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Politique - Conflit

Liban–Israël : un cessez-le-feu en sursis, l’État sommé de reprendre le contrôle exclusif des armes

Le dernier rapport du secrétaire général de l’ONU sur l’application de la résolution 1701, qui sera présenté le 20 novembre, dresse « un tableau alarmant » au Liban-Sud.

Liban–Israël : un cessez-le-feu en sursis, l’État sommé de reprendre le contrôle exclusif des armes

Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres. Photo d'archives/AFP

La 1701 vacille : Israël maintient ses positions, le Hezbollah ses armes. À un an du retrait annoncé de la Finul, le dernier rapport du secrétaire général de l’ONU sur l’application de la résolution du Conseil de sécurité (2006) dresse « un tableau alarmant d’un Liban-Sud au seuil d’une reconfiguration stratégique majeure ».

Dès les premières lignes, Antonio Guterres avertit que près de 20 ans après l’adoption de la résolution, le sud du Liban demeure « une zone grise entre guerre et paix », où la situation est restée fragile » et où « les violations persistent quotidiennement ». Le rapport qui sera présenté le 20 novembre au Conseil de sécurité par Jean-Pierre Lacroix, secrétaire général adjoint aux opérations de paix, et Jeanine Hennis-Plasschaert, coordonnatrice spéciale des Nations unies pour le Liban, « fournit une évaluation complète de la mise en œuvre de la résolution 1701 (…) et met en lumière les progrès continus ainsi que les domaines de préoccupation persistants », tout en rappelant que « la situation est demeurée fragile » malgré les engagements réaffirmés des parties.

Israël : maintien de positions au nord de la ligne bleue et frappes récurrentes

Sur le terrain, le constat du secrétaire général est sans ambiguïté : « Aucun progrès n’a été enregistré concernant le retrait des Forces de défense israéliennes du territoire libanais », en dépit de l’accord de cessation des hostilités et de la résolution 2790 (2025). Il note que les Israéliens « maintiennent cinq positions militaires et deux zones tampons au nord de la ligne bleue », en violation directe avec la résolution 1701. Le rapport précise que les forces israéliennes ont été observées « tirant à partir de ces positions à de nombreuses reprises » et menant des travaux militaires au-delà de la ligne bleue. Le chef de l’ONU souligne une violation majeure : « La Finul a confirmé que le mur en T construit près de Yaroun franchit la ligne bleue vers le nord et couvre environ 4 100 m² de territoire libanais. » Il demande à Israël de « relocaliser cet ouvrage sans délai » et appelle les deux parties à « respecter strictement les délimitations de la ligne bleue ».

Violations aériennes : un ciel confisqué

La pression aérienne israélienne est décrite comme « massive, systématique et incompatible avec la résolution 1701 ». Le rapport comptabilise 3 027 violations aériennes ; 3 644 heures de survol cumulé ; 96 % par drones, le reste par avions de chasse ou hélicoptères. Le secrétaire général estime que ces opérations aériennes « créent une atmosphère de tension permanente » et « portent atteinte à la souveraineté du Liban ».

Sur le plan humain, il souligne qu'« au moins 109 civils, dont 21 femmes et 16 enfants, ont été tués au Liban » depuis la cessation des hostilités, ajoutant que « l’absence de victimes civiles en Israël durant la même période souligne une asymétrie préoccupante ». 

Antonio Guterres se dit « profondément préoccupé » par les frappes répétées et appelle Israël à « cesser immédiatement toutes les violations de l’espace aérien libanais ».

L’État libanais engage le monopole des armes : un tournant historique

Si le rapport dénonce les violations israéliennes, il insiste tout autant sur un développement majeur côté libanais : la décision d’engager l’État dans la voie du contrôle exclusif des armes. Le secrétaire général souligne « la décision du gouvernement libanais de charger les forces armées libanaises d’élaborer un plan visant à établir le contrôle exclusif de l’État sur les armes » – une première depuis 2006. Il qualifie cette orientation de « pas significatif vers la restauration de l’autorité souveraine de l’État ». Le secrétaire général note que « les forces armées libanaises ont présenté un plan structuré, assorti d’étapes successives visant à étendre l’autorité de l’État exclusivement par ses propres forces ».

