’avait jamais eue auparavant. D’autres ont fait le chemin inverse. À leur tête, l’ancien président Michel Aoun, passé du rôle de champion de la cause étatiste face aux milices communautaires de tous poils, dans les années quatre-vingt, à celui de chef-comptable de la république des « égoïsmes dissociés » (par opposition aux « minorités associées » de Michel Chiha) à partir de 2006. Au point de bloquer, par exemple, une promotion de gardes forestiers pour cause de surplus de musulmans par rapport aux chrétiens… C’était juste avant les terribles incendies du 15 octobre 2019, dont on est en droit de supposer que l’ampleur aurait été moindre s’il y avait eu davantage de gardes forestiers sur le terrain. Au soir de cette journée funeste, dont les événements seront sans doute l’un des détonateurs de la révolte qui allait éclater le surlendemain, un député proche de Michel Aoun – un médecin – jugeait bon de se demander pourquoi ce sont les régions chrétiennes qui brûlent et pas les autres (ce qui était, par ailleurs, faux) ! Gendre, disciple et successeur de Michel Aoun à la tête du CPL, Gebran Bassil a d’ores et déjà dépassé le maître en sa qualité de fédérateur des courants identitaires chrétiens. Émule de Viktor Orban, le dirigeant hongrois ami de Vladimir Poutine, il cogne fort sur les réfugiés et migrants syriens et prône, entre autres, une « décentralisation » fiscale dont la mise en place équivaudrait quasiment à la fin de l’État libanais, du fait des taux faramineux qu’il souhaite attribuer aux régions.

Une malédiction libanaise ?

Mais à côté de toutes ces relatives broutilles, le principal obstacle aujourd’hui à l’émergence du Liban-message est naturellement le Hezbollah, dont toutes les facettes : politique, philosophique, culturelle, économique, sociale et religieuse, sont une négation absolue de l’idée d’un Liban messager de tolérance, de respect, de modération, d’ouverture et, surtout, de paix. Certes, le « parti de Dieu » ne s’est jamais opposé à la liberté de culte. La tradition libanaise, et même levantine jusqu’à une certaine mesure, a historiquement été plutôt libérale sur ce point, y compris parfois dans des périodes de conflits. Mais c’est à peu près l’unique domaine dans lequel le Hezbollah présente une certaine ressemblance avec l’idée d’un Liban-message. Dans ce pays, prier selon son rite est considéré par tout le monde comme un acte presque aussi banal que celui de manger ou de boire. C’est au-delà que les problèmes commencent : il y a la question des armes, celle du verrouillage de la communauté chiite, l’allégeance assumée à la République islamique d’Iran, le récit pour le moins contestable de la « résistance » par rapport à l’engagement dans l’axe chiite régional et jusqu’à la conception même du conflit avec Israël. L’État hébreu est « un ennemi absolu », lançait il y a quelque temps un dignitaire religieux proche du Hezbollah, le cheikh Ahmad Kabalan. Jusqu’à nouvel ordre, ce sont les chats et les souris qui sont des « ennemis absolus », mais à l’échelle humaine, qu’est-ce que cette phrase peut-elle exprimer, par delà l’instrumentalisation politique du conflit, sinon un cri de haine et de fanatisme extrême, totalement incompatible avec une quelconque ouverture du Liban sur le monde. Si dans les années 40, 50 ou 60 du siècle dernier, quelqu’un avait dit à des Libanais que leur pays serait dépassé un demi-siècle plus tard par la majorité des États arabes en matière de culture de paix, notamment ceux qui ont déjà conclu des traités avec l’État hébreu, ils se seraient bien gaussés de lui. Aujourd’hui, sur la scène planétaire, dans les réunions, les conférences, les rencontres, le Liban supplie… Ou rase les murs ! Et cela indépendamment des actions d’Israël – qui font d’ailleurs mondialement l’objet de bien plus de critiques et de condamnations dès lors qu’il s’agit de Gaza et de la Palestine en général que du Liban.

La réforme

Comment un pays aussi bourré de talents – même s’ils se trouvent pour la plupart à l’extérieur – en est-il arrivé là ? Cette question mérite d’être méditée par les Libanais. Par tous les Libanais, y compris, ceux qui, minoritaires, soutiennent encore la milice pro-iranienne et ceux qui, sûrement plus nombreux, s’en remettent silencieusement à Israël pour « finir le sale boulot » en achevant le Hezbollah. Est-ce ainsi que le cèdre redressera la tête ? Faute d’une ambitieuse réforme politique, ce pays finira par disparaître, d’une façon ou d’une autre. Une réforme qui, sans nécessairement sortir de l’esprit de Taëf, prenne en compte les préoccupations de toutes les composantes, y compris chiite, et mette en place un système de gouvernance limitant raisonnablement les effets du clientélisme et donc de la corruption. Et, surtout une réforme qui dote le pays du Cèdre d’une diplomatie agressive et conquérante au service de la paix. Voilà une vocation digne du Liban de Jean-Paul II. Beaucoup de Libanais aspirent aujourd’hui à voir leur État devenir « normal ». Cela risque de ne pas être suffisant. Il sera un message pour les autres ou ne sera pas.

