Des soldats libanais sécurisent le site d’une frappe aérienne israélienne qui a visé un bâtiment dans le village de Deir Kifa, au Liban-Sud, le 19 novembre 2025. Photo Mahmoud ZAYYAT / AFP
L’armée israélienne a commencé à adresser une série d’avertissements aux habitants du Liban-Sud mercredi vers 14 h. Les premiers appels ont concerné des résidents de Deir Kifa et de Chhour, dans le caza de Tyr, les enjoignant à évacuer les lieux avant que les frappes ne soient menées. Peu après, des avertissements similaires ont été lancés aux habitants de Tayr Felsay (localité voisine de Chhour, dans le même caza) et de Aïnata (caza de Bint Jbeil). À chaque fois, le porte-parole arabophone de l’armée israélienne, Avichay Adraee, affirmait que les attaques visaient « des infrastructures militaires du Hezbollah ».
Après les frappes, l’armée israélienne a affirmé avoir « détruit plusieurs entrepôts d’armes appartenant à l'unité de missiles du Hezbollah », assurant avoir « pris les mesures nécessaires pour éviter de blesser la population ». « Ces entrepôts étaient situés au cœur de zones civiles, ce qui constitue un exemple supplémentaire de l'utilisation de la population comme bouclier humain par le Hezbollah », a souligné sur X le porte-parole arabophone de l’armée israélienne, qui rappelle que « la présence d’entrepôts d’armes constitue une violation des accords entre Israël et le Liban ».
Ces frappes sont survenues quelques heures après une frappe israélienne à l’aube à Tiri, dans le caza de Bint Jbeil, qui a tué un employé municipal, présenté par Israël comme un membre du Hezbollah, alors qu’il se trouvait dans sa voiture. L’attaque a également blessé onze personnes, dont des étudiants dans un autobus, selon le correspondant local Mountasser Abdallah et le bilan du ministère de la Santé.
« Mes mains sont liées »
À Chhour, après l'avertissement de l'armée israélienne, un habitant a confié à notre correspondant que « les menaces sont généralement sérieuses ». « Nous avons des enfants, nous devons partir vers un endroit plus sûr, et nous reviendrons quand tout sera terminé. Je prie Dieu pour qu’il n’y ait pas de victimes si l’ennemi met sa menace à exécution », dit-il. « Mes mains sont liées », a confié à L’Orient-Le Jour Aya Zein, étudiante à l’Université américaine de Beyrouth (AUB) et originaire de Chhour. Ses parents, son jeune frère et leur chien se trouvaient dans leur maison au moment des avertissements. « Ils sont à quelques rues du bâtiment visé, mais vous ne pouvez pas imaginer ce que je traverse. Ils ne peuvent pas partir, et je ne peux pas aller les rejoindre ».
À Deir Kifa et Chhour, des élèves ont été évacués de leurs écoles alors qu’ils entamaient leur dernière heure de cours, et des familles vivant à proximité des sites menacés ont dû quitter leurs maisons. La Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) a déclenché les sirènes d’alerte, demandant à ses Casques bleus de rester dans des lieux protégés.
Un peu plus d’une heure après les premiers avertissements, les frappes sur Chhour et Deir Kifa ont été menées, selon l’armée israélienne, contre « des infrastructures terroristes du Hezbollah ». Peu après, un second avertissement a été adressé aux habitants de Tayr Felsay et de Aïnata, avant que des frappes ne soient menées. Selon les informations de notre correspondant, à Tayr Felsay, la maison de trois étages de l’ancien président du Conseil municipal Hussein Chalhoub, a été totalement détruite et plusieurs habitations voisines ont subi des dégâts.
Si ces appels à évacuer étaient fréquents durant la guerre entre le Hezbollah et Israël (d’octobre 2023 à novembre 2024), ils se sont raréfiés depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu. Le dernier remonte au 6 novembre 2025, lorsque l’armée israélienne avait adressé au moins cinq avertissements aux habitants de Kfar Dounine (Bint Jbeil), Aïta el-Jabal (Bint Jbeil), Tayr Debba (Tyr), Taybé (Marjeyoun) et Zaoutar el-Charkiyé (Nabatiyé) avant de bombarder ces localités. Depuis la trêve, l’armée israélienne continue toutefois de frapper le Liban-Sud presque chaque jour, souvent sans avertissement préalable.
Appels anonymes
À Tyr, un immeuble situé sur la place Abou Dib ainsi qu’un bâtiment adjacent ont été évacués par précaution, après des appels téléphoniques demandant aux résidents de quitter les lieux, rapporte notre correspondant. Les forces de sécurité vérifient l’authenticité de ces appels. La municipalité de Majdel Zoun (caza de Tyr) a par ailleurs appelé ses habitants à la prudence, après des appels anonymes se présentant comme émanant de l’armée israélienne. « Des appels provenant d’un numéro étranger ont été reçus par l’épouse de Khalil Hamid Salman (Abou Mahdi). Un homme, prétendant appartenir à l’armée de défense (israélienne), a exigé l’évacuation immédiate de la maison », a indiqué la municipalité, qui dit suivre l’affaire avec les autorités concernées et appelle les habitants à éviter la zone visée jusqu’à confirmation de la menace. Des habitants du camp palestinien de Sabra et du quartier de Tarik Jdidé, à Beyrouth, ont eux aussi reçu de tels appels, certains portant l’indicatif +234 du Nigéria.