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Lorsque l'armée libanaise a informé la Finul du démarrage de la première phase, les Nations unies ont mis sur pied une Force spéciale de contrôle des armes. Le chef de l’ONU rapporte que les résultats ont été « concrets et rapides » : 117 cas d’armes non autorisées identifiés, 75 dépôts découverts, 96 % des caches retirées par l'armée libanaise. Il note également que « l'armée libanaise a fait preuve d’une détermination remarquable » dans le retrait de près de 10 000 roquettes, 400 missiles et plus de 205 000 fragments de munitions non explosées. Le secrétaire général affirme :« La décision historique du Liban d’adopter ce plan représente une étape fondamentale vers l’autorité pleine et entière de l’État libanais. »

Le rapport documente aussi la résistance du tandem Hezbollah-Amal à cette dynamique. Le secrétaire général note que « plusieurs membres du gouvernement se sont retirés de séances du Conseil des ministres » (consacrées au monopole des armes) et que « des manifestations et cortèges ont été observés dans plusieurs régions ». Le Hezbollah considère la décision gouvernementale « comme si elle n’existait pas » et la qualifie de « violation du pacte national ». 

Finul : maintenir la stabilité tout en préparant le retrait

La Finul compte près de 10 000 militaires et prépare un retrait ordonné d’ici à fin 2026. Elle a mené plus de 13 000 patrouilles, 194 vols de reconnaissance, 2 678 inspections navales, mais a fait face à 97 incidents de restrictions de mouvement, trois attaques directes, plusieurs Casques bleus blessés. Le secrétaire général appelle dans ce cadre le Liban à « assurer pleinement la sécurité et la liberté de mouvement de la mission onusienne ».

Le secrétaire général conclut que le Liban-Sud fait face à « une équation complexe et instable » : un cessez-le-feu « violé quotidiennement », une armée appelée à assumer un contrôle exclusif des armes, une Finul sommée de réussir à la fois sa mission et son retrait, des puissances régionales toujours présentes. Il exhorte la communauté internationale à « soutenir durablement les forces armées libanaises, clé de la souveraineté et de la stabilité du Liban ».

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commentaires (5)

Quand le conseil de sécurité, une des plus grandes instances des droits de l’homme n’est pas respecté, et ses résolutions sont dénigrées, il lui serait plus honorable de mettre la clé sous la porte.

Hitti arlette

14 h 52, le 17 novembre 2025

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Commentaires (5)

  • Quand le conseil de sécurité, une des plus grandes instances des droits de l’homme n’est pas respecté, et ses résolutions sont dénigrées, il lui serait plus honorable de mettre la clé sous la porte.

    Hitti arlette

    14 h 52, le 17 novembre 2025

  • Quel scoop! Il vient nous raconter ce que l’on sait déjà et nous prodigue des conseils alors que la FINUL est présente dans notre pays depuis des décennies à compter les coups reçus et observer les développements de cette milice vendue sans jamais oser ni rapporter les faits ni y remédier. C’est à se demander quel est son rôle sur nos frontières. Nous servons de bouc émissaire à tous ces incapables qui exigent de nous d’accomplir les tâches qui leur revenaient, sans moyens ni hommes faute de moyens, d’armement et d’aides, reçues au compte-gouttes. C’est logique ça ?

    Sissi zayyat

    11 h 21, le 17 novembre 2025

  • FINUL= Force Inutile des Nations Unies au Liban!!! La Résolution 1701 date de 2006, et on continue à nous chanter la litanie Sud du Litani - Nord du Litani(excusez le jeu de mots!)...Allons donc, Falej la T3alej, je l'ai dit et je continuerai à le dire....

    Georges MELKI

    11 h 09, le 17 novembre 2025

  • HAHAHAHA !!!!!! "" un tableau alarmant "" Ben dis donc mssrs de l'ONU et mr votre chef , il vous a fallu de temps pour le constater et surtout pour le DEVOILER : 2006-2025- 20 ans presque que la milice iranienne branche libanaise se prelasse sous vos yeux, nez et barbes, 20 ans qu'elle batit des forteresses sur & sous terre ..... Oufffffff ! qd meme merci pour ce rapport tant attendu.

    L’acidulé

    10 h 04, le 17 novembre 2025

  • Cet ONU et son secrétaire général sont vraiment inutiles. Leurs rapports encore plus.

    Achkar Carlos

    07 h 06, le 17 novembre 2025

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