La lauréate Emilia d’Albero pendant le concours. Photo tirée de son compte instagram emdalbero
« Comment voulez-vous gouverner un pays où il existe 246 variétés de fromage ! » avait clamé le général De Gaulle. En réalité, on en dénombre aujourd’hui 365 genres, autant que les jours de l’année et tous familiers aux papilles de l’Hexagone. Une exception française est cependant arrachée aujourd’hui par le pays de l’Oncle Sam. Une de ses citoyennes, Émilia d’Albero, 31 ans, vient de remporter haut la main le championnat mondial de la Meilleure Fromagère 2025, qui s’est récemment déroulé dans la ville française de Tours. Ils étaient 18 candidats et candidates venus de 14 pays à briguer ce titre étalé sur deux journées de compétitions, d’échanges, de découvertes et de valorisation du savoir-faire. La médaille d'argent a été décernée au Français Matthieu Thuillier, et la médaille de bronze à une autre Américaine, Courtney Johnson.
Contactée chez elle en Philadelphie, la lauréate, Émilia d’Alberto a bien voulu partager avec l’Orient-Le Jour ses impressions en tant qu’Américaine ayant participé à cette expérience très française. « C'est certainement une victoire pour toute l'industrie fromagère américaine. Mais, plus encore, c'est une victoire pour toutes les femmes et les fromages du monde entier. Les Américains ont toujours été les parents pauvres de la communauté fromagère internationale. Notre pays est relativement jeune comparé à d'autres et, malgré la présence de nombreux fromagers exceptionnels dans tous nos États, cette culture n'est certainement pas aussi développée que celle d'un pays comme la France, a-t-elle précisé. On pense aussi que les Américains ne connaissent ni le bon fromage ni la bonne cuisine en général. Ce fut donc un honneur pour moi de prouver au monde entier que les fromagers américains sont talentueux, compétents et créatifs ! ».
Dégustation à l’aveugle, épreuve de découpe et créativité
Pour preuve, Emilia a remporté avec brio les neufs épreuves (théoriques, pratiques et artistiques) du concours de Tours destinées à nommer le meilleur fromager, la meilleure fromagère de l’année : Dégustation à l’aveugle de 4 fromages AOP, épreuve de découpe, épreuve orale avec présentation, découpe d’un fromage coup de cœur, réalisation d’une assiette avec 5 fromages et présentation de 6 assiettes mettant en avant un fromage et l’associant avec un autre ingrédient ou un mélange d’ingrédients. Les candidats devaient également composer un plateau de fromages d’un mètre par un mètre sur un thème donné et créer une découpe artistique d’un fromage.
Son Parmigiano dans tous ses états
De descendance italienne et nantie d’un baccalauréat en études italiennes, Emilia -prénom de sa grand-mère- raconte : « Une grande partie de mon travail au Mondial a été inspirée par mon héritage italien et ma connaissance de la cuisine italienne ! J'ai présenté un Parmigiano Reggiano vieilli pour ma présentation orale. Ma combinaison de saveurs consistait en une tasse frico (spécialité à base de fromages) au poivre noir et au Parmigiano contenant un pollen de fenouil et du Parmigiano sformato. L’ensemble garni de confiture balsamique aux fraises et de fleurs de fenouil fraîches. J'ai même créé une crème fouettée au mascarpone infusée au Stilton bleu pour ma transformation de plat froid : C’est une version du tiramisu que j'ai baptisée Tirami-blue ».
La phase du concours qui lui a posé un grand défi a été, comme elle nous l’a souligné, le traitement du thème « Nuances chromatiques » et l’élaboration du grand plateau d’un mètre par un mètre. « Dans cet exercice, travailler le fromage relevait plus du geste d‘un peintre et d’un sculpteur. Pour moi, c’était un défi physique et mental que de créer une présentation qui corresponde à ce thème en y incorporant des découpes de fromages de petites et de grandes dimensions, qu’il fallait ensuite assembler en une vision donnée. Le tout dans le délai imparti d’environ 2 heures. Ma version était un kaléidoscope, reflétant une abondance de motifs confectionnés avec différents fromages. Puis, j’ai joué sur une association des couleurs primaires et secondaires pour reproduire esthétiquement le reflet du design comme à travers des miroirs colorés ».
Fromagère, caséologue et tyrophile
Emilia d’Albero s’est lancée avec passion dans l’exploration totale de la science du fromage : On la retrouve aujourd’hui caséologue, à l’instar de ce qu’est l’œnologue au vin et membre du clan des tyrophiles, ces passionnés de fromage. Chez elle c’est un goût inné. Elle confie que même enfant, elle était gourmande de fromage : « Je demandais toujours à mes parents d’en rapporter un bon morceau de l'épicerie pour le goûter ! En grandissant et en voyageant, notamment en Italie, je me suis informée auprès des restaurateurs des villes visitées sur leur fromage local pour le tester. Après mes études, j'ai fait un stage chez Eataly Flatiron à New York, où j'ai aidé à gérer leur école de cuisine. Et, j’ai passé de nombreuses soirées à écouter les fromagers d'Eataly raconter l'histoire de leurs fromages préférés et à animer différentes dégustations thématiques, et j'en suis tombé amoureuse. Au bout de deux ans, j'ai quitté le siège social pour travailler au rayon fromages, ce qui m'a finalement conduit, huit ans plus tard à la tribune du Mondial du Fromage ».
Un talent à plusieurs facettes qui vient d’en faire la Meilleure fromagère du monde 2025. Devant les juges de ce concours, elle avait déclaré : « Le Parmigiano Reggiano est le fromage qui m'a appris que ce produit peut être une expérience totale, plutôt qu'un simple ingrédient ».
Depuis son retour au bercail, Emilia d’Albero est constamment sollicitée pour des causeries sur sa french performance fromagère.



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