Le cheikh Akl druze, Sami Abi el-Mona. Photo ANI
Des « propos dangereux ». Voilà l’une des réactions aux déclarations controversées tenues la semaine dernière par le cheikh Akl druze, Sami Abi el-Mona, dans lesquelles il affirme que la violence domestique pourrait avoir un impact « positif » dans certains cas.
Lors d’une conférence consacrée aux tribunaux des affaires familiales dans le monde arabe, qui s’est tenue sur le campus de l’ESA à Beyrouth, en présence de religieux chrétiens et musulmans, le cheikh Abi el-Mona, qui représente la plus haute autorité religieuse de la communauté druze au Liban, a abordé divers sujets, notamment celui de la violence domestique. « En général, on parle de la violence domestique uniquement du point de vue de la violence physique et morale, qui, dans certains cas, pourrait être positive parfois », a lancé le dignitaire, citant ensuite un verset du Coran pour étayer ses propos. Il a par ailleurs abordé la question de l’égalité au sein du couple, se demandant si « la logique et le devoir familial n’exigent pas d’être attentifs aux dangers d’une liberté absolue, ce qui nécessite d’établir un équilibre entre la mission de maternité et la vie professionnelle » de la femme. « Jusqu’où peuvent aller les revendications des femmes en matière de droits et d’égalité dans le domaine du travail ou de la politique, ainsi qu’en matière d’égalité des droits et des devoirs entre les sexes ? » a-t-il demandé.
« Mainmise des autorités religieuses sur la société »
Des prises de position qui ont vite suscité des réactions indignées sur les réseaux sociaux ces derniers jours. Contactée mardi par L’Orient-Le Jour, la journaliste Diana Moukalled, qui a été l’une des premières figures médiatiques à dénoncer en ligne les déclarations du religieux, évoque des « propos dangereux ». « L’ambiance générale au Liban est celle d’un recul au niveau des droits, un rejet des associations féministes et de la criminalisation des affaires liées au genre. Cette ambiance met à mal les acquis, qui sont peu nombreux », regrette-t-elle, avant de dénoncer une « mainmise des autorités religieuses sur la société ».
« Des hommes s’octroient des pouvoirs et légifèrent à leur guise au nom du sacré pour contrôler la vie des gens, en particulier celle des femmes. Il n’y a de salut que par le biais des lois civiles non confessionnelles régissant les affaires du statut personnel », avait-elle écrit en ligne le 7 novembre. Le statut personnel au Liban est régi par les différentes communautés religieuses. De nombreux activistes appellent depuis des années à établir des lois civiles pour ce statut.
Pour Raëd Abou Hamdan, militant et membre du collectif politique Li Haqqi, « les propos du cheikh Akl ne s’accordent pas avec les valeurs sociétales ou juridiques promues par la religion ». Dans un message sur X, il estime que « ces déclarations contredisent des dizaines d’années de travail juridique pour faire face à la violence domestique et renforcer la protection des femmes ». « Il est dommage d’entendre de tels propos au XXIe siècle, de la part d’une référence religieuse influente dans la société », dénonce de son côté Maher Abou Chacra, activiste politique. « Oui pour des lois civiles qui régissent le statut personnel », plaide encore une internaute sur Facebook.
Le PSP réagit
D’autres ont pris la défense du dignitaire druze. « Je ne pense pas que le cheikh Sami puisse dire une chose pareille. Il y a peut-être un malentendu », écrit ainsi un homme sur X. Mais cette sortie a même fait réagir le Parti socialiste progressiste dont est pourtant réputé proche le cheikh Akl. L’Union des femmes progressistes, une ONG féministe rattachée au parti dirigé par le leader druze Taymour Joumblatt, a ainsi dénoncé « tout discours qui (...) justifie la violence, perpétue une culture d’impunité et affaiblit la confiance des femmes dans la loi et les institutions ».
Sollicité par notre publication, le bureau des instances religieuses druzes n’était pas immédiatement disponible pour commenter cette affaire.
De nombreux cas de violences domestiques, notamment contre les femmes, sont recensés chaque année au Liban. Dans son rapport mensuel publié le 10 octobre, la Commission nationale pour les femmes libanaises a recensé les appels passés sur la ligne d’urgence des Forces de sécurité intérieure pour les signalements de violence domestique en septembre. Ce document fait état de 97 cas de violence physique et huit cas de violence morale, dans lesquels les principaux suspects étaient majoritairement l’époux de la victime (65 cas), son père (15) ou son frère (9).




" Les femmes vertueuses sont obéissantes (à leurs maris), et protègent ce qui doit être protégé, pendant l'absence de leurs époux, avec la protection d'Allah. Et quant à celles dont vous craignez la désobéissance, exhortez-les, éloignez-vous d'elles dans leurs lits et frappez-les. Si elles arrivent à vous obéir, alors ne cherchez plus de voie contre elles, car Allah est certes, Haut et Grand !"( Sourat-annisa', verset 34). Plus d'un milliard de personnes au monde croient que ce texte est "révélé"! Alors que voulez-vous qu'un cheikh vous dise à ce propos? CQFD...
10 h 39, le 18 novembre 2025