Le pape Léon XIV est attendu dimanche 30 novembre au Liban pour une visite de trois jours. L’événement, majeur, survient à un moment pénible pour le pays du Cèdre, qui se trouve plus que jamais à la croisée de chemins totalement opposés… Et ne parvient toujours pas à décider lequel prendre. Une telle situation incite à se pencher une fois de plus sur la célèbre formule de Jean-Paul II au sujet du « Liban-message », histoire de voir si le cap qu’elle fixe peut encore être plus ou moins maintenu, ou si l’utopie est devenue complète.« Le Liban est plus qu’un pays : c’est un message de liberté et un exemple de pluralisme pour l’Orient comme pour l’Occident », professait le pape polonais dans sa Lettre apostolique adressée « à tous les évêques de l’Église catholique sur la situation du Liban », en...
commentaires (8)

C’est Comme écrire au Père Noël .. Encore faut il y croire !

Noha Baz

20 h 22, le 30 novembre 2025

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Commentaires (8)

  • C’est Comme écrire au Père Noël .. Encore faut il y croire !

    Noha Baz

    20 h 22, le 30 novembre 2025

  • C’est édifiant de voir que certains ont encore foi en cette milice qui leur a prouvé à maintes reprises qu’elle est là uniquement pour détruire le pays et ses citoyens pour sauver ceux qui la financent, pour ce fait, en prétextant défendre une cause fallacieuse. Tout défendre sauf la souveraineté et l’indépendance de son pays. Il vaut mieux parler de tous ceux qui ont des crimes et n’ont jamais fait de prison plutôt que reprocher à Geagea d’avoir payé sa dette pour les erreurs qu’il avait commises. Non? Les criminels en liberté ne seront plus et n’auront pas le luxe de pourrir en prison. Ils

    Sissi zayyat

    11 h 54, le 30 novembre 2025

  • Quel plaisir de lire vos rappels à l'occasion de la visite du pape Léon, dans un contexte de reprise de la guerre, qui dure depuis une soixantaine d’années. Je vous cite : ""…le Samir Geagea de la guerre est mort en prison"". Si le passé de Samir est mort, et pas encore enterré, on ne voit même pas la tombe ! c'est qu'il s'agit d'un cadavre vivant qui s'exprime, et que tout rappel de son passé, même à sa demande, une simple révision de ses procès, lui fait courir le risque de retourner où, je vous laisse deviner. Votre boussole pointe toujours "le chef politique le plus puissant du Liban", sic

    nabil

    23 h 22, le 29 novembre 2025

  • LA SEULE SOLUTION POUR LE LIBAN EST UNE PAIX DEFINITIVE AVEC ISRAEL PLUS DE GUERRES PLUS DE PALESTINIENS ARMES OU MEME DE LIBANAIS ARMES HORS DE L'ARMEE LIBANAISE. L;EGYPTE ET TANT D'AUTRES PAYS ARABES L'ONT FAIT .IL EST TEMPS POUR LE LIBAN DE PRENDRE CETTE VOIE QUI GARANTIRA UNE SECURITE PARFAITE ET UN ESSORT ECONOMIQUE EXTRAORDINAIRE AVEC PROBABLEMENT LE RETOUR DE BEAUCOUP D'IMMIGRES LIBANAIS. POURQUOI S'OBSTINER A NE PAS SUIVRE LA VOIE QUE PLUSIEURS PAYS ARABES ONT DEJA SUIVIE? POUR LE BIEN DU LIBAN C'EST LA SEULE VOIE POSSIBLE POUR SORTIR DE LA SITUATION ACTUELLE DESASTREUSE QUE L'IRAN

    LA VERITE

    15 h 39, le 29 novembre 2025

  • Croire au « Liban message” ces deux mots ronflants et emphatiques, c’est comme croire au père Noël.

    Hitti arlette

    14 h 28, le 29 novembre 2025

  • Faut arrêter cette FARCE !! Liban pays message… liban PAYS LABORATOIRE et de rencontres des cultures !!! FINI la farce… Les résultats du labo ont donné des résultats ?? Depuis le temps qu’on nous endort avec cette farce! Depuis le temps que nous, nos parents, nos arrières grands-parents subissons des guerres, des massacres et destructions.. KHALASS !! Un peu de jugeote et FEDEREZ ce pays. OFFICIELLEMENT. Il restera UNI mais au moins, CHACUN VIVRA OÙ IL SE SENTIRA BIEN et partagera les mêmes affinités. Si certains veulent guerroyer ? Avec LEUR FRIC, ils reconstruiront avec LEUR argent. KHALASS

    LE FRANCOPHONE

    13 h 09, le 29 novembre 2025

  • Après chacune des guerres déclenchées par les libanais contre leurs compatriotes pour défendre d’autres causes que celle de leur pays, par fanatisme ou par cupidité de voir le pays dominé par leur seule communauté, les chrétiens étaient les seuls à faire de concessions politiques pour arriver à pacifier le pays. Ceci dit, je retiens un paragraphe de cet article objectif. Il faut mettre en place un système de gouvernance limitant raisonnablement les effets du clientélisme et donc de la corruption. Et, surtout une réforme qui dote le pays du Cèdre d’une diplomatie agressive et conquérante, etc…

    Sissi zayyat

    11 h 26, le 29 novembre 2025

  • La BLAGUE a trop duree ! Lorsque les uns s,attribuent faussement le nom de CROYANTS et considerent tous les autres ses MECREANTS... Quel message envoie-t-on au monde si ce n,est celui de L,INTOLERANCE ? Vivre ensemble ? Des ennemis peuvent le faire et a chaque petite difference il faut des CONSENSUS cad des partages jusqu,a l,autre petite difference. Nous le SAVONS. Nous le VIVONS depuis que d,autres ont decide de constituer de nos NEGATIONS... UNE NATION ! Continuer ainsi ? C,est du SUICIDE. SE PARTAGER ?QUOI SE PARTAGER ? LE DILEMME est ENORME !

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    00 h 55, le 29 novembre 2025

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