L’enseigne de l’agence de notation Moody’s. Photo d’archives AFP
L'agence de notation Moody’s maintient la note souveraine du Liban à C avec perspective stable, inchangée depuis décembre 2023. Le plafond de notation en monnaie locale (incluant notamment les bons du Trésor) reste à Ca, un cran au-dessus de la note souveraine. Dans une action de notation publiée mardi soir, l’agence estime toujours que les pertes pour les détenteurs d’eurobonds — obligations en dollars émises par le Liban et sur lesquelles le pays a fait défaut en mars 2020 — devraient dépasser 65 %, tout en mettant en balance la dynamique de réforme engagée par le gouvernement et les risques géopolitiques persistants.
« La perspective stable indique qu’il est peu probable que la notation du Liban évolue avant l’achèvement de la restructuration de la dette, compte tenu de l’ampleur des défis macroéconomiques, financiers et sociaux, ainsi que de nos prévisions de pertes importantes par rapport à l’engagement initial », a précisé Moody's.
L'agence de notation américaine, membre du trio dominant le marché mondial, n’a donc pas — pour l’instant du moins — voulu suivre l’élan de sa concurrente Standard & Poor's Ratings, qui a décidé en août de relever partiellement la note du pays pour la première fois depuis le début de la crise ayant mis le système financier à terre fin 2019.
S&P avait alors pris en compte la reprise en 2024 par le gouvernement libanais du paiement des coupons sur ses bons du Trésor, suspendus depuis 2021, faisant passer leur note de « CC » à « CCC » avec perspective stable, tandis que celle des eurobonds restait bloquée à « SD » (défaut sélectif). Le pays avait fait défaut sur ses plus de 30 milliards de dollars de titres (valeur nominale mars 2020), lançant une série de négociations avec le Fonds monétaire international (FMI) qui n’ont toujours pas abouti.
Longtemps bloqués autour de 7 cents, les eurobonds ont repris des couleurs à partir de l’automne 2024, après la guerre entre le Hezbollah et Israël, dont le parti chiite est ressorti affaibli. Ils ont enregistré un nouveau sursaut avec l’élection de Joseph Aoun à la présidence et la formation du gouvernement de Nawaf Salam, qui a placé les réformes au cœur de son programme.
« Le marché des eurobonds (échangés uniquement entre détenteurs Ndlr) connaît un regain d’intérêt des investisseurs institutionnels, pariant sur les réformes et leur impact sur la restructuration de la dette », explique Marwan Barakat, chef du département de recherche de Bank Audi. Les prix sont remontés à 24 cents, le plus haut niveau depuis le défaut du 9 mars 2020, et ont presque quadruplé sur un an.
M. Barakat ajoute qu’un important nombre d’investisseurs étrangers visitent actuellement le Liban, accueillis par des délégations des banques d’investissement Morgan Stanley, Goldman Sachs et Jefferies, à l’occasion de la conférence Beirut One organisée par le ministre de l'Économie Amer Bsat les 18 et 19 novembre. Le président Aoun a rencontré, en marge de l'événement, les représentants de Jefferies pour une réunion à Baabda.
L'agence Fitch, elle, a arrêté de noter le Liban en juillet 2024, faute d’accès à des informations fiables, mais a confirmé sa note de défaut partiel ou restreint (RD) appliquée depuis 2020.