Un mort et onze blessés à Tiri
Vers 7h du matin, un drone de l’armée israélienne a ciblé, sans avertissement, la voiture de Bilal Mohammad Cheaïto, à Tiri, dans le caza de Bint Jbeil, au moyen de deux missiles, rapporte notre correspondant. Un bus transportant des étudiants, qui passait à proximité au moment de l’attaque, a été gravement endommagé et plusieurs jeunes ont été blessés.
La municipalité de Tiri a annoncé que c'est son trésorier, Bilal Mohammad Cheaïto, qui avait été tué dans la frappe israélienne sur une voiture dans la localité, dénonçant une frappe qui témoigne une nouvelle fois de « l'hostilité d'Israël envers tous les services publics œuvrant à assurer les besoins essentiels des citoyens dans nos villages touchés par la guerre ». De son côté, l’armée israélienne a affirmé avoir tué un membre du Hezbollah, estimant que « le militant visé était impliqué dans des tentatives de remise en état de préparation du Hezbollah dans la région, en violation des accords entre Israël et le Liban ». La municipalité de Tiri a aussi appelé l’État et en particulier le ministère de l’Intérieur et des Municipalités « directement concerné par la mort de deux fonctionnaires dans ses municipalités et fédérations de municipalités en moins de 24 heures » à « assumer leurs responsabilités nationales et agir rapidement » face aux attaques israéliennes. La veille, un employé de la fédération des municipalités de Bint Jbeil avait été tué également dans un raid israélien ciblé sur son véhicule.
Berry réclame une séance du Conseil de sécurité
Le président de la Chambre, Nabih Berry, a dénoncé l’attaque israélienne qui a touché le village de Tiri, déclarant : « Une fois encore, l’ennemi israélien reproduit les mêmes exactions en visant des civils, des enfants et des élèves, agissant comme s’il était au-dessus de toute responsabilité et de toute justice ». Il a regretté que le Liban, « engagé envers la résolution 1701 et le cessez-le-feu de novembre 2024, soit aujourd’hui la cible de critiques », appelant à la poursuite des plaintes au Conseil de sécurité, qui « doit convoquer une séance urgente pour réaffirmer les droits du Liban et condamner les violations israéliennes, qu’il s’agisse du ciblage de civils ou de l’annexion de terres ».
L’Université islamique du Liban, basée à Khaldé et où sont inscrits les étudiants blessés dans le bus, a également dénoncé une « atteinte flagrante à la sécurité et à la souveraineté du Liban ». « Mettre en danger les étudiants et leurs institutions éducatives constitue une violation flagrante des normes humanitaires les plus élémentaires et du droit international », a-t-elle affirmé.
Israël accuse le Hezbollah de se reconstruire à Beit Lif
Parallèlement à la frappe de Tiri, l’armée israélienne a tiré trois obus d’artillerie en direction de la zone boisée de Yaroun (caza de Bint Jbeil). Un drone a largué deux bombes sonores sur Blida (Marjeyoun), tandis qu’un autre a fait exploser une bombe au-dessus de Adaïssé (Marjeyoun). Dans la journée, des drones israéliens ont également survolé Saïda, les camps palestiniens et les localités entre Zahrani et Adloun.
L'armée israélienne a par ailleurs revendiqué mercredi matin les deux frappes ciblées menées la veille sur le Liban-Sud, à Blida et Bint Jbeil, disant avoir éliminé des membres du Hezbollah. Selon l'armée, l'employé tué à Bint Jbeil était « un terroriste qui participait à des activités de reconstruction au profit » du Hezbollah. À Blida, c'est un « terroriste qui avait été observé en train de recueillir des renseignements » sur les forces israéliennes qui a été tué, selon le même communiqué.Ces attaques interviennent alors qu'Israël a bombardé mardi soir le camp de réfugiés palestiniens de Aïn el-Héloué, faisait au moins 14 morts « principalement des jeunes gens », selon des sources médicales dans les hôpitaux de Saïda, au Liban-Sud.
En soirée mercredi, Avichay Adraee a accusé sur son compte X le Hezbollah « d’œuvrer pour restaurer ses capacités dans le village de Beit Lif, au Liban-Sud, en violation flagrante des accords entre Israël et le Liban ». Selon lui, l’armée israélienne a repéré « des dizaines d’infrastructures terroristes dans le village, y compris des quartiers généraux et des dépôts d’armes appartenant au Hezbollah, placés à l’intérieur de maisons civiles et à proximité de bâtiments et d’installations civiles ». Il précise que cela n’est « qu’un exemple parmi d’autres tentatives » du Hezbollah « visant à restaurer ses installations à travers le Liban, notamment dans les zones rurales », accusant le parti chiite de « mettre en danger les villages et leurs habitants ».
Le porte-parole indique également que des rapports sur certaines cibles dans le village ont été transmis ces derniers mois via le mécanisme chargé de la mise en place du cessez-le-feu, « mais ils n’ont pas été traités ». Il conclut en affirmant que l’armée israélienne « continuera de surveiller ces violations et d’agir pour éliminer toute menace et protéger l’État d’Israël ».




On ne peut pas sauver quelqu’un malgré sa volonté de mourir. Il se trouve que notre état a décidé pour nous et qu’il en a rien à cirer de ce que notre opinion. Ils ont toujours été les seuls maîtres de notre sort à cause de notre silence qu’ils ont réussi à nous imposer avec toutes les privations et les conséquences des guerres menées sur notre sol afin de nous achever pour sauver les usurpateurs de notre pays. C’est la stricte vérité.
13 h 13, le 20 novembre 2